Portrait : François Fillon, un homme si discret

Francois Fillon, bras levés, lors d'un meeting à Toulon, le 31 mars 2017. Le candidat de la droite et du centre croit à ses chances de parvenir au deuxième tour de l'élection présidentielle, malgré sa mise en examen et celle de sa femme. © AP Photo/Claude Paris 
Francois Fillon, bras levés, lors d'un meeting à Toulon, le 31 mars 2017. Le candidat de la droite et du centre croit à ses chances de parvenir au deuxième tour de l'élection présidentielle, malgré sa mise en examen et celle de sa femme. © AP Photo/Claude Paris 

François Fillon, le candidat de Les Républicains est en politique depuis plus de 35 ans. Il se montre aujourd'hui sous un jour qu'on ne lui connaissait pas, particulièrement depuis les révélations qui ont mené le Parquet financier à le mettre en examen. Connu comme un "conservateur-libéral" discret, lisse et sans histoire, quel est le parcours de François Fillon ?

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François Fillon est né le 4 mars 1954 au Mans, de parents militants gaullistes : sa mère était professeure d'université et historienne, son père, notaire. Il est l'aîné d'une fratrie de quatre garçons. Le jeune François Fillon grandit dans la petite ville de Cérans-Foulletourte, dans la Sarthe, et se passionne très vite pour les courses automobiles, 24h du Mans oblige. Chef de troupe chez les Scouts à 17 ans (possible grâce une dérogation de ses parents), François Fillon aime déjà diriger les autres, bien que très réfractaire à l'autorité.

Sa scolarité s'effectue chez les Jésuites, un environnement austère qui semble l'avoir marqué, rapport au conservatisme et la rigueur qu'il revendique aujourd'hui. Sa discrétion serait-elle liée à cette éducation scolaire ? Rien n'est moins sûr, quand on apprend que l'élève Fillon était une sorte de rebelle, proche d'être un cancre. En 2005, en plein mouvement lycéen, le dossier scolaire du Premier ministre Fillon est publié. On y apprend des choses étonnantes :


« Lors d’un devoir écrit, il [François Fillon] emporte un jour avec lui une ampoule lacrymogène qu’il lâche dans la classe en pleine composition. Tous les élèves doivent alors évacuer d’urgence. François est sévèrement réprimandé. »

Cette discrétion qui caractérise Fillon le politique, n'est plus de mise en 2017 avec sa mise en examen, en pleine campagne électorale présidentielle. François Fillon harangue désormais les foules dans ses meetings, accuse les juges, la présidence de la République d'ourdir des complots à son égard sur les plateaux de télévision, et c'est une nouveauté. Jusqu'à l'affaire du "Pénélope Gate", François Fillon s'est hissé en politique par étapes successives, sans faire beaucoup de bruit, parvenant au poste de Premier ministre — plus de 25 ans après la mort du ministre qu'il assistait. Un événement dramatique qui le lance dans la course politique.

Vie, mort et naissance d'un politique

François Fillon poursuit une scolarité classique bien que chaotique avec l'obtention d'une maîtrise de droit public en 1976, à 24 ans, puis l'année suivante, un diplôme d’études appliquées de droit public et de sciences politiques. Le lycéen Fillon s'est en effet fait virer deux fois du lycée, entre autres pour des actes de rébellion, en tête d'une manif pour demander le départ d'un prof d'anglais. S'il obtient le baccalauréat en 1972, c'est avec des notes très faibles et des remarques acerbes des enseignants. Son dernier bulletin de terminale stipule un « bon travail » en histoire-géo, mais pour le reste des matières c'est très mauvais :  « Faible, bavard » en maths, « très faible » en anglais, « pourrait bien faire s’il participait davantage » en espagnol...

C'est au cours de ses études supérieures, au milieu des années 70 qu'il rencontre Pénélope Clark, une jeune galloise étudiante en droit. Il l'épousera en 1980. Ce qui intéresse avant tout le jeune homme à cette époque, est le journalisme politique. C'est donc par ce biais qu'il débute, comme journaliste au Parlement, tout en assistant l'ami de ses parents, le député de droite UDR (Union des républicains), et très anti-chiraquien, Joël Le Theule.

