COP21 : des paroles aux actes

Le secrétaire général de l'onu, Ban Ki-moon, le chef de la diplomatie française et président de la Cop 21 ainsi que Laurent Fabius applaudissent l'adoption du texte pour lutter contre le réchauffement climatique le 12 décembre 2015. 
Le secrétaire général de l'onu, Ban Ki-moon, le chef de la diplomatie française et président de la Cop 21 ainsi que Laurent Fabius applaudissent l'adoption du texte pour lutter contre le réchauffement climatique le 12 décembre 2015. 

L’accord de Paris sur le climat franchit une nouvelle étape ce 22 avril. Près de 160 pays ont rendez-vous à New-York pour une cérémonie de signature. Quatre mois après la conférence internationale, où en sont les chantiers du climat ?

dans
Fin février à Tokyo, s’est tenue la première rencontre post-Cop21. Une réunion de délégués ayant pour mission de ne pas laisser retomber comme un soufflé l’enthousiasme suscité par la conférence sur le climat de Paris de décembre 2015. 

Après un marathon d’intenses négociations, 195 pays avaient adopté par consensus le texte présenté par le chef de la diplomatie française et président de la Cop 21, Laurent Fabius. Il se félicitait d’avoir trouvé un « accord historique différencié, juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant ».

Depuis la démission du Français Laurent Fabius de la présidence de la Conférence sur le climat, des leaders de la Cop 21 ont aussi jeté l’éponge. Avec de nombreux chantiers laissés encore en friche, tout cela ne préfigure pas un bel avenir à l’accord « historique » pour sauver la planète.

De l’avis de nombreux diplomates participant aux échanges, l'adoption de l'accord était la « partie la plus facile ». Pas la mise en oeuvre. 
Juste après la fin de la Cop 21, on se demandait déjà comment la mise en oeuvre de l'accord allait s'articuler.
C’est là où intervient la ministre de l’Environnement française, Ségolène Royal qui a succédé à Laurent Fabius, après sa démission le 21 février dernier. Celle-ci entend conserver le leadership hexagonal sur ce dossier. Pour ce faire, elle a d’ores et déjà annoncé que la France pourrait ratifier le texte dès cet été. Le pays s’engage ainsi à maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C et entérine même la nécessité de tendre vers les 1,5°C.

Car la ratification est une étape cruciale. Étape qui s’ouvre ce 22 avril avec la signature officielle du texte à New York. Ségolène Royal souhaite qu’un maximum de pays soient présents. En cas d’absence, ils pourront déléguer leur signature. A partir de ce moment, les 195 pays participant à la conférence sur le climat entameront les différentes procédures -auprès de leurs parlements- permettant de ratifier le texte. Au mois de février, elle s'est rendue dans cinq pays africains pour mobiliser les chefs d'Etat. La ministre française a refait un aller-retour au mois de mars.

«Pour entrer en vigueur en 2020, l’accord devra être ratifié, accepté ou approuvé par au moins 55 pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre », note Le Monde.

Deuxième objectif de Ségolène Royal :  faire de cet acte protocolaire « une journée de la Terre » afin de relancer la mobilisation de la société civile, rapporte Paris Match. L'’occasion de se pencher sur trois dossiers évoqués en décembre 2015 : l’alliance solaire internationale promue par l’Inde, les investissements du secteur privé dans l’économie « bas carbone » et l’initiative de 10 milliards d’euros en faveur des énergies renouvelables en Afrique, écrit toujours Le Monde, qui parle de « chantiers balbutiants ». 
 
La Cop 21 joue donc gros. Il n’est pas aisé de capter l’attention du public, encore moins celles des hommes ou femmes politiques désormais engagés dans la lutte contre le terrorisme, la guerre en Syrie, la crise des réfugiés ou l’économie mondiale. 
 

