Portraits de francophones - Eric Facon

Eric Facon, 52 ans, est rédacteur radio à Bâle. Le français est la langue de son adolescence.

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« Le français est la meilleure langue pour les envolées pathétiques »

La rencontre
« Quand je suis arrivé à Genève, après des séjours aux États-Unis et en Suisse alémanique, j’avais dix ans. Je représentais un mélange entre Suisse toto et Américain. Mon père était francophone mais à la maison on parlait allemand et anglais. Le français est devenu la langue de mon adolescence, celle avec laquelle j’ai commencé à lire et à explorer le monde.

J’aime comme de Gaulle lançait « Français, Françaises ». Cela me fait un peu rire. C’est ce côté prétentieux du français que je retrouve surtout chez les politiciens, avec parfois un penchant vers le pathétique. Le français est la meilleure langue à ce niveau. Cela laisse une large place à la satire.

Le quotidien
A Bâle, où je vis, cette langue n’est plus très présente dans mon quotidien. Mais je suis épaté de constater que ma fille, onze ans, qui a déjà des cours à l’école, aime le français. Et même sans mon intervention. C’est une chose inhabituelle chez bien des jeunes Alémaniques. A cet égard, j’ai trouvé navrant, aussi comme signe politique, le choix de certains cantons de faire passer l’anglais avant le français dans l’enseignement. Ce n’est pas idéal pour améliorer l’image d’une langue souvent qualifiée de « difficile ». A Bâle, on entend encore passablement le français dans la rue, tout comme à Berne. Bien plus qu’à Zurich. La proximité géographique joue sans doute un rôle essentiel. Je remarque pourtant depuis quelques années que l’anglais progresse aussi à Bâle. L’industrie chimique n’y est pas pour rien car de nombreux ingénieurs anglophones s’installent ici.

La francophonie
Faut-il craindre pour le français ? Les francophones doivent aimer leur langue, l’afficher mais sans opter pour une attitude défensive. Une langue est un organisme vivant qui se transforme au fil du temps et qu’il faut laisser progresser. J’apprécie ces démarches comme le festival « Chansons en Stock » dédié à la chanson française à Zurich où des passionnés s’engagent dans quelque chose qui leur tient à cœur. Pareille initiative est fascinante car elle est faite par amour et non pour répondre à un besoin de défense. Et puis, entre nous, je trouve que les Romands abusent parfois de leur situation de minorité pour se plaindre au lieu d’être plus actifs, généreux envers les Suisses Alémaniques. Je le vois dans mon métier. Si on se considère soi-même comme plus charmant et ouvert pourquoi ne l’est-on pas à l’égard de ses voisins ? Quoi qu’il en soit, il faudrait davantage d’engagement au niveau des médias nationaux pour faire découvrir les langues et cultures voisines. »


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En français, je préfère...

Mes chanteurs préférés : Serge Gainsbourg ou Arthur H

Mon livre préféré : Astérix aux Jeux Olympiques, le premier livre que j’ai lu

Mes mots préférés : amour ou, dans un genre différent, « Français, Françaises », prononcé comme Charles de Gaulle

A l’occasion du Sommet de la Francophonie, qui commence officiellement mercredi 20 octobre à Montreux, Le Temps a choisi de faire entendre la parole de francophones de tous les jours.

Ici en Suisse, les Romands, minoritaires, se battent pour que le français reste pratiqué dans toutes les régions linguistiques. Là bas, l’Île de Pâques accueille la plus petite Alliance française du monde, aux États-Unis des enseignants s’escriment à vouloir diffuser le français, malgré le poids de l’espagnol, à Bruxelles des journalistes francophones continuent de réclamer des documents en français malgré l’écrasante supériorité de l’anglais dans les sommets et réunions de travail.

Ces entretiens ont été réalisés par notre partenaire Le Temps.