A Paris, le Musée Picasso rouvre pour l’anniversaire du maître

photo Bertrand Guay AFP
photo Bertrand Guay AFP

Pablo Picasso est né le 25 octobre 1881 à Malaga (Espagne). Sa date d’anniversaire a finalement été retenue pour la réouverture du Musée Picasso de Paris après une série de soubresauts  

dans
Même si l’artiste a produit assez d’œuvres pour remplir plusieurs musées, le Musée Picasso de Paris est le seul à pouvoir se targuer de rendre compte de l’ensemble de son exceptionnel parcours. Et pour cause, sa collection compte 5000 œuvres, rassemblées pour l’essentiel par deux dations, consenties à l’Etat français par les héritiers de l’artiste en 1979 et par ceux de Jacqueline, sa veuve, en 1990. C’est même en prévision de la succession Picasso que le ministre de la Culture André Malraux a, dès 1968, conçu la loi permettant la dation en paiement de droits de succession.
La collection privée du peintre, ses archives, d’autres legs et dons faits par des proches ainsi que des acquisitions ont aussi complété cette base. Fermé en 2009, le musée a été largement repensé afin de doubler les surfaces d’exposition. Au moins 700?000 visiteurs sont attendus chaque année.
En amont de cet anniversaire, le musée est en ébullition depuis des jours déjà. Les visites de presse et de personnalités s’y succèdent, dans un désordre qui est peut-être le dernier, et le plus anecdotique, d’une longue série d’accidents de parcours. Un désordre révélateur aussi de la marche d’un navire qui a soudain deux capitaines. Rappelons qu’Anne Baldassari, entrée au musée comme chargée des archives en 1992, le dirigeait depuis 2005. Aurélie Filippetti, alors ministre de la Culture, l’a limogée en mai dernier, notamment dans le but de mettre fin à des tensions internes. Laurent Le Bon, qui tenait les rênes du nouveau Pompidou-Metz, lui a succédé à la présidence, mais Anne Baldassari a conservé le commissariat de l’exposition inaugurale.
Ainsi, ce mardi, malgré des interviews calées avec des journalistes, le nouveau président était absent, pris par un conseil scientifique. Anne Baldassari était là, et elle a improvisé, proposant simplement à quelques correspondants des médias étrangers de s’asseoir par terre autour d’elle dans un coin de salle pour répondre à leurs questions. Vive et souple, de noir vêtue, ses longs cheveux gris sur les épaules et des lunettes rondes, elle a des allures de chorégraphe. Sauf qu’elle n’a pas disposé des danseurs sur une scène mais quelque 450 œuvres dans un musée.
Et quel musée! C’est elle qui a voulu ces travaux d’agrandissement. «Sur 5700 mètres carrés, 2500 étaient inaccessibles au public», résume-t-elle. Il fallait retrouver une «liberté mentale, physique». Et plus prosaïquement restaurer, obéir aux nouvelles normes de sécurité, plus de trente ans après que le bel hôtel particulier du XVIIe siècle a été aménagé par l’architecte Roland Simounet pour accueillir les œuvres de Picasso. Jean-François Bodin, à son tour, a investi ce patrimoine architectural. Mardi, il nous confiait, lui aussi assis sur une marche dans un coin du musée, son bonheur de voir les gens se sentir bien dans son projet, sa tristesse de voir l’aventure se terminer ainsi pour Anne Baldassari. «On lui en a mis beaucoup sur les épaules», soufflait-il.
De son côté, l’ex-présidente défendait encore mieux que l’architecte son aménagement: «Il a créé du vide, c’est ce qu’on peut faire de mieux en architecture. Picasso lui-même disait qu’il fallait creuser, non pas ajouter. On a excavé des salles pleines de terre, d’autres ont été libérées d’objets, de fonctions parasites.» De quoi permettre de montrer le double d’œuvres tout en offrant de nouvelles circulations de visite, plus fluides, plus lumineuses.
Le feuilleton du Musée Picasso a aussi été financier. Le réaménagement a coûté quelque 52 millions d’euros, beaucoup plus que les 19 millions de départ. Avec ou sans les taxes, avec ou sans les aménagements ajoutés en cours de route et les acquisitions de bâtiments voisins. La bataille des chiffres n’est pas terminée.

