Portraits de francophones - Kathrin Rousseau

Kathrin Rousseau est franco-allemande. Ancienne journaliste à Paris, elle évoque sa rencontre avec la langue de Molière et son rapport à la culture française.

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« “A la claire fontaine“, un charme inouï »

La rencontre
« J’ai rencontré le français en 1958, à l’âge de 14 ans au bord du lac de Constance, lors d’un camp de vacances franco-allemand organisé par une femme qui voulait activer la réconciliation. C’est là que j’ai aussi rencontré mon futur mari. Il n’y a pas plus beau que le français pour moi, quand ce jeune homme chantait «A la claire fontaine», cela avait un charme inouï. J’ai suivi des cours particuliers de français avec mon frère, puis à l’âge de 16 ans je l’ai aussi appris à l’école, c’était ma troisième langue. Après le bac j’ai intégré une école d’interprétariat d’abord en Allemagne, puis à Paris, où je suis restée. Mes parents qui venaient me voir en France devaient forcément parler français, même si ma mère avait un peu d’appréhension, au début, venant du Palatinat, deux fois occupé par les Français.

Le travail
Au début j’ai travaillé dans une radio où c’était bienvenu d’avoir un petit accent «exotique». Puis j’ai travaillé en allemand, et de nouveau en français, et là ça a été rude. Il fallait que je me fasse secouer, ce n’était pas tant l’accent que le style d’écriture. J’ai donc animé une émission avec beaucoup d’interviews, où je parlais le moins possible!

La francophonie
Aujourd’hui le français est en baisse en Allemagne, le monde s’est élargi, je pense qu’on apprend plus le chinois que le français. L’Allemagne s’est émancipée, les jeunes Allemands aiment toujours la France et la langue française, mais avec plus de distance, voire d’ironie. Je trouve normal qu’un pays veuille trouver ses propres mots. En Allemagne toutes les publicités sont en anglais et cela ne choque personne, ici au moins il faut traduire. Je trouve normal aussi qu’on maintienne l’usage du français dans les réunions internationales, dans les documents officiels. Je déteste le terme «podcasting», pas vous? Mais la langue change - j’ai lu qu’il y avait des cours d’orthographe pour les étudiants -, ce n’est pas plus mal...»




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En français, je préfère...

Ma chanson préférée : Il pleut sur Nantes, Barbara

Mon livre préféré : L’homme qui rit, Victor Hugo

Mes mots préférés : caprice, amour, nonobstant


A l’occasion du Sommet de la Francophonie, qui commence officiellement mercredi 20 octobre à Montreux, Le Temps a choisi de faire entendre la parole de francophones de tous les jours.

Ici en Suisse, les Romands, minoritaires, se battent pour que le français reste pratiqué dans toutes les régions linguistiques. Là bas, l’Île de Pâques accueille la plus petite Alliance française du monde, aux États-Unis des enseignants s’escriment à vouloir diffuser le français, malgré le poids de l’espagnol, à Bruxelles des journalistes francophones continuent de réclamer des documents en français malgré l’écrasante supériorité de l’anglais dans les sommets et réunions de travail.

Ces entretiens ont été réalisés par notre partenaire Le Temps.