Portrait d'Hossein Derakhshan, blogueur iranien en prison

Hossein Derakhshan a été condamné à 19 ans et demi de prison et n'a plus le droit d'exercer toute activité liée aux médias pendant cinq ans. Ce célèbre journaliste et blogueur irano-canadien est emprisonné depuis le 1er novembre 2008 en Iran sous diverses accusations, notamment la « collaboration avec des États ennemis ».

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Il signait « Hoder » ses posts sur son blog, en persan et en anglais. Hossein Derakhshan est un journaliste et un blogueur « engagé » comme on dit. Mais dans une dictature, cela peut coûter la vie.

Hossein Derakhshan étudie à Téhéran puis à Londres et à Toronto. Il débute dans le journalisme en écrivant des articles au sujet d'Internet dans un journal réformiste : Asr-e-Azadegan. Lorsque ce journal est interdit, Hossein Derakhshan continue à écrire pour un autre journal : Hayat-e-No, toujours au sujet du web et des nouvelles technologies.

LE PÈRE DES BLOGS EN PERSAN

En décembre 2000, il part vivre au Canada. C'est là qu'il démarre son blog, un an plus tard - blog interdit en 2004 en Iran. Son titre : Sardabir : khodam (Rédacteur en chef : moi-même, NDLR). Hossein Derakhshan va modifier des lignes de codes afin de pouvoir facilement rédiger et éditer un blog en persan. Son mode d'emploi circule sur la Toile et en un mois, une centaine de blogs en persan ouvre. Depuis, Hossein Derakhshan est surnommé en Iran « The blogfather », le père des blogs. Il est également propriétaire du site Sobhaneh (« le petit déjeuner »), dont le sous titre est Le repas le plus important de la journée, et dont l'orientation est clairement opposée au gouvernement iranien.

En 2005, Hossein Derakhshan tient un discours à la conférence Wikimania de Francfort, en Allemagne. Alors qu'il quitte l'Allemagne, il est arrêté et interrogé par les services secrets iraniens au sujet de ses contributions au site Wikipédia en persan, et au sujet de son blog. Il refuse alors de présenter des excuses publiques, comme cela lui est demandé. Au contraire, il rédige un rapport sur ce qui vient de lui arriver, qu'il publie sur son blog.

Le blogueur se rend deux fois en Israël en 2006 et rend compte de ses voyages dans son blog pour « contribuer au rapprochement entre Tel-Aviv et Téhéran ». Selon lui, les deux villes sont très semblables : mariage de l'Orient et de la culture underground... Mais pour un citoyen iranien, se rendre en Israël est passible de la peine de mort.


Très attaché à la culture française, aux valeurs des Lumières, il s’installe à Paris en 2007 pour exercer son métier de journaliste et de blogueur. Il travaille pour des journaux anglophones réputés, Newsweek, The Guardian ou The New York Times.

EN PRISON DEPUIS 2008

Hossein Derakhshan retourne à Téhéran en octobre 2008. Il veut couvrir le 30ème anniversaire de la Révolution Iranienne et les élections présidentielles de juin 2009. Il est arrêté au domicile de ses parents le 1er novembre 2008. Maintenu en isolation et soumis aux interrogatoires, il a pu voir sa famille une seule fois en deux ans, et jamais sa compagne française.

Son procès s’ouvre en juin 2010 à huis clos. Sa famille n’est pas autorisée à assister aux séances de la cour ni à le voir. Le procureur de Téhéran a requis la peine de mort le 22 septembre dernier. Le verdict a été prononcé le 28 septembre : Hossein Derakhsahn est condamné à 19 ans et demi de prison et interdit d'exercer une activité liée aux médias pendant cinq ans. Il pourrait interjeter appel.