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Pénurie de sable : un enjeu planétaire environnemental et économique

No comment Sable

La consommation de sable est devenue en quelques années un problème planétaire très sensible. La pénurie guette et les extractions maritimes menacent les côtes comme les écosystèmes, tandis que des mafias du sable se développent à des échelles disproportionnées. L'exploitation du sable est devenu un enjeu majeur qui pourrait vite tourner au désastre. Ou au conflit.

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Lorsque l'on parle du sable, de son extraction et de son utilisation, les chiffres ne sont pas toujours parlants, mais ils peuvent aider à mieux comprendre la mesure du problème. Pour le bâtiment seul, deux-tiers des constructions sur la planète sont constituées de béton, et deux-tiers de ce béton est constitué de sable. La Chine durant ces 4 dernières années a consommé autant de sable que les Etats-Unis en un siècle !

Les ressources en sable, longtemps considérées comme illimitées, sont en réalité de plus en plus réduites. La population mondiale a quasiment triplé en 60 ans et le sable est la deuxième ressource la plus utilisée après l'eau. Il faut 30 000 tonnes de sable pour faire un kilomètre de route, 12 millions de tonnes de sable pour une centrale nucléaire (soit 60 000 maisons individuelles qui demandent 200 tonnes de sable chacune pour leur construction), en se rappelant que le sable rentre dans la composition du verre, des composants électroniques donc des ordinateurs, tablettes, smartphones, mais aussi dans la composition des plastiques, des panneaux solaires et même dans l'agro-industrie. L'humanité extrait 50 milliards de tonnes de sable et granulats par an, pour une valeur évaluée à 70 milliards de dollars. 

Des carrières terrestres aux océans

Si longtemps le sable n'a pas été considéré comme une matière commercialement intéressante, sa raréfaction a changé la donne. Les carrières de sable se sont épuisées sous les projets immobiliers et routiers de plus en plus importants et il est aujourd'hui difficile d'en extraire du sol dans de nombreux pays. La solution a donc été d'aller le chercher sur les plages ou dans les océans et les mers, le plus près des côtes possibles pour des raisons de coûts et d'efficacité. Il n'est en effet pas possible d'utiliser le sable des déserts : polis par le vent, les grains de sable des déserts ont une géométrie trop ronde et régulière, empêchant une agrégation suffisante. Dans de nombreux pays en voie de développement, des mafias se sont donc créées, profitant de l'essor de l'immobilier pour vendre aux promoteurs cette ressource qu'elles font piller par des travailleurs sous-payés, comme cet extrait de documentaire au Maroc le dénonce :
 
Si au Maroc le sable marin est utilisé sans être lavé, avec pour conséquence des risques pour la solidité des bâtiments très élevés (le sel est corrosif et fragilise le béton), dans les pays plus regardants il faut… le dessaler. Les quantités d'eau douce nécessaires à cette opération sont énormes et accentuent encore un peu plus le problème environnemental généré par cette ressource sous-marine. En Inde, il est estimé que 2 milliards de tonnes de sable sont exploitées illégalement par la mafia.

Ecosystèmes perturbés et érosion des côtes

L'extraction de sable dans les mers et océans est devenu une activité à très grande échelle et commence à poser de nombreux problèmes. Le principal est celui de l'érosion des côtes. Les études actuelles estiment qu'entre 75 et 90% des plages du monde reculent. L'exemple de la Floride — ou 9 plages sur 10 sont en voie de disparition — est inquiétant, mais pas autant que celui de l'Indonésie ou 25 îles ont déjà disparu sous l'effet des extractions massives de sable. La technique est simple : des bateaux trainent des appareils sous-marins le long des côtes pour aspirer le sable des dunes sous-marines et le rejeter sur le pont. Au delà de l'érosion engendrée, cette aspiration crée des remous qui assombrissent l'eau, ce qui abîme la flore sous-marine, sans compter les petits poissons tués par l'engin aspirant. Ces extractions sont en croissance de partout sur la planète dans des proportions inquiétantes.

Christian Buchet, directeur du Centre d'études de la mer de l'Institut catholique de Paris et auteur en 2015 du "Livre noir de la mer" explique qu'"On considère que c'est un bien quasi gratuit, mais comme on en trouve de moins en moins à terre, on va en chercher de plus en plus en mer, et près des côtes. Prélever du sable en mer c'est majorer l'érosion. Plus de 23% des côtés françaises de métropole sont impactées par l'érosion. Il faut impérativement que toute demande pour prélever du sable ait fait préalablement l'objet d'une étude d'impact, pas simplement sur l'environnemment, mais également vérifier l'impact sur l'érosion. Ce qu'on ne fait pas."

Les chantiers géants de la péninsule arabique sont depuis quelques années au centre des préoccupations sur le sujet de l'extraction du sable : les îles artificielles créées par les monarchies du Golfe, les building géants, sont autant de gouffres à béton et donc de sable. Dubaï est l'exemple le plus parlant puisque la minusucule monarchie importe du sable d'Australie en quantité astronomique pour continuer à développer ses projets immobiliers colossaux : 5 milliards de dollars de sable importés par an.

En Inde, au Cambodge, au Sénégal, en Chine, les réglementations pour protéger les plages et les côtes des extractions sont toutes contournées. Des mafias très organisées continuent inlassablement de fournir le précieux matériau que des entreprises du BTP mélangent au ciment pour bâtir toujours un peu plus. Corruption des administrations, guerre de territoires, exploitation des travailleurs, dégradation environnementale, mise en danger des populations : le sable est au cœur d'un vaste problème mondial dont aucune autorité ne semble vouloir prendre la mesure. Jusqu'à quand cela sera-t-il possible de se détourner de cette exploitation aux conséquences de plus en plus problématiques ?
 
Sable : enjeu mondial
Exploitation du sable : un enjeu mondial (sujet TV5MONDE 64' - Intervention de Christian Buchet)