Dans le quartier du Marais, l'Hotel Salé (XVIIème siècle) abrite le Musée Picasso. Bertrand Guay AFP
Dans le quartier du Marais, l'Hotel Salé (XVIIème siècle) abrite le Musée Picasso. Bertrand Guay AFP
Il reste qu’avant de se consacrer à ce «parcours magistral» avec lequel elle fait ses adieux au musée, Anne Baldassari a allégé la note en organisant des expositions Picasso à travers la planète. Une tournée grandiose qui aurait permis de payer 60% du réaménagement et attiré six millions de visiteurs.
Mais l’exposition inaugurale est d’une autre teneur. La commissaire rappelle qu’on peut y voir des œuvres qui ne voyageront jamais, au vu de leur extrême fragilité, et qu’en même temps il s’agit moins ici de montrer les highlights que de «mettre en avant le processus de travail. Pour entrer dans la connaissance de l’œuvre, les données intermédiaires sont aussi importantes.»
Le parcours est essentiellement chronologique mais offre des points de convergence entre les époques. Il en est ainsi de la deuxième salle, qu’Anne Baldassari compare à un jeu de tarot, dont les différentes cartes invitent à se départir de ses préjugés pour rencontrer l’œuvre. Un autoportrait de 1901, de la période bleue, dont il reprendra la composition en 1904 pour La Célestine, cette maquerelle borgne aussi fictionnelle que réelle, aussi picturale que sexuelle, renvoie aussi à ce Jeune Peintre de 1972, une des dernières œuvres. Quelques élans de peinture seulement sur la toile, qu’on croirait tracés par le pinceau même que l’on voit sur la toile, et qui aurait aussi affiché un sourire sur ce visage qui vous fixe de deux trous noirs. Un chapeau à la Van Gogh, et des moignons à la place des mains, comme Renoir, terriblement arthrosé à la fin de sa vie. Dans les combles, Anne Baldassari a d’ailleurs disposé quelques œuvres de la collection privée de Pablo, fruit d’échanges avec ses contemporains puis, une fois fortune faite, c’est-à-dire très vite, d’achats de Renoir, Cézanne, Degas… Autant de maîtres qu’il copie et réinterprète à souhait.
«Picasso nous parle de tout le XXe siècle», lance la curatrice, qui a appelé les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale les «Années pop», pour dire l’adéquation du vieil artiste à l’époque. Mais au départ, l’exposition raconte ce fils d’un peintre et conservateur de musée qui doit se libérer de l’académisme – «c’est un enfant de l’atelier, il baigne dans l’huile de lin, il est intoxiqué à la térébenthine». Elle raconte l’inventivité du maître, les collages, l’appel à la forme circulaire ou ovoïdale, plus proche de l’expérience du regard que le rectangle, les références populaires, ethnographiques, le souci de restituer le réel au-delà de son apparence.
Si Homme à la guitare et Homme à la mandoline (de 1911 et 1913) sont présentés comme des manifestes du cubisme, Picasso refusera tout aussitôt de se laisser enfermer dans ce qu’il considère comme un nouvel académisme. A chaque fois que le succès s’avère facile, le peintre reprend sa liberté.
Nous avons demandé à Anne Baldassari si elle avait repensé son exposition à partir du moment où elle avait su que ce serait sa dernière pour le musée. Et oui, elle lui reconnaît bien une valeur testamentaire. «Je ne suis plus dans une position institutionnelle, j’ai voulu synthétiser un rapport à la liberté.» Et pour elle, celle-ci se joue essentiellement dans ces années 1914-1924.
Viendront ensuite les engagements, les peintures de guerre, rendues autant dans les portraits de ses femmes que Picasso peint en écorchée, en pleurante, en suppliante, que dans Faucheur, une sculpture de 1943 où la mort devient masculine et cyclope, ou Massacre en Corée, de 1951.
Enfin, les «Années pop» pourraient être illustrées par cette Chèvre , ou cette Petite Fille sautant à la corde, toutes deux de 1950, que Picasso a composées de plâtre et de végétaux, de paniers d’osier et de moule à gâteau, en «peintre ouvrier».

www.letemps.ch
 

“Pablo retrouve sa maison“

Olivier Widmeier-Picasso, petit-fils de l'artiste dans le 64' de TV5Monde

Emission du 24 octobre 2014. Xavier Lambrechts reçoit Olivier Widmeier-Picasso et Daphné Bêtard, journaliste à Beaux-Arts Magazine.
“Pablo retrouve sa maison“

Musée Picasso à Paris

Adresse
5 rue de Thorigny 75003 Paris
Téléphone : +33 1 85 56 00 36
www.museepicassoparis.fr

Horaires d’ouverture :
Tous les jours sauf le lundi, le 25 décembre, le 1er janvier et le 1er mai.
Du mardi au vendredi : 11h30 – 18h Samedi et dimanche : 9h30 – 18h Dernier accès à 17h15. La fermeture des salles commence à 17h40
Nocturne le 3e vendredi de chaque mois, jusqu’à 21h Dernier accès 20h15. La fermeture des salles commence à 20h40