François Fillon débute sa brève carrière d'assistant parlementaire en 1978, et très vite, la même année comme chargé de mission du ministre des Transports Le Theul, puis du ministre Le Theul de la Défense. Le travail de François Fillon auprès du ministre s'achève par un drame lui ouvrant les portes de fonctions politiques qu'un jeune homme de son âge ne pouvait facilement espérer… En effet, le maire, ministre et député Le Theule décède d'un infarctus le 14 décembre 1980, dans les bras de François Fillon qui le conduisait aux urgences. Celui-ci va donc se présenter pour remplacer le défunt Le Theul à la députation, dans sa circonscription de la Sarthe. En 1981, à 27 ans, François Fillon devient député du parti gaulliste le RPR (Rassemblement pour la République), qu'il avait intégré en 1977. Puis, aux municipales de 1983 il reprend la mairie de Sablé-sur-Sarthe de son ancien employeur, le maire Le Theul (mairie qu'il conserve jusqu'en 2001). Il ne lâche alors plus jamais la politique, passant de mandats en fonctions gouvernementales jusqu'à aujourd'hui.

Philippe Séguin, gaullisme social et monnaie unique

Très vite, le député-maire Fillon est repéré par un ténor du RPR considéré comme le chef de "l'aile gauche" du parti : Philippe Séguin. C'est à cette époque, en 1984, que François Fillon achète son manoir, le domaine de Beaucé, dans la Sarthe, qui lui a attiré les sarcasmes de nombreux internautes lorsqu'il commence à s'y afficher dans la presse "people", en 2013, alors que la crise économique fait toujours rage :
L'amitié politique entre Philippe Séguin et François Fillon est basée sur des convergences — l'opposition à la construction européenne et la monnaie unique — mais aussi sur des ennemis communs : Jacques Chirac et ses soutiens. Ces deux "gaullistes coalisés" ne vont avoir cesse de vouloir débouter Jacques Chirac et prendre le pouvoir au RPR, jusqu'à ce que Fillon, en fin stratège, ne se décide — après le retrait de Philippe Séguin de la politique — à totalement changer son fusil d'épaule. Tant sur l'Europe, l'euro, que sur Jacques Chirac. Le principal concerné, Jacque Chirac n'en tiendra d'ailleurs jamais rigueur à François Fillon, puisqu'il le nommera ministre à plusieurs reprises.

Fillon est réélu député de la Sarthe en 1986, et embauche alors son épouse comme assistante parlementaire : le scandale du Pénélope Gate et la mise en examen du candidat de l'UMP sont liés directement à cette première embauche, qui pourrait valoir une condamnation à l'ex-Premier ministre, si la réalité de l'activité de son épouse n'était pas démontrée.
Copie d'écran de la déclaration publiée par François Fillon début février 2017 après les révélations du Canard enchaîné.
En 1992, François Fillon complète ses fonctions de maire et député avec celle de président du Conseil général de la Sarthe. C'est cette année que le référendum sur le traité de Maastricht est voté, et François Fillon soutient Philippe Séguin dans sa campagne pour le "Non". Malgré le "Oui" à Maastrich — un échec pour Fillon — il est tout de même appelé dans le gouvernement de cohabitation d'Edouard  Balladur. 1993 : la première fonction ministérielle de François Fillon. Il a alors 39 ans.

Les années de conquête

Le décollage de la carrière politique de François Fillon débute réellement en 1993 : Edouard Balladur, Premier ministre de la deuxième cohabitation de François Mitterrand, le nomme ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Vient ensuite l'élection présidentielle, où Fillon soutient Edouard Balladur, contre Jacques Chirac, qui l'emporte malgré tout. Surprise : François Fillon, malgré son soutien au perdant Balladur — et bien connu pour son anti chiraquisme — est nommé par Alain Juppé comme "ministre délégué chargé de la Poste, des Télécommunications et de l'Espace" sous la présidence de… Jacques Chirac. La grande première réforme de Fillon est lancée : l'ouverture à la concurrence des télécommunications en mettant fin au monopole de France Télécom.

1997 : dissolution du gouvernement. La gauche est au pouvoir, le président Chirac est forcé de cohabiter. François Fillon organise et soutient la campagne de Philippe Seguin pour s’emparer du RPR et c'est à ce moment qu'il fait connaissance avec le secrétaire général du parti : un certain Nicolas Sarkozy. En 1999 Philippe Seguin échoue à gagner la présidence du RPR et quitte la politique. François Fillon décide alors de changer de stratégie.

