Portraits de francophones - Roberto Balzaretti

Le Tessinois Roberto Balzaretti, secrétaire général du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), privilégie le français au travail comme en famille, alors que dans les hautes instances suisses, l’allemand fait de plus en plus office de « lingua franca », dit-il.

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« Parler français, pas un choix facile dans les hautes instances »

La rencontre
« J’ai appris le français à l’école, au Tessin, d’où je suis originaire, et à Sion, où je me rendais régulièrement pendant les vacances d’été. En trois semaines, je faisais autant de français qu’en un an d’école. Mais c’est à l’armée que je me suis mis sérieusement à la langue de Molière. J’ai passé seize mois (j’ai gradé) avec des Genevois et des Valaisans. Vous pensez, j’ai dû «civiliser» mon vocabulaire en sortant. Le français de la caserne n’est pas celui de la diplomatie. Aujourd’hui, des quatre langues que je maîtrise, italien inclus (je parle anglais et allemand aussi), le français est celle qui m’est la plus naturelle.

Le travail
J’ai étudié le droit à Berne. Les termes juridiques, je les connaissais donc en allemand, mais c’est bien le français que j’ai choisi comme langue de travail, au DFAE où j’ai travaillé pendant une vingtaine d’années comme chef de cabinet ou secrétaire général. L’italien, dans les instances fédérales, je pouvais oublier. J’ai opté pour le français car cette langue correspond mieux à mon éducation, à ma culture, à me façon de voir le monde. Je suis un Latin. C’est plus une culture qu’une langue que j’ai choisie. Ce n’est pas un choix facile, car dans les hautes instances suisses, les décisions sont de plus en plus prises en allemand, par des germanophones seulement.

La Suisse plurilingue
S’il y a quelque chose que je regrette en Suisse, c’est cette logique de la confrontation. Une commune est soit francophone, soit germanophone, jamais les deux. Quand j’ai vécu à Washington, aux Etats-Unis, les cours que suivaient mes enfants à l’école étaient donnés en anglais et, l’après-midi, en français. La Suisse, qui se targue d’être plurilingue, devrait s’en inspirer. Car dans ce pays, dit multiculturel, on vit cloisonné dans sa propre langue. C’est regrettable. Peut-être les Suisses devraient-ils également s’inspirer des Tessinois. Nous sommes souvent contraints de quitter notre canton et d’apprendre plusieurs langues, ce qui marque les esprits. Nous habitons dans le canton de Vaud, mais je parle italien avec mes enfants. Ils me répondent en français. Et c’est un succès: ils maîtrisent les deux langues. Dire qu’apprendre à parler plusieurs langues est difficile, c’est des balivernes.»

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En français, je préfère...

Mon mot préféré : Je ne sais pas. Mais je sais celui que je déteste le plus: « Proactif ». L’idée d’être actif par anticipation, ça signifie quoi? « Actif » suffit largement.

Mon livre préféré : Camus, Sartre, Stendhal, plusieurs auteurs m’ont marqué. J’ai honte, j’en ai lu certains en italien.


A l’occasion du Sommet de la Francophonie, qui commence officiellement mercredi 20 octobre à Montreux, Le Temps a choisi de faire entendre la parole de francophones de tous les jours.

Ici en Suisse, les Romands, minoritaires, se battent pour que le français reste pratiqué dans toutes les régions linguistiques. Là bas, l’Île de Pâques accueille la plus petite Alliance française du monde, aux États-Unis des enseignants s’escriment à vouloir diffuser le français, malgré le poids de l’espagnol, à Bruxelles des journalistes francophones continuent de réclamer des documents en français malgré l’écrasante supériorité de l’anglais dans les sommets et réunions de travail.

Ces entretiens ont été réalisés par notre partenaire Le Temps.