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Pendant que les amis de la Syrie se réunissent, les affaires continuent...

Les amis de la Syrie se réunissaient pour la troisième fois à Paris ce vendredi 6 juillet 2012.
D'une seule voix, il a été convenu de tout faire pour soutenir le peuple syrien et obtenir les preuves de violation des droits de l'homme par le régime de Bachar al-Assad. Dans le même temps, Wikileaks annonce détenir deux millions et demi de courriers électroniques traitant de la Syrie et déclarés compromettants. Certains de ces courriels dévoilent que de grandes entreprises européennes d'"armement numérique" continuent en 2012 à fournir aux autorités de Damas les technologies permettant la répression la plus optimale qui soit. 

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Côté face : un soutien au “peuple syrien“

Conférence des "Amis de la Syrie" ce vendredi à Paris. Une centaine de pays, arabes et occidentaux, se sont réunis ainsi pour la troisième fois. Ils ont appelé au départ du président Bachar el Assad. La conférence demande aussi au Conseil de Sécurité de l'ONU d'adopter une résolution contraignante comportant une menace de sanctions contre le régime de Damas.
Côté face : un soutien au “peuple syrien“

Coté pile : un commerce peu avouable...

06.07.2012Par Pascal Hérard
Wikileaks revient sur le devant de la scène avec deux 2,5millions de mails impliquant la Syrie et les nations occidentales
Avec la Syrie, d'un point de vue diplomatique, il y a deux faces : celle des dirigeants des grandes nations démocratiques, fermement opposés au régime d'Al-Assad, défenseurs du peuple syrien opprimé et une autre, beaucoup plus méconnue : celle de la vente de matériel de surveillance électronique de masse par ces mêmes nations.

La France a vendu ces "armes numériques" au régime libyen de Khadafi par le biais de deux entreprises, Amesys (filiale de Bull) et Qosmos. Les USA ont quant à eux fourni le régime syrien d'Al-Assad grâce à l'entreprise Bluecoat. Ces scandales ont été dénoncés, et si pour les Etats-Unis des sanctions ont été prises à l'encontre de Bluecoat qui avait procédé à ce commerce illégal et hautement stratégique, rien n'est survenu en France, hormis une question à l'assemblée nationale, toujours sans réponse. La plainte de la FIDH (Fédération internationale des droits de l'homme) à l'encontre d'Amesys pour "complicité d'actes de tortures en Libye", reste encore aujourd'hui sans suites.

Olivier Laurelli, spécialiste en sécurité informatique et  co-fondateur du site Reflets.info , est l'un des tout premiers à avoir dénoncé l'existence de ces outils de surveillance de masse et leur vente par des entreprises occidentales aux régimes dictatoriaux. Entretien. 

Etes-vous surpris par les premières révélations des mails de Wikileaks mettant en cause des entreprises européennes, dont Selex Elsag, filiale de Finmeccanica, dans des contrats de technologies de surveillance de la population syrienne par le régime d'Al Assad ? 

Olivier Laurelli : Je ne suis pas du tout surpris, parce que nous avons déjà eu de sérieux avertissements à ce sujet, avec des petites phrases d'entreprises françaises spécialistes du domaine, comme Qosmos qui disait, par exemple, qu'elle ne savait pas dans quelle mesure elle pouvait se retirer des contrats. Donc, il n'y a rien de surprenant à ce qu'il y ait des contrats qui soient encore en cours et encore honorés. 

Ces entreprises, peut-on dire qu'elles sont dangereuses ? 

Olivier Laurelli : Elle sont dangereuses pour les opposants, de fait, puisqu'elles mettent à disposition des régimes dictatoriaux comme la Syrie, des moyens électroniques tout à fait assimilables à des armes. Ces moyens permettent de traquer les opposants, de les retrouver, savoir avec qui ils communiquent, comment ils s'organisent : c'est de l'intelligence électronique. C'est donc assimilable à une arme. 

Les dirigeants des Etats démocratiques, comme en France ou en Italie peuvent-ils se retrancher derrière leur ignorance vis à vis de ce commerce ? 

De moins en moins, parce que la commission européenne a commencé à parler de légiférer sur l'exportation de ce type d'armes électroniques. Je pense que le parlement européen a bien conscience qu'il y a un problème. Mais on voit la différence de traitement qu'il y a eu entre les Etats-Unis et l'Europe : le congrès américain a diligenté une enquête et l'entreprise Bluecoat a été condamnée un mois plus tard (pour ses ventes de matériel de surveillance en Syrie, NDLR), alors qu'en France, un an après, il n'y a qu'un début d'enquête, et encore, parce que la FIDH a porté plainte. 

Le commerce de ces technologies est-il réglementé ? 

En Europe, je ne crois pas, et en France, normalement cela devrait passer par une signature du premier ministre, comme pour toutes les ventes d'armes. Mais Gérard Longuet (ex ministre de la défense, NDLR) a expliqué à l'assemblée nationale que ces outils de surveillance n'étaient pas considérés comme des armes. Il y a quand même un vrai vide... 

Ces entreprises ne cachent pas leur activité ? 

Ah non, pas du tout. Il suffit de lire leurs plaquettes commerciales où elle se vantent de pouvoir vendre des systèmes dimensionnés pour écouter toutes les communications d'un pays ! Nous ne sommes pas dans le cadre d'un petit centre d'écoute "à la papa" pour écouter quelques dizaines ou centaines de communications, comme tentait de le faire croire Amesys l'année dernière.  

Le commerce de ces technologies est-il réservé à des régimes répressifs ? 

Ce n'est pas certain, il y a une initiative au niveau européen avec un projet qui commence un petit peu à faire parler de lui et qui est nommé INDECT. Ce projet vise à détecter les comportements anormaux afin de prévenir les crimes. Nous rentrons là dans un scénario à la "Minority report "...