Info

Portraits de francophones - Clay Howe

Clay Howe, 66 ans, ancien professeur de français, ancien président de l’Alliance française de New Haven, vit dans le Connecticut.

dans

« Heureusement qu’il y a la francophonie »


La rencontre
« Quand j’étais préado, mes parents avaient engagé une jeune fille au pair pour mon plus jeune frère, et j’éprouvais une délicieuse sensation en sa présence. J’étais loin de me douter que c’est parce que c’était une jeune fille, et que j’étais un jeune garçon, je croyais que c’est parce qu’elle était française. A l’époque je devais choisir une langue étrangère à l’école, et entre l’espagnol et le français on poussait les bons élèves vers le français. Or cette même sensation délicieuse je l’ai eue aussi en cours de français! A cette époque j’avais des maux de tête, mais quand je parlais français, quand j’entendais du français, quand je mangeais français, j’étais inondé de cette sensation délicieuse, et mes maux de tête disparaissaient. Transfert ou confusion...

Le travail
J’ai longtemps été professeur de français dans une école, où j’ai rencontré ma femme, aussi professeur de français, et aujourd’hui j’y monte encore des pièces - en français bien sûr: Ionesco, Musset, Jean-Michel Ribes... A l’époque il y avait deux fois plus d’enseignants de français que de toutes les autres langues réunies. Aujourd’hui le le français arrive derrière l’espagnol, et le chinois, le japonais sont en hausse. Il y a moins de demandes pour des cours de français. Je suis devenu traducteur.

La francophonie
Je reviens tout juste de France où j’ai participé en Normandie aux cérémonies du 229e anniversaire de la victoire de Yorktown, en Virginie. Les Américains et les Français oublient qu’il y a eu plus de Français à Yorktown que de soldats américains, et plus de morts parmi les Français que dans le camp américain. Je fais partie d’une association, la Société des Cincinnati, les descendants des officiers de la guerre d’Indépendance... Mais bien sûr heureusement qu’il y a la francophonie, qui ne se limite pas à la France. C’est grâce à elle que maintenant je suis responsable du service de traduction française des Chevaliers de Colomb, (une organisation catholique), très présents au Canada francophone. La francophonie est présente sur tous les continents, elle est diverse et c’est important pour des Américains. La présidente qui m’a succédé à l’Alliance française a organisé un voyage à Montreal, il y a aussi des randonnées cyclistes... Un signe de cette francophonie: en américain, fondue savoyarde se dit Swiss fondue...»

Tous les portraits de francophones


En français, je préfère...

Mon mot français et américain le plus fidèle : panache

Mon livre préféré : comme entre des enfants, je ne peux pas choisir! L’Étranger, Le Rouge et le noir, les incipits des Mémoires de Guerre et de La Chartreuse de Parme, les dernières lignes de La Peste, Citadelle, La Peau de Chagrin...

Ma chanson préférée : également difficile de choisir! Selon les circonstances: Mourir pour les idées, Le déserteur, Supplique pour être enterré à la plage de Sète, Le Moribond, Débranche ton soleil, Le Métèque, Cauchemard, Chinatown, Mon ami JC...


A l’occasion du Sommet de la Francophonie, qui commence officiellement mercredi 20 octobre à Montreux, Le Temps a choisi de faire entendre la parole de francophones de tous les jours.

Ici en Suisse, les Romands, minoritaires, se battent pour que le français reste pratiqué dans toutes les régions linguistiques. Là bas, l’Île de Pâques accueille la plus petite Alliance française du monde, aux États-Unis des enseignants s’escriment à vouloir diffuser le français, malgré le poids de l’espagnol, à Bruxelles des journalistes francophones continuent de réclamer des documents en français malgré l’écrasante supériorité de l’anglais dans les sommets et réunions de travail.

Ces entretiens ont été réalisés par notre partenaire Le Temps.