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Portrait : Jacques Cheminade, l’inclassable candidat

Jacques Cheminade prononce son discours lors du rassemblement des maires français à la Maison de la Radio à Paris, le mercredi 22 mars 2017.
Jacques Cheminade prononce son discours lors du rassemblement des maires français à la Maison de la Radio à Paris, le mercredi 22 mars 2017.
© AP Photo/Christophe Ena

Pour la troisième fois comme en 1995 et en 2012, Jacques Cheminade est candidat à l'élection présidentielle française. Fondateur et dirigeant du parti Solidarité et Progrès, il a recueilli à chaque élection moins de 1% des suffrages exprimés. Eurosceptique, ennemi de la finance mais aussi fervent défenseur de la conquête de Mars… Qui est le doyen des candidats en lice pour l’Elysée ?

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Jacques Cheminade est né en 1941 à Buenos Aires, en Argentine. Une fois arrivé dans l’Hexagone, il suit le parcours classique des hauts fonctionnaires français : diplômé de l’Ecole des hautes études commerciales (HEC) en 1963, puis de l’Ecole nationale d’administration (ENA) en 1969. Après avoir été haut fonctionnaire au ministère de l’Economie et des Finances, il quitte l’administration en 1981 pour, comme son site l’affirme, « mieux combattre la mondialisation financière et l’oligarchie qui la compose. »

Cette même année, il devient secrétaire général du Parti ouvrier européen (POE) et se présente pour la première fois à l’élection présidentielle… Une candidature annulée faute de parrainages en nombre suffisant.

Sa première candidature effective en 1995 a, elle, été entachée du rejet de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel. « Le candidat avait souscrit auprès de 21 particuliers des prêts à taux zéro, pour un total de deux millions de francs, que le Conseil constitutionnel a requalifiés en « dons » (en raison de cette absence d’intérêts), la manœuvre, controversée, faisant exploser le plafond autorisé », précise Libération. Le candidat a d’ailleurs été sommé de rembourser un million de francs à l’Etat, soit plus de 200 000 euros.

« Contre la mondialisation financière »

Jacques Cheminade se qualifie de « gaulliste de gauche », ce qui reste à définir. Tout en s’inspirant du très controversé Lyndon LaRouche, homme politique et essayiste américain qu’il rencontre en 1974, connu pour ses positions négationnistes et réactionnaires.

Un homme que Jacques Cheminade considère comme un « ami », comme il le dit à 20minutes en 2012, avec qui il partage l’idée d’un nouveau Bretton woods pour relancer le pays économiquement. Cet accord signé en 1944 entre 44 Nations a fait naître les grandes lignes du système financier mondial autour du dollar américain et la création de deux organismes : la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI).

Son obsession ? En finir avec Wall street (New York) où se trouve la plus importante bourse du monde, tout comme la City à Londres, « dont les intérêts sont selon lui contraires à ceux des Etats-nations », soulignait Libération dans son portrait de 2012. Ses critiques concernent aussi l’Union européenne et sa monnaie unique. Il indique ainsi sur son site de campagne que « l’euro est le relais régional de la dictature financière mondiale. »

Complotiste ?

Lyndon LaRouche est aussi connu pour ses penchants conspirationnistes. Le site d’observation des théories du complot Conspiracy Watch écrit à son sujet : « il est ainsi persuadé que l’accession de Hitler au pouvoir en Allemagne a été planifiée par le Royaume-Uni ; que les Beatles sont une émanation des services de propagande britanniques ; que l'administration Bush a elle-même commandité les attentats du 11 septembre ; que le contenu des Protocoles des Sages de Sion est authentique ; que la reine Elisabeth II contrôle le trafic de drogue international ; que l’homosexualité est un coup du KGB… ».

Jacques Cheminade ne semble pas exempt de ces considérations. En mars 2012, il a par exemple déclaré sur la radio France Inter que « la politique d'Obama (...) c'est une politique de Wall street. Et ce sont ces mêmes milieux de Wall street qui ont mis, avec le grand-père de Bush, le pied d'Hitler à l'étrier en Allemagne, qui l'ont financé. Donc, on retrouve cette même tendance. » Ou encore, toujours en mars 2012 mais sur LCP, qu’« il y a le trafic de drogue » parmi les ressources de la reine d’Angleterre.

En 2005, le rapport au Premier ministre de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires écrivait au sujet de Solidarité et Progrès : « Les étudiants constituent une cible privilégiée pour ce parti qui, sous l’apparence d’une idéologie politique « anti-Bush » et avec une image alternative aux mouvements politiques constitués, joue sur la fibre engagée et idéaliste des étudiants. »

A la conquête de Mars 

Mais son aspect qui est sans doute le plus connu du grand public est son attrait pour la conquête spatiale. Il ne s’agit pas seulement d’explorer l’univers via de grandes missions d’observation. Mais aussi d’« implanter des centres industriels et scientifiques sur la Lune ». Bref, d’exploiter ses ressources, notamment le régolite présent à sa surface, et de l’utiliser comme un tremplin d’études. En 2012, il comptait partir à la conquête de mars et y établir des « villes habitables ».

L’espace n’est cependant pas sa seule passion, comme le rappelle le site de France Info. Jacques Cheminade est aussi « un spécialiste de Friedrich von Schiller et de l'une des œuvres majeures de ce poète allemand du XVIIIe siècle, Marie Stuart. »