Info

A Paris, rencontre avec des agriculteurs en colère

Une Parisienne vient se faire prendre en photo devant les tracteurs et apporter son soutien aux agriculteurs.
Une Parisienne vient se faire prendre en photo devant les tracteurs et apporter son soutien aux agriculteurs.
©L. Baron / TV5MONDE

Plus de 1 000 tracteurs et des milliers de manifestants étaient attendus, ce jeudi 3 septembre, sur Paris. De toute la France, ils sont venus manifester pour, notamment, une hausse des prix et une baisse des charges. Nous avons rencontré quelques uns d’entre eux.

dans
Un bruyant concert de klaxons accompagne l’arrivée d’imposants tracteurs dans l’est de Paris. Dans un ballet bien orchestré, ils viennent se garer tout autour de la place de la Nation où se rassemblent des centaines d’agriculteurs venus de toute la France à l’appel de la FNSEA, premier syndicat agricole du pays, et des Jeunes agriculteurs. Plus de 1500 tracteurs étaient du voyages, selon la FNSEA.


Ils réclament principalement une hausse des prix d’achat de leurs productions, une baisse des charges et une réglementation moins contraignante.

Sur les trottoirs, les badauds s’arrêtent pour prendre en photo cet inhabituel défilé d’engins agricoles. Les agriculteurs les conduisent fièrement sous les objectifs. « On l’a fait tout beau », s’exclame ravie Claudine Dumez, agricultrice de 55 ans, venue de Compiègne avec son tracteur. « On est vraiment contents du soutien de la population ». Les Français, et plus particulièrement les Parisiens réservent, ce jeudi 3 septembre, un accueil chaleureux aux agriculteurs.

Plus de 1500 tracteurs étaient attendus dans la capitale française. Les agriculteurs réclament de meilleurs prix, moins de charges et moins de normes.
Plus de 1500 tracteurs étaient attendus dans la capitale française. Les agriculteurs réclament de meilleurs prix, moins de charges et moins de normes.
©L. Baron /TV5MONDE

« Je suis venue parce que je comprends complètement leur cause », raconte Stéphanie Couturier venue avec sa fille Jehanne de 3 ans. «Pour nous qui sommes salariés dans de grosses entreprises, c’est déjà difficile alors, pour eux, qui sont indépendants ça doit être plus compliqué. Ils travaillent beaucoup pour finalement être peu rémunérés. »

Stéphanie Couturier est venue montrer à sa fille les tracteurs qui envahissent la place de la Nation, ce jeudi 3 septembre.
Stéphanie Couturier est venue montrer à sa fille les tracteurs qui envahissent la place de la Nation, ce jeudi 3 septembre.
©L. Baron/TV5MONDE

Pendant une bonne partie de la journée, certains représentants d'agriculteurs et d'agricultrices se relaient sur la scène aménagée place de la Nation pour faire part de leurs vives inquiétudes concernant leur avenir.

Claudine est de ceux là. L’agricultrice venue avec son mari depuis Compiègne, a cessé l’exploitation de vaches laitières l’année dernière à cause «  des normes, de tout ce qu’on nous imposait ».

Elle poursuit cependant la culture du blé, de la betterave et du maïs. Elle témoigne :


Les producteurs laitiers, comme l’était quelques mois auparavant encore Claudine, se sont beaucoup mobilisés ces dernières semaines en France. « Pour couvrir nos charges et nos coûts de production, il faudrait qu’on nous paye 0,34 euros le litre de lait alors qu’aujourd’hui il est seulement à 0,30 euros », explique Jean-Michel Lecomte, 53 ans, producteur de lait et éleveur de volailles dans le Morbihan, en Bretagne.

« Le coût de production d’un litre de lait le ramène à 0,32 euros par litre sans compter la main d’oeuvre. Cette année avec la sécheresse, on doit aussi acheter des aliments pour donner aux vaches», raconte Olivier, 50 ans, également producteur de lait dans les Vosges.

