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Place Käthe Kollwitz, Prenzlauer Berg

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Est-Ouest, des ouvriers aux bobos

Berlin Est a toujours été plus séduisante, même avant la chute du mur, avec ses immeubles délabrés et ses rues mal pavées que son alter ego de l'Ouest, ses avenues flamboyantes et ses quartiers cossus. Peut-être, parce que malgré les grandes difficultés matérielles et existentielles, ils étaient plus vivants.

Autour de la place Käthe Kollwitz, de son charmant jardin, en haut de Prenzlauer Berg, vivaient surtout des ouvriers ou des artistes désargentés. C'est devenu l'un des repaires bobos de l'après mur : au pied de la statue de Käthe s'ébrouent de charmants bambins blonds, tandis que les terrasses de cafés encerclent le parc.


Avant et après 1989, la place a gardé le même nom, celui d'une artiste complète, peintre, dessinatrice, graveuse, sculptrice, pacifiste et socialiste, née en 1867, partie en 1945, quelques semaines avant la victoire des alliés. Avec son mari médecin, ils avaient choisi de vivre ici, à quelques mètres du monument à son effigie, sorte de trône, émouvant dans son épaisseur même. Le bronze y fut érigé par Gustav Seitz, créateur en cour en RDA, en 1958, avant l'édification du mur donc, et avant lui-même de passer à l'Ouest.




Elle a tout vu Käthe, durant sa vie et après, depuis ce socle éternel, mais surtout des souffrances, la sienne, celle de son entourage et de ses concitoyens. Elle avait perdu l'un de ses fils aux premières heures de la Grande guerre, dans les plaines de Flandre. Elle écrivait en 1922 : "Je veux contribuer à cette époque, les gens y sont si malheureux et indigents". Son trait, inscrit dans l'école expressionniste, imprime cette douleur.



Aujourd'hui les enfants qui lui courent autour sont joyeux, emmenés par les éducateurs de la "kita" (Kindergarten, le jardin d'enfants), presque toujours une femme, un homme, éloge de la parité et de la société alternative. Leurs parents tiennent les galeries bon chic bon genre de l'arrondissement et déjeunent sur le pouce dans les bars branchés. Les pauvres ou les étrangers y sont quasiment invisibles, sauf comme nounous ou plongeurs.

C'est désormais l'endroit où il faut vivre, selon les règles du développement durable, écologie oblige. Ici tout le monde grimpe la colline à vélo le soir et la dégringole le matin vers le centre, vers le bruit et le travail.

Prochaine étape, mercredi 21 octobre, Parc Ernst Thaelmann : décomposition du monumental


Pour en savoir plus sur l'oeuvre et la vie de Käthe Kollwitz

Misère, première planche du cycle “La révolte des tisserands“, Käthe Kollwitz, 1893/1897
Misère, première planche du cycle “La révolte des tisserands“, Käthe Kollwitz, 1893/1897