Réélu comme député de la Sarthe, élu président de la Région Pays de la Loire en 1998, puis de nouveau réélu député en 2002, il est alors nommé ministre des "Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité", à la suite de la victoire de mai de Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen, dans le gouvernement Raffarin-1 puis Raffarin-2. En 2003, sa réforme pour repousser l’âge de départ à la retraite, augmenter les cotisations et favoriser l'épargne individuelle crée un tollé général. Entre un et deux millions de salariés manifestent à Paris et dans les grandes villes de France contre la réforme, une mobilisation aussi importante que celle de 1995 contre la réforme des retraites de Juppé. François Fillon parvient à conserver sa réforme, en concédant quelques points, mais ressort de l'affrontement avec de nouveaux galons d'"homme de dialogue". Deux ans plus tard, il est nommé ministre de "l'Education, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche" dans le troisième gouvernement Raffarin. Il lance alors la réforme du Baccalauréat (six épreuves au lieu de 12 avec contrôle continu, réhabilitation du redoublement) fin 2004 qui fait sortir dans la rue des centaines de milliers de lycéens manifestants. En mai 2005, il quitte son poste et se fait élire Sénateur de la Sarthe.

Du collaborateur de l'hyper-président au gagnant de la primaire

François Fillon est nommé Premier ministre de Nicolas Sarkozy en mai 2007. Il le restera 5 ans. Cette longévité peu commune d'un Premier ministre est caractérisée par un effacement très surprenant — voire unique — de Fillon dans cette fonction. Il faut dire que celui qui l'a nommé est lui même très particulier : l'hyper président Sarkozy ne laisse que peu de place à ceux censés gouverner sous sa présidence, au point de finir par parler de son Premier ministre, François Fillon, comme d'un "collaborateur".

François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy, rend hommage à son ami politique de 30 ans, Philippe Séguin disparu le 7 janvier 2010 :
Fillon encaisse tous les coups et reste ces cinq années dans la posture de l'homme discret, un peu effacé, gaulliste — à la fois conservateur sur les mœurs, mais converti au libéralisme en économie, désireux de mettre en accord le budget avec les critères européens de Maastricht. Malgré les gages de bon gestionnaire de Fillon premier ministre, la crise financière de 2008 puis celle de la dette et de l'euro voient sa politique de "bon père de famille" au chevet des entreprises creuser la dette publique française de 600 milliards d'euros. Un record absolu. Le Canard enchaîné, à l'origine des informations ayant permis la mise en examen de Fillon, ne se gêne pas de rappeler que si le Premier ministre revendiquait la rigueur budgétaire d'Etat et des encadrements pour empêcher les dépenses des ministères, il ne se l'appliquait pas à lui-même. Au point de partir souvent en week-end avec un avion d'Etat Falcon dans son château de la Sarthe accompagné de Pénélope… pour 27 000 euros à chaque escapade.
 
La défaite à la présidentielle de 2012 de Nicolas Sarkozy contre François Hollande, qui voit le retrait (temporaire) de l'ancien président de la vie politique, motive François Fillon pour prendre la tête de l'UMP.

La bataille rangée avec Jean-François Coppé pour gagner la présidence de l'UMP, en novembre 2012, mène alors le parti au bord de la rupture avec accusations de tricheries, trahisons et attaques de toutes sortes. Au point que Fillon et Copé revendiquent chacun leur propre victoire le soir du scrutin. Quatre ans plus tard, l'ex-hyperprésident reprend du service et retrouve François Fillon comme adversaire de la primaire du droite et du centre : Fillon l'emporte contre toute attente, avec un discours politique ultra conservateur sur les mœurs et aux accents Thatchériens sur l'économique et le social.

François Fillon, le Premier ministre effacé de Nicolas Sarkozy s'est "radicalisé" dans son discours et son offre politique, sous le coup de la primaire et de la pression médiatique et judiciaire du Pénélope Gate. Désormais, c'est un François Fillon combatif, qui ne "lâche rien", dénonçant des complots visant à l'abattre, qui est en piste. Pour gagner l'élection présidentielle. Un homme politique à la veille de l'élection présidentielle de 2017 très différent de l'ancien gaulliste social, si discret…