Portrait : Jean Lassalle, le berger de la politique

Le candidat indépendant Jean Lassalle donne une intervention devant les maires de France, à Paris, le 22 mars 2017.
Le candidat indépendant Jean Lassalle donne une intervention devant les maires de France, à Paris, le 22 mars 2017.
©AP Photo/Francois Mori

Faut-il prendre au sérieux la candidature de Jean Lassalle à la présidentielle française ? Ils-elles sont beaucoup à se poser la question. L’homme des Pyrénées à l'accent rocailleux fait figure de trublion dans cette campagne. Qui se cache derrière ce personnage quelque peu marginal ? 

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Le voilà donc où personne ne l’attendait vraiment. Mais ça, c’est un peu une vieille habitude chez lui. Le 18 mars 2017, Jean Lassalle voit sa candidature à l'élection présidentielle française officiellement validée par le Conseil constitutionnel, avec 708 parrainages.

Sans argent ni troupe, aux allures d’ovni politique, le député des Pyrénées-Atlantique provoque à la fois sourires et malaise, tant il parait difficile de prendre sa candidature à la magistrature suprême au sérieux.

Son parcours pourtant n’a rien de si décalé, quoique.

Jean Lassalle est fils de berger. Né à Lourdios-Ichère, petit village de la Vallée d’Aspe, il passe son enfance dans l’exploitation familiale, accrochée à flanc de la montagne, dans la rudesse du climat des Pyrénées . Au terme d’études secondaires, il devient technicien agricole spécialisé dans l’hydraulique et l’aménagement du territoire.
 
A 21 ans, il revêt l’écharpe tricolore de la mairie de son village natal, ce qui fait de lui l’un des plus jeunes maires de France. En 2002, il est élu député de la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques.

Marié, il est père de 4 enfants.

Le berger médiatique

Premier acte médiatique sur son CV politique : en 2003, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur refuse de maintenir un poste de gendarmerie, situé près d'un tunnel placé sur sa circonscription (Tunnel du Somport.) Depuis la tribune de l’Assemblée, alors que Mr Sarkozy s’apprête à prendre la parole, le député Lassalle entonne "Si quanti io que quanti quanti pasterio…". Une manière d’alerter l’opinion publique et les politiques sur la disparition des services publics de proximité. Sa performance a payé, la gendarmerie menacée est finalement maintenue pour sécuriser le tunnel du Somport . 
 

En 2006, il se retrouve sous les feux des caméras de télévision, lorsqu’il entame une grève de la faim dans la salle des Quatre colonnes du Palais Bourbon pour protester contre une délocalisation dans sa région. Elle dure 39 jours, il perd 32 kg. Maist il obtient gain de cause, l’entreprise locale est sauvée.
 
Renouant avec ses origines de berger, il prend son bâton de pèlerin en 2013 pour un tour de France à pied, lui aussi très médiatisé. Pendant 9 mois, parcourant près de 5 000 km, il va à la rencontre des citoyens, pour écouter leurs griefs et comme il le dit « donner la parole aux oubliés ».
 
L’année suivante c’est en Europe qu’il effectue un grande tournée. Outre les citoyens européens, il rencontre également de hauts représentants politiques comme Angela Merkel. Le député visite ainsi l’Angleterre, l’Irlande, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la République tchèque, l’Espagne, l’Allemagne, la Roumanie, la Grèce, le Danemark et la Suède.

Sans étiquette

Aujourd’hui, Jean Lassalle s’affiche sans étiquette. Il avait pourtant été l’un des piliers du Mouvement démocrate (MoDem) dès le lancement officiel de celui-ci en novembre 2007, pour en devenir ensuite vice-président. Mais l’appel de François Bayrou à voter François Hollande pour l’Elysée en 2012 marque la rupture entre les deux hommes, pourtant longtemps amis.

Sur France Inter, mercredi 29 mars, François Bayrou refusera d'ailleurs de commenter la candidature de celui qui a été son ami, en précisant toutefois que "la politique c'est sérieux!" On comprend le sous-entendu.

A la fois contre le projet de traité TAFTA de "libre-échange transatlantique" entre l'Europe et les États-Unis, contre la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, en faveur du mouvement Nuit debout, (il se rend à plusieurs reprises place de la République à Paris pour échanger avec les manifestants), contre la loi Travail, plus une visite en Syrie chez Bachar Al Assad en janvier 2017… Ces positionnements ajoutent à la confusion des genres selon ses détracteurs.

Le personnage aisément présenté comme farfelu aime jouer les tribuns lors de ses passages télévisés. Son intervention dans l’émission On n’est pas couchés sur France 2 en janvier 2017 laisse perplexes les journalistes en plateau. D’ailleurs, le candidat Lassalle n’est pas tendre avec la presse qu’il ne juge "plus pluraliste comme elle l’était autrefois".
 

Homme de scène, à la parole facile, les réseaux sociaux sont une nouvelle tribune qu’il utilise quasi-quotidiennement. Ses déclarations ou tweets font la joie des twittos.
 

De quoi susciter le buzz, au risque d’ajouter un sentiment de doute sur sa crédibilité en tant que candidat… Du virtuel à la réalité, des Pyrénées à l’Elysée, telle est la route du berger Lassalle .