Paris : le Musée de l'érotisme est devenu maison close

Situé à Pigalle, le Musée de l'érotisme abritait une multitude d'oeuvres érotiques. Plus de 2.000 objets polissons ont été vendus au plus offrant par la maison de vente Cornette de Saint Cyr.

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Dernière visite avant fermeture de ce lieu unique et dont les objets viennent d'être dispersés.

De l'art... et du cochon.
Godemichés du monde entier et de toutes les époques, chaises de plaisir, dessins et sculptures érotiques... Il s'agit d'un musée sans guide, sans fenêtre  et où les  jeunes enfants ne sont pas les bienvenus.
Il s'agit d'un lieu  où l'on évite de croiser le regard des autres et où l'on glisse  de salles en salles avec un sentiment de gêne et de plaisir que pimente un soupçon de culpabilité.
 

Masque traditionnel de procession festive (Mexique)
Masque traditionnel de procession festive (Mexique)
© Frantz Vaillant / TV5Monde

Rien de sinistre, cependant. Au gré de la promenade,  on laisse échapper des exclamations de surprise, quand ce n'est pas le rire qui vous prend devant ces phallus monstrueux sous vitrines.

Ici, sur sept étages, on célèbre le sexe consenti, libertin, savant, joyeux !

Pour autant, ce musée ne dédaigne pas  la pornographie. 

Sans jouer les coincés, on peut le regretter. Ainsi, pourquoi cette photo où deux langues gourmandes partent à l'assaut d'un énorme gland ? Et ces innombrables représentations d'organes génitaux féminins qui laisseraient sans voix plus d'un gynéco ? Hum hum...

Si l'érotisme relève de l'imagination et s'appuie sur la suggestion, on trouve ici des représentations très crues et parfaitement explicites de la sexualité. D'où un sentiment, parfois, de bric à brac érotico-porno sans réelle thématique,  malgré l'assurance d'une brochure qui nous affirme qu'il y a  bien des espaces distincts (art populaire, art sacré, art contemporain). 
Pas évident. 

Entre 1876 et 1878, Degas fréquentera assidûment les "maisons de tolérance"
Entre 1876 et 1878, Degas fréquentera assidûment les "maisons de tolérance"
© Frantz Vaillant / TV5Monde

Degas et les filles

Cependant, nous trouvons de belles surprises.

Ainsi, quelques dessins de Degas  (il en signera plus de 200) offrent une vision saisissante des bordels qu'il fréquentait en 1876.

XVIII ème siècle, triomphe du libertinage et de la littérature dite licencieuse...
XVIII ème siècle, triomphe du libertinage et de la littérature dite licencieuse...
© TV5Monde

A cette époque, Paris comptait 75 "maisons de tolérance". L'artiste,  maître de l'intime, avait aussi l'oeil du reporter et le goût de la provoc.  Degas aimait à dire : "L’art, c’est le vice. On ne l’épouse pas légitimement, on le viole."

Oui, il y a de tout dans ce musée pas comme les autres.

Peintures, dessins, sculptures, films et photos rendent hommage au braquemard, au vit, à la foufoune, à Popaul, à la colonne, au chibre, au buisson pointu, à l'étui à clarinette, à la flûte enchantée, au berlingot !

Pas de romantisme entre ses murs jaunes, où le rose eût mieux convenu. On trouve là des monstres libidineux, de fausses vierges et de vrais libertins.

Les yeux s'encanaillent.
Le spectacle fouette le sang.
La visite se poursuit.

Il ne faut pas attendre d'avoir de fausses dents pour mordre dans le fruit défendu.

Jacques Deval

Partout,  des mises en scène inouïes de l'acte amoureux. Les chemins de la volupté relève parfois d'une science insoupçonnée.

Les objets du plaisir y sont innombrables. Ils viennent des cinq continents, émergent de toutes les époques !

Ce diable de plaisir.. Sculpture en vente ce dimanche
Ce diable de plaisir.. Sculpture en vente ce dimanche
© Frantz Vaillant / TV5Monde

N'en déplaise aux geôliers du bon goût et autres douaniers de notre libido,  le Musée de l'érotisme  nous rappelle que sur terre,  on s'aime depuis la nuit des temps, sous toutes les latitudes... et dans toutes les positions !

C'est ainsi.  Le plaisir se conjugue seul, à deux, à beaucoup plus. La religion importe peu.

Le moral est bon ? Oui. Mais, comme le soulignait Montherlant, "l'immoral aussi !"

L'aventure du lieu commence en 1997, quand deux collectionneurs, Alain Plumey & Joseph Khalifa,  unissent leurs trésors et décident d'en faire profiter le plus grand nombre. Où s'installer, sinon à Pigalle, le quartier le plus chaud de la capitale ? Le Musée de l'érotisme  côtoie donc les sex-shop, les boutiques de lingerie légère mais aussi certains théâtres particuliers où se jouent des scènes sans textes ni comédiens...

Couple du Nigéria (XXème siècle)
Couple du Nigéria (XXème siècle)
© Frantz Vaillant/ TV5Monde

Parmi les pièces exposées, est-ce que certaines appartenaient à Michel Simon ? Hélas, personne pour nous répondre. On sait que l'acteur franco-suisse possédait une collection très particulière.

A sa mort, en 1975, on découvrit pas moins de 20 000 clichés érotiques, des centaines de films porno, mais aussi une étonnante panoplie de godemichés. L'un d'eux, parait-il,  était âgé de 3000 ans. Et puis enfin, une belle collection de "montres érotiques" pourvues de mécanismes secrets dissimulant des représentations pornographiques.

Caresses du temps...

Sans complexe ni tabou

On apprend, un peu ému,  que les Grecs et les Romains "traitaient les choses du sexe avec une réjouissante liberté. Ni complexe, ni tabou ne réfrénaient leur pulsion. " Bigre. On chercherait en vain, parait-il, "la moindre trace de sadomasochisme qui prit tant d'importance dans l'érotisme le lendemain de l'avénement du christianisme".

Époque bénie ? Plus loin, dans l'espace alloué à l'érotisme primitif, nous sommes ravis d'apprendre que "le culte du phallus fut une conséquence directe du culte du soleil, une continuation vivante et humaine de celui-ci". Et pourquoi donc ? Parce que, tenez vous bien, "Le culte  du soleil est relié à l'équinoxe de printemps au moment où l'astre pénètre dans le signe du taureau".

Record mondial pour un dessin

De nombreux lots évoquent les maisons closes qui, en France, ont connu leur âge d’or sous la IIIe République, avant leur fermeture en 1946 sous l’impulsion de Marthe Richard.
Lors de la vente aux enchères, où sont venues plusieurs centaines de personnes, un ensemble de documents sur la prostitution a également été dispersé, ainsi que des dessins coquins signés Wolinski, ami du Musée de l’Erotisme.
C'est d'ailleurs l'un deux (voir ci-dessous) qui a battu un record mondial. Adjugé 11592 euros !