Ces producteurs laitiers sont venus des Vosges pour manifester à Paris le 3 septembre.
Ces producteurs laitiers sont venus des Vosges pour manifester à Paris le 3 septembre.
©L. Baron / TV5MONDE

Il est venu avec un collègue Jean-Marc, 51 ans : « cette année, on a 50% de perte sur les récoltes de maïs alors on en vient à vendre des vaches car on ne peut pas nourrir tout le monde. » En France, entre 20 000 et 25 000 exploitations d’élevage risqueraient aujourd’hui de disparaître.

Thierry Bourbier, 55 ans, est lui aussi préoccupé. Depuis 1980, il produit dans l’Oise des céréales, des betteraves, des poids et du maïs. Il est favorable aux économies d’échelle par, notamment, le regroupement d’agriculteurs comme dans le cas de la ferme des mille vaches.
 

Interview par Léa Baron

 
La situation des agriculteurs français se dégradent dans l’indifférence du gouvernement, selon Jean-Marc : « tout ça ne semble pas préoccuper le ministre de l’Agriculture (Stéphane Le Foll, ndlr) alors que l’on fournit une alimentation saine et que l’on génère 7 emplois par notre travail. »

Sur les pancartes véhiculées par les agriculteurs il est parfois fait référence au ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll,  comme ici "Ras le Foll". D'autres pose la question"paysan de demain, quel destin ? "
Sur les pancartes véhiculées par les agriculteurs il est parfois fait référence au ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll,  comme ici "Ras le Foll". D'autres pose la question"paysan de demain, quel destin ? "
©L. Baron / TV5MONDE



C’est le Premier ministre français Manuel Valls qui leur a répondu, ce jeudi 3 septembre, après-midi par l’annonce d’une nouvelle série d’aides (lire en encadré) au terme d’une rencontre avec le président de la FNSEA Xavier Beulin et celui des Jeunes Agriculteurs Thomas Diemer. « La France ne lâchera pas ses agriculteurs. Le désespoir, l’humiliation, la colère, nous les entendons. Et avec le gouvernement (…) nous y répondons », a-t-il dit.
 

Annonces du gouvernement du jeudi 3 septembre.

Le Premier ministre a ainsi indiqué que les aides versées par l’Etat, les régions et l’Union européenne sont portées à 350 millions d’euros par an. 2015 sera une « année blanche » pour le remboursement des dettes bancaires des agriculteurs en difficultés. Le gouvernement a également prévu une rallonge de 85 millions d’euros au plan d’urgence de 600 millions d’euros débloqué au mois de juillet par l’Etat. Manuel Valls a aussi promis qu’une pause sera respectée pour les normes - notamment environnementales- qui sont imposées aux agriculteurs.(source AFP)

Ces mesures ont été accueilles par des sifflements de désapprobation place la Nation à Paris. Suffiront-elles à engager les jeunes vers cette voie professionnelle ? « Dans ce contexte, ils vont être dégoûtés », lâche Hervé, producteur de lait également vosgien. Le seraient-ils eux aussi, les agriculteurs quinquagénaires ? « On n’a pas le choix, on est tenus de continuer, souligne Jean-Marc. Quand on investit de grosses sommes dans des structures et du matériel, il faut bien payer… »

Les jeunes hésitent donc davantage à se lancer dans la profession. « Ils voient leurs parents passer des heures au travail pour gagner peu d’argent et ne pas avoir de vacances », explique Romain Martineau, président des Jeunes agriculteurs (JA) de Vienne. « C’est décourageant », témoigne de son côté Pierre-Yves Pedron, 27 ans.

Parmi ces agriculteurs du Morbihan, Pierre-Yves à droite et Jean-Marc au centre avec le t-shirt bleu.
Parmi ces agriculteurs du Morbihan, Pierre-Yves à droite et Jean-Marc au centre avec le t-shirt bleu.
©L. Baron / TV5MONDE

Il travaille dans l’exploitation de ses parents, producteurs de lait et de porcs dans le Morbihan. « Je suis passionné par ce métier mais je demande aujourd’hui si je vais continuer », confie-t-il.

« Ils se demandent s’ils doivent s’installer ou chercher ailleurs, souligne  Romain Martineau des JA. Ils ont peur de finir comme nous aujourd’hui… au bord du gouffre… »