“Piaf, un mythe français“

On ne compte plus les ouvrages qui sont parus pour évoquer Edith Piaf. Avec "Piaf, un mythe français" (Fayard) , le biographe Robert Belleret apporte une nouvelle lumière sur la star, à grand renfort de documents inédits et de révélations fracassantes...

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Celles et ceux qui voudront muscler leur savoir sur la vie de Piaf ont enfin leur ouvrage !
Chaque événement relaté ici, au fil de ces 800 pages, a fait l’objet d’une enquête minutieuse. Tout est consigné par date et ce balisage, dense et précis, offre un intérêt inestimable : nous découvrons année après année, presque jour après jour, ce que fut sa vie et son emploi du temps. Au fil des pages où sont consignés les épisodes d‘une existence tantôt tragique (la mort de sa petite fille), tantôt drôle (les anecdotes sur ses tournées qu’elle raconte à son confident, Jacques Bourgeat..), une nouvelle image apparaît, celle d’une femme libre, instinctive et pugnace. La voici enfin débarrassée de ces  légendes qui brouillaient jusqu’ici la perception que nous avions de cette artiste.
Non, Piaf (de son vrai nom Edith Gassion) n’est pas née dans la rue, elle n’a pas été aveugle pendant quatre ans, oui Piaf multipliait ses conquêtes amoureuses et – la réalité n’est pas aimable - elle n’a pas eu un comportement exemplaire pendant la Deuxième Guerre mondiale. Elle consommait les hommes aussi. Son amour pour Marcel Cerdan ? Il était finissant quand le drame est arrivé. Son addiction pour les drogues ? Les conséquences de plusieurs accidents automobiles mais aussi un triste réconfort pour soulager un corps malade, épuisé prématurément.
Toute sa vie, qui a duré 47 ans, Piaf a eu des amitiés troubles, magnifiques, dangereuses, nocives. Après les proxénètes de Pigalle, elle a régulièrement croisé les hommes de la Gestapo. Et ce voisinage toxique ne l’a jamais vraiment indisposée. Comme d’autres artistes à cette époque, elle a pris deux fois le train pour Berlin et, si elle a chanté pour les prisonniers d’un Stalag, elle s’est aussi montrée sensible, sinon flattée, de l’intérêt que lui témoignait Goebbels, puissant ministre nazi de la propagande.
Avec Simone Berteaut, son âme damnée, petite fleur vénéneuse des trottoirs, Piaf a fait les 4000 coups ! Mais, au bout du compte, quelle trajectoire ! Abandonnée par sa mère, utilisée par son père, "la môme" commence sa carrière dans les cours d’immeubles parisiens. Elle y chante pour récolter quelques pièces et, au prix d’un travail surhumain,  cette trajectoire se poursuit sur toutes les scènes de France. Piaf séduit  l'Europe, électrise les États-Unis ! Car Piaf, le sait-on ?  a mis l’Amérique à genoux ! Partout où elle se produit, elle fascine un public déboussolé par tant de vérité et de puissance. Piaf, à sa manière, symbolise le rêve américain. Elle s’est construite et élevée toute seule, à la seule force de son talent.
Cette biographie nous apprend que ces excès, cette farandole de scandales qui jalonnent  sa vie étaient comme autant de pansements à une existence éclose dans la misère.
On découvre ici une Piaf forcément autodidacte, boulimique de travail, amoureuse, exigeante, autoritaire, à la fois injuste et généreuse, une artiste qui possédait son métier avec un indiscutable génie et n'avait pas son pareil pour "accoucher"  d'autres collègues, et pas des moindres s'il vous plait : Montand, Aznavour, les Compagnons de la Chanson...
Reste que pour atteindre les sommets, Piaf n'a pas pris l’ascenseur... mais les escaliers. Elle a crânement  gravi chaque marche, la rage au cœur. Et le monde s’est incliné.
50 ans après sa disparition, cette biographie nous offre quelque chose d’unique : la vérité sur une femme d’exception.