Une équipe "gagnante" qui se désintègre

La conférence sur le climat joue gros aussi puisque l’équipe qui avait assuré le succès à Paris est peu à peu en train de jeter l'éponge. Comme mentionné plus haut, le premier a été Laurent Fabius, qui ne pouvait pas cumuler la présidence de la Cop avec ses nouvelles fonctions à la tête du Conseil constitutionnel français. Le négociateur américain Todd Stern lui a emboîté le pas. Il avait contribué à la signature du protocole de Tokyo en tant que conseiller de Bill Clinton et avait oeuvré à l’adoption de l’accord à Paris.

Il sera remplacé ce 1er avril par son adjoint Jonathan Pershing, un géologue expérimenté, membre du GIEC qui, dans une autre vie a travaillé pour des compagnies minières et pétrolières.  
 
Mais c’est le départ de deux poids lourds qui fait trembler les délégations : le mandat de Ban Ki-moon à la tête de l’ONU s’achève au mois de juillet. La très volontaire Costaricienne Christiana Figueres, responsable climat de l’ONU, partira sans doute au même moment.

Une équipe incertaine, un agenda international chargé et un temps politique qui n’est pas celui de l’écologie nourrissent le scepticisme. D’autant que le cadre de mise en oeuvre de l’accord n’est pas si contraignant que cela. A tout moment, après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de l’accord pour un pays, celui-ci pourra s’en retirer, sur simple notification. 

La Chine fait sa transition énergétique

Face à ces difficultés, certains pays — et non des moindres — ont décidé de devancer leurs camarades. A commencer par la Chine. Lors de son treizième plan quinquennal s’achevant en 2020, les autorités chinoises se sont engagées à réduire de 15% la quantité d’énergie consommée pour obtenir un point de croissance du produit intérieur brut (PIB).

C’est un plan ambitieux qui s’attaque à la pollution atmosphérique devenue une priorité pour la population. Le Parti communiste s’est également fixé un plafond d’émissions de gaz à effet de serre : 5 millions de tonnes pour la combustion du charbon. Et 15% de la production électrique devra provenir d’énergies renouvelables, écrit Sciences et Avenir. Et d’ajouter : «Le pays devra plus que doubler sa production d’énergie éolienne et tripler celle du photovoltaïque ». Si la Chine tient ses promesses, elle aura respecté les engagements pris lors de la Cop21 à Paris. Le surprenant tournant écologique de la Chine fait des émules. 
 
Les États Unis ont annoncé, le 10 mars, une baisse de 40 à 45% de ses émissions de méthane afin de respecter les engagements de Paris. C’est en fait un prix de consolation. La Cour suprême dominée par les républicains avait suspendu l’application du Clean power plan de Barack Obama.

Le Canada, de son côté a pris la même décision. C’est une des premières mesures symboliques de l’ère Trudeau. Neufs ans de gestion conservatrice avaient fait du pays un cancre de l’écologie. L’ex-Premier ministre Stephen Harper avait développé à tout-va l’exploitation des sables bitumineux et les énergies fossiles en général.
 
Malgré ces débuts hésitants, ces pays font figure d’exemple face à l’Europe qui n’arrive pas à se mettre d’accord sur les objectifs du « paquet climat-énergie ». celui-ci implique la réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Des pays dépendants du charbon comme la Pologne ou la République tchèque ne veulent pas en entendre parler. Sans aller plus loin, la France reste empêtrée dans une « transition énergétique » incertaine.

Dans ce contexte, ce sont toujours les pays nordiques et l’Allemagne qui restent à la pointe de la lutte contre le échauffement climatique, selon The global green economy index. Un baromètre indépendant. L'Afrique de son côté se prépare à faire sa révolution verte. "Les énergies renouvelables n'y sont plus une utopie", selon Charlotte Aubin-Kalaidjian, présidente de la société d'investissement spécialisée dans l'énergie solaire en Afrique, GreenWish Partners.


La Cop 21, avec Ségolène Royal à sa tête, ont jusqu'à novembre pour marquer quelques bons points. Dans 9 mois sonnera l'heure du premier bilan des premières ratifications de l’accord.