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Portugal : l’escalade de l’austérité, l'exaspération de la rue

Une foule assiste à un concert contre l'austérité à Lisbonne, au Portugal, le 13 octobre 2012<br/>
Une foule assiste à un concert contre l'austérité à Lisbonne, au Portugal, le 13 octobre 2012

Le gouvernement portugais dévoilait ce lundi 15 octobre son budget pour 2013, marqué par une hausse d'impôts généralisée, au moment où le mécontentement social connaît une poussée sans précédent depuis que le Portugal est sous assistance financière. A l'issue d'un Conseil des ministres extraordinaire le budget était remis au parlement que les "Indignés" portugais appelaient à "assiéger" pour marquer leur refus d'un nouveau renforcement de la rigueur.

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« Un massacre », « une bombe atomique fiscale », « une insulte aux Portugais » : des partis politiques de gauche à la presse économique, c'est peu dire que le budget 2013 dévoilé ce lundi 15 octobre par le gouvernement portugais ne convainc pas un pays qu'il est supposé sauver.


A son programme : une réduction de 8 à 5 du nombre de tranches – induisant une hausse d'impôt de 12 à 14 % pour les revenus modestes- , l'introduction d'une surtaxe de 4%, une baisse des retraites et une réduction des allocations chômage et maladie.


Qualifiée d' « énorme » par le ministre des finances lui-même, la purge répond à l'exigence inébranlable d'austérité des bailleurs de fonds de la « Troïka » (Union européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international), le Portugal bénéficiant depuis mai 2011 d'un plan de sauvetage de 78 milliards d'euros. En échange, ceux-ci consentent à desserrer légèrement les objectifs de déficits publics. Concession minime au regard des conséquences immédiate de la médecine libérale infligée : un recul de l'économie de 3%, selon les prévisions officielles, assorti d'une hausse du chômage dont le taux avoisinera les 16 %.

Une mobilisation inédite


Pourtant du même parti social-démocrate que le Premier ministre Pedro Passos Coelho, le Président de la République Anibal Cavaco Silva, a lui-même rendu publique son inquiétude : « Dans les circonstances actuelles il n'est pas correct d'exiger d'un pays soumis à un processus d'ajustement budgétaire qu'il respecte coûte que coûte un objectif de déficit public », écrit-il sur sa page Facebook.


L'émotion subite du chef de l’État de centre-droit reflète en réalité une évolution récente des Portugais. Jusqu'à présent résignés face aux programmes répétés d'austérité, ceux-ci paraissent aujourd'hui moins enclins à la soumission et la contestation inquiète d'autant plus la classe politique qu'elle tend à échapper aux partis et organisations syndicales traditionnels.


A l'instar des Indignés espagnols, de multiples groupes indépendants utilisent les réseaux sociaux comme caisse de résonance. C'est ainsi qu'ils ont réussi, il y a un mois, à faire descendre, du nord au sud du pays, plusieurs centaines de milliers de personnes. Une mobilisation sans précédent depuis le début de la crise, dans laquelle la « résistance culturelle » animée notamment par des artistes occupe une place importante et souligne une certaine faillite du système.


Un mois avant une grève générale annoncée par les syndicats pour le 14 novembre et dans le contexte d'exaspération grandissante, le « siège » organisé du parlement ce lundi lors de la remise du budget par le gouvernement marque une nouvelle étape symbolique de la contestation.

Manifestation à Lisbonne en septembre dernier
Manifestation à Lisbonne en septembre dernier