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Patrimoine mondial de l'UNESCO : les enjeux de la session 2014

La citadelle d'Erbil, au Kurdistan (@consulat général de France à Erbil)
La citadelle d'Erbil, au Kurdistan (@consulat général de France à Erbil)

La 38ème session du Comité du patrimoine mondial s'ouvre ce dimanche 15 juin à Doha, au Qatar. Sa mission : statuer sur les propositions soumises par les Etats membres - inscription de sites à protéger ou déclassement de ceux qu'ils souhaitent exploiter librement - et répertorier les sites en péril dans le monde. Ce sera chose faite le 25 juin, avec l'annonce du palmarès 2014.

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Une trentaine de sites naturels et culturels, dont la citadelle d'Erbil au Kurdistan irakien, sont en lice : les lauréats seront distingués pour leur "valeur universelle exceptionnelle". Ils viendront s'ajouter à la longue liste des 981 sites classés au patrimoine mondial dans 160 pays. Certaines candidatures sont présentées comme sites culturels, comme le paysage viticole du Piémont, en Italie, d'autres comme biens naturels, comme les falaises de Stevns au Danemark ou le delta de l'Okavango, au Botswana.

Parmi les favoris, les Chemins des Incas (Qhapaq Ñan), construits par les Incas sur 30 000 km au fil des siècles, reliaient les sommets enneigés des Andes. L'Inde, elle aussi, a obtenu un avis favorable pour le magique Rani-ki-Vav, ou "Puits à degrés de la Reine", sur les rives de la Saravasti, à Patan (Gujarat). "Conçu comme un temple inversé soulignant la caractère sacré de l'eau", il est divisé sous terre en sept niveaux d'escaliers et panneaux sculptés, et possède "un caractère esthétique unique", selon les experts.

Lions de la grotte Chauvet-Pont d'Arc (@id2sorties.com)
Lions de la grotte Chauvet-Pont d'Arc (@id2sorties.com)
L'art paléolithique à l'honneur

Ils se sont également prononcés en faveur d'une inscription de la "Grotte ornée du Pont d'Arc, dite grotte Chauvet-Pont d'Arc", en France (Ardèche, sud), qui apporte "un témoignage unique et exceptionnellement bien préservé" des premières expressions du génie humain. Obstruée pendant 20 000 ans à la suite un éboulement, puis redécouverte en 1994, elle recèle plusieurs salles et galeries sur 800 mètres de long et jusqu'à 18 mètres de hauteur, et plus d'un millier de dessins, "expressions remarquables de la première création artistique de l'homme". Datant de 36 000 ans, ils sont l'oeuvre d'hommes et de femmes de culture aurignacienne, qui ont dessiné sur la roche un bestiaire de 435 représentations montrant 14 espèces : ours, rhinocéros laineux, lion, lionne, panthère, bisons... Au sol demeurent de vraies traces de pattes d'ours, de deux fois la taille d'une main humaine, et d'innombrables ossements des animaux qui y hibernaient. Les murs révèlent aussi une dizaine de mains en négatif et en positif, des représentations de sexes féminins et, tout au fond de la grotte, le dessin du bas du corps d'une femme à côté d'un bison.

Westminster Palace (@Wikipédia)
Westminster Palace (@Wikipédia)
Le Parlement britannique menacé

Au coeur de Londres, le palais de Westminster pourrait, lui aussi, faire son entrée sur la liste des sites en péril. Le projet de décision considère, en effet, que l'aménagement d'Elizabeth House, dans son voisinage immédiat, "constituerait une menace potentielle pour la valeur universelle du bien". Une décision qui, à Londres, ferait l'effet du bombe en entravant la mise en oeuvre d'un important projet d'aménagement urbain.

L'Australie dans collimateur du Comité

Ile-continent entre l'océan Indien et le Pacifique, l'Australie est réputée pour sa nature, vaste et intacte. Elle est bordés de plages infinies, avec en son centre un désert, et des forêts vierges tropicales (au nord) ou tempérées (en Tasmanie). Plusieurs de ses paysages figurent déjà sur la liste du patrimoine de l'humanité établie par l'Unesco : l'île Fraser, plus grande île de sable au monde, Shark Bay (côte ouest), les Tropiques du Queensland (nord), les Montagnes bleues (ouest de Sydney), le parc national de Kakadu (nord), le mont Uluru (ou Ayers rock, centre)...

En vertu des "progrès accomplis" dans l'amélioration de la qualité de l'eau, elle devrait bénéficier d'un sursis dans l'affaire de la Grande barrière de corail, menacée d'inscription sur la liste des sites en péril. Cette  vaste étendue de 345 000 km2 le long de la côte orientale reste le plus vaste ensemble corallien du monde, avec 3000 "systèmes" récifaux et des centaines d'îles tropicales. Voici des années que la barrière souffre du réchauffement climatique, de la prolifération d'une étoile de mer dévoreuse de coraux, des rejets massifs de nitrates et pesticides provenant des exploitations agricoles et du développement industriel sur la côte en raison du boom minier.
                 
Cette année, les autorités présentent à Doha une étude signalant une nette amélioration de la qualité des eaux en juin 2013 par rapport à 2009 : les rejets de pesticides ont été réduits de 28% sur tout le récif et ceux de nitrate de 16%. Néanmoins, la qualité de l'eau reste faible et le gouvernement vient de donner son feu vert à une importante extension d'un port d'exportation de charbon, tandis que le directoire du parc marin de la Grande barrière de corail (GBRMPA) vient d'autoriser le rejet de déchets de dragage dans les eaux du parc.

@maplanetebleue.com
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L'Australie a, par ailleurs, demandé l'autorisation de déclasser du patriomoine mondial 74 000 hectares de la forêt de Tasmanie - la forêt tempérée qui couvre quelque 20% de l'île, au sud, soit 1,4 million d'hectares - au profit de l'industrie du bois. Cette décision a semé la consternation, car elle intervient après la conclusion d'un accord entre défenseurs de la nature, la filière bois et les syndicats, qui avait mis un terme à trente années d'affrontements sur le sujet. "Abattre les forêts du patrimoine mondial est aussi irresponsable qu'utiliser le Grand canyon comme décharge, transformer l'opéra de Sydney en bloc d'appartements ou vendre la Tour Eiffel à la ferraille", se désole Vica Baylay, porte-parole de la Wilderness Society (société pour la nature).

Il arrive aussi que le comité s'affranchisse des recommandations, comme cela l'avait été le cas pour l'inscription de la Basilique de la Nativité à Bethléem, en 2012. Cette année, passera-t-il outre les recommandations défavorables concernant Battir, paysage culturel du sud de Jérusalem, terre des oliviers et des vignes ? Ou pour l'ensemble tectono-volcanique de la Chaîne des Puys et la faille de Limagne, présenté par Paris, que les experts ne jugent "pas exceptionnel" ? Réponse le 25 juin, à l'issue des dix jours de délibération du comité.