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Portraits de francophones - Géraldine Labhardt

À 30 ans, Géraldine Labhardt a quitté Genève et est partie avec son mari et son fils relever un nouveau défi, enseigner à l’école primaire en français au Colegio Helvetia de Bogotá, en Colombie.

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À l’autre bout du monde pour enseigner le français

La vocation
« J’ai toujours adoré voyager. J’ai passé une année aux Etats-Unis, une autre en Suède, plusieurs mois au Pérou, en Colombie, en Bolivie et en Inde. J’ai besoin de découvrir d’autres pays et apprendre leur langue est ma passion. Il y a cinq ans, je suis partie travailler tout un été sur les marchés de Florence pour apprendre l’italien. C’était une expérience simple et extraordinaire. Je vendais du vinaigre balsamique. Grâce au contact avec les Florentins, j’arrive, maintenant, à bien me débrouiller en italien. Après chacun de mes voyages, je reviens imprégnée de la culture et de la langue de ces terres d’accueil, c’est très enrichissant. J’ai effectué tous ces voyages durant mes années universitaires. Maintenant, je suis maîtresse d’école, j’ai un mari et un bébé de cinq mois, c’est différent. Avec mon mari Grégoire, nous avons tout de même décidé de partir à l’autre bout du monde. Voici deux mois, nous nous sommes installés à Bogotà, pour trois ans, mais cette fois-ci, notre voyage sera autre. J’amène un bout de ma culture avec moi, ma langue surtout. J’ai été engagée par le collège suisse de la capitale colombienne.

Le travail
J’enseigne en français avec les mêmes méthodes qu’en Suisse. Les élèves reçoivent une éducation bilingue, soit en français-espagnol, soit en allemand-espagnol. Mes élèves ont un professeur qui leur enseigne huit heures par semaine en espagnol. Les vingt-six restantes me reviennent, en français. Sur les dix- sept collèges suisses dans le monde, celui de Bogotà est le seul à enseigner en français et en allemand. Les autres n’ont qu’une section exclusivement allemande.

Cela fait plus d’un mois que la rentrée scolaire a eu lieu. Mes vingt-quatre élèves sont en troisième primaire, ils ont entre neuf et dix ans et parlent un français encore hésitant. Je dois constamment mimer ce que je veux leur faire comprendre, et eux mélangent l’espagnol et le français, ce qui donne lieu à des situations cocasses. L’autre jour, un de mes élèves est venu me dire qu’il ne pouvait pas sortir pendant la récréation parce qu’il faisait trop froid et qu’il avait oublié son sac à la maison. J’ai fini par comprendre qu’un «saco» est un mot typiquement colombien pour nommer un pull. Pour l’instant, mon travail principal est de les baigner dans le français plus que de suivre le programme scolaire. Ils prennent donc un peu de retard, mais ils le rattraperont plus tard, quand ils jongleront aisément avec les deux langues.

La francophonie
C’est une plus-value pour mes élèves que d’apprendre le français, il y a tellement d’autres collèges privés qui enseignent l’anglais à Bogotà: mes élèves se démarqueront. Et de toute manière, ils apprendront l’anglais durant leurs études, au Colegio Helvetia. De mon côté, en plus de ma mission d’enseigner en français, je me sens le devoir de leur transmettre ma culture suisse. Dans les prochains mois, je leur ferai découvrir les peintres Ferdinand Hodler et Jean Tinguely. »

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En français, je préfère...

Ma chanson préférée : Gracias a la vida, Mercedes Sosa

Mon livre préféré : L’usage du Monde de Nicolas Bouvier

Mon mot préféré : fika (faire le goûter en suédois)… pardon mais j’aime trop les langues…


A l’occasion du Sommet de la Francophonie, qui commence officiellement mercredi 20 octobre à Montreux, Le Temps a choisi de faire entendre la parole de francophones de tous les jours.

Ici en Suisse, les Romands, minoritaires, se battent pour que le français reste pratiqué dans toutes les régions linguistiques. Là bas, l’Île de Pâques accueille la plus petite Alliance française du monde, aux États-Unis des enseignants s’escriment à vouloir diffuser le français, malgré le poids de l’espagnol, à Bruxelles des journalistes francophones continuent de réclamer des documents en français malgré l’écrasante supériorité de l’anglais dans les sommets et réunions de travail.

Ces entretiens ont été réalisés par notre partenaire Le Temps.