Portraits de francophones - Mimoza Selimi

Mimoza Selimi, 45 ans, est chanteuse albanaise et ancienne animatrice pour la télévision, elle vit à Lausanne depuis 5 ans.

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« J’ai appris le français en m’installant à Lausanne »

La rencontre
« J’ai entendu les premiers mots de français en Albanie, à la radio, à la télévision et dans des chansons. Sous le régime communiste, il était interdit d’écouter des chaînes étrangères sous peine de mort, alors nous le faisions en cachette. À l’école, on nous apprenait le russe, mais j’ai tout de suite eu de l’attirance pour le français. À 28 ans, j’ai pu voyager pour la première fois hors d’Albanie et je me suis rendue plusieurs fois en Suisse. J’adore ce pays. J’y ai découvert la liberté et je suis ici chez moi. En Albanie, je me sens étrangère à cause de la mentalité, de la musique trop commerciale. Les gens me reconnaissent et me demandent quand je chanterai à nouveau, mais moi, je ne les connais pas. En Suisse, je suis bien entourée. J’ai appris le français en m’installant à Lausanne, en écoutant la radio et en lisant des romans.

Le travail
Les clients du Bon Génie, le magasin où je travaille, me disent que je parle très bien et que mon accent est joli. Il est vrai que je me sens à l’aise en français et que j’aime chanter dans cette langue. Edith Piaf est ma préférée. Il y aussi Mireille Mathieu, Johnny Hallyday et Jacques Brel. «Ne me quitte pas» me donne les frissons. J’aime chanter cette chanson, même si c’est celle d’un homme, mais ma spécialité reste la musique traditionnelle albanaise. Une dame m’a fait un compliment lors d’une soirée à Sion qui m’a profondément touchée: «Madame, merci. Je ne comprends pas l’albanais, mais je viens de faire un voyage en Albanie que je n’oublierai jamais.» L’émotion passe, il n’y pas besoin de saisir le sens. Cette même soirée, une femme a présenté des poèmes albanais traduits en français. C’était magnifique, un honneur.

La francophonie
Je trouve normal et génial de défendre le français. Il faut le protéger, car chaque langue est une fenêtre qui s’ouvre. Je demande souvent aux gens que je rencontre de m’apprendre des mots, en grec, en portugais. Les clients ont toujours du plaisir à entendre une phrase en leur langue. »

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En français, je préfère...

Ma chanson préférée : je ne peux pas donner un titre en particulier; ce serait trop réducteur.

Mon livre préféré : j’aime Balzac, Tolstoï, Ismail Kadare.

Mon mot préféré : aimer. Ça ne vaut pas seulement pour les hommes. Aimer, c’est donner, pardonner, partager, rester positif. Je suis comme ça.


A l’occasion du Sommet de la Francophonie, qui commence officiellement mercredi 20 octobre à Montreux, Le Temps a choisi de faire entendre la parole de francophones de tous les jours.

Ici en Suisse, les Romands, minoritaires, se battent pour que le français reste pratiqué dans toutes les régions linguistiques. Là bas, l’Île de Pâques accueille la plus petite Alliance française du monde, aux États-Unis des enseignants s’escriment à vouloir diffuser le français, malgré le poids de l’espagnol, à Bruxelles des journalistes francophones continuent de réclamer des documents en français malgré l’écrasante supériorité de l’anglais dans les sommets et réunions de travail.

Ces entretiens ont été réalisés par notre partenaire Le Temps.