Podemos et Syriza : anti-austérité, mais encore ?

Les logos des deux fomations anti-libérales et anti-austérités de Grèce et d'Espagne : Syriza et Podemos

La récente victoire de Syriza en Grèce motive les partisans de Podemos, un tout jeune parti politique espagnol anti-austérité et anti-libéral. Quelles ressemblances et diférences existent entre Podemos et Syriza ?

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Des points communs importants existent entre la Grèce et l'Espagne depuis la crise financière de 2008 : les dettes souveraines y sont très élevées, le chômage a explosé, et l'austérité budgétaire continue de faire des ravages au sein de la population. C'est dans ce contexte de crise politique et sociale hors normes que le parti de la gauche anti-libérale, Syriza, a remporté les dernières élections législatives anticipées. Les Grecs ont placé un ingénieur de 40 ans à la tête du pays, bien décidé — avec son parti — à sortir le pays de la crise économique, en pratiquant une politique de "refus de l'austérité". En Espagne, cette récente victoire grecque a donné des ailes à un mouvement issu des "indignados" du 15-M (les grandes manifestation de 2011) et devenu depuis peu un parti politique : Podemos.

Podemos : ni gauche ni droite ?

Le parti Podemos est avant tout une formation politique issue des grands mouvements sociaux survenus un peu partout dans les pays développés à la suite des "Printemps arabes" — tunisiens et Egyptiens : le mouvement des "Indignados" en Espagne, Occupy Wall street aux Etats-Unis…

Les revendications des manifestants et soutiens de Podemos sont clairement établies : mise en cause des représentants politiques des deux grands partis qui se partagent le pouvoir depuis 30 ans (le PSOE et le PP, ndlr), refus des coupes dans les dépenses publiques, volonté de faire émerger une "nouvelle démocratie" prenant en compte les aspirations populaires, arrêt des politiques anti-sociales, refus de céder aux pressions de la troïka (BCE, Commission européenne, FMI).

l'enjeu pour Podemos est le "sauvetage des citoyens et de la démocratie"
Le leader du parti, Pablo Iglesias peut être comparé à Alexis Tsipras : lui aussi est jeune, a le verbe haut et défend une politique sociale, opposée aux réformes libérales demandées par Bruxelles. Mais si le parti Syriza est clairement identifié depuis sa création en 2004 comme une coalition de partis de la gauche de la gauche et d'extrême gauche — à l'instar du Front de gauche en France — ce n'est pas du tout le cas de Podemos. Le tout jeune parti espagnol refuse d'ailleurs d'être assimilé à un bord ou un autre : l'enjeu pour Podemos est le "sauvetage des citoyens et de la démocratie" comme l'exprime le responsable de Podemos Madrid, Jesus Montero. Ce qui relie politiquement les deux formations politiques — Syriza et Podemos — est avant tout le refus de l'austérité, et le responsable de souligner qu'au delà de ce point d'accord, "La réalité économique, politique et sociale de nos pays n'est pas la même et nos formations politiques non plus".

Syriza est un parti de gauche radicale, Podemos est un parti contestataire qui veut sortir du bipartisme espagnol. Pablo Iglesias et quatre de ses co-listiers ont été élus en mai 2014 au Parlement européen, ils siègent avec la Gauche unitaire européenne.

Podemos et Syriza sont dans un bateau…

Créé en janvier 2014, Podemos est un parti encore en construction. Ses responsables sont le plus souvent des enseignants, chercheurs en sciences politiques, et pour une frange de plus en plus importante de l'électorat espagnol, ils incarnent le renouveau. Les sondages annoncent près de 28% d'intentions de vote pour le jeune parti aux prochaines législatives de novembre 2015, dépassant largement le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) mais aussi de peu le Parti Populaire (PP) au pouvoir de Mariano Rajoy.

Iglesias est un excellent orateur qui surfe sur l'exaspération sociale

La manifestation de la Puerta del Sol de ce samedi 31 janvier 2015 — qui a réuni plusieurs centaines de milliers de manifestants — était l'œuvre de Podemos. Sur quoi repose ce succès populaire ? La personnalité de son principal porte-parole, Pablo Iglesias, joue beaucoup : Iglesias est un excellent orateur qui surfe sur l'exaspération sociale, et promet "au peuple", qui "fait l'histoire" de "régénérer la vie politique". Mais au delà de ces grandes déclarations, et d'une promesse de sortie de la "corruptocratie", que propose concrètement Podemos ?

Le parti Podemos promet un audit de la dette publique (pour ne pas en payer une partie), de stopper les "coupes budgétaires imposées par des pouvoirs non-­elus", de "redistribuer les richesses", ou encore de "lutter contre l'évasion fiscale" et "mettre la finance au service de l’économie réelle". Toutes ces propositions font écho à celles de Syriza en Grèce, mais une grande différence existe entre les deux formations : l'organisation.

Podemos a choisi de créer des "cercles", un principe d'organisation tiré du mouvement des indignés basé sur des assemblées populaires. Il en existe un millier en Espagne, avec des votes nationaux par Internet. Si sur le papier, ce système semble très démocratique, il reste encore très fragile et source de contestations.

Carte interactive des cercles Podemos en Espagne et dans le monde (cliquer pour connaître l'adresse inrternet de chaque cercle) :

La victoire de Syriza en Grèce incite les dirigeants de Podemos à pousser leur parti sur le devant de la scène politique, avec dans toutes les têtes, les élections législatives de fin d'année qui pourraient voir ce parti accéder au pouvoir. Il reste néanmoins de nombreux points cruciaux à éclaircir. Et le principal reste celui du programme économique, social, chiffré. Peut-être le gouvernement d'Alexis Tsipras en Grèce permettra-t-il de mieux comprendre ce que veut faire le parti issu des indignés espagnols s'il accède au pouvoir ? Après tout, pour l'heure, ce qui sépare les deux formations politiques ne semble pas vraiment si différent… Si ce n'est leur origine et leur mode de gouvernance interne.