Portugal : l'union des gauches contre l'austérité accède au pouvoir

Le nouveau Premier ministre Antonion Costa<br />
<sub>AP Photo/Armando Franca</sub><br />
Le nouveau Premier ministre Antonion Costa
AP Photo/Armando Franca

Après deux semaines de tergiversations et de vaines recherche d'une solution à droite,  le président de la République portugais Anibal Cavaco Silvae s'est résigné à nommer Premier ministre le chef du Parti socialiste portugais Antonio Costa, chargé de former un gouvernement soutenu au Parlement par le Parti communiste et le Bloc de gauche, proche du Syriza grec.

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par Brigitte HAGEMANN (AFP)

Plus de quarante ans après la Révolution des Oeillets, le Portugal se dote pour la première fois d'un gouvernement socialiste soutenu par les communistes et la gauche radicale, qui font bloc pour "tourner la page de l'austérité".

Le président Anibal Cavaco Silva, un conservateur très réticent face à une alliance qu'il juge "incohérente", a dû se résoudre mardi à désigner comme Premier ministre le chef du Parti socialiste Antonio Costa, 54 ans.

Allié au Bloc de gauche, proche du parti grec Syriza, et au Parti communiste, M. Costa avait provoqué le 10 novembre la chute du gouvernement minoritaire de centre droit de Pedro Passos Coelho, reconduit dans ses fonctions après avoir remporté les élections législatives du 4 octobre.

Le maintien de l'exécutif sortant, limité à la gestion des affaires courantes, "n'aurait pas servi l'intérêt national", a fait valoir le chef de l'Etat dans un bref communiqué.

Faute de pouvoir dissoudre le Parlement, M. Cavaco Silva a fini par confier les rênes du pays à M. Costa, ancien maire de Lisbonne, pour sortir le pays de l'impasse politique qui durait depuis près de deux mois.

Arrivé deuxième aux élections, le Parti socialiste s'apprête à son tour à former un gouvernement minoritaire que les partis à sa gauche ont promis de soutenir au Parlement, sans briguer des postes ministériels. 

Ensemble, la gauche dispose d'une majorité de 122 sièges sur 230 au Parlement, contre 107 à la droite.

Rupture avec la droite

La rupture est ainsi consommée entre le PS et le Parti social-démocrate (centre droit) de M. Passos Coelho, après 40 ans d'alternance au pouvoir et d'entente tacite sur les grands sujets de politique économique et internationale.

"Le PS a refusé d'appuyer le gouvernement qui a gagné les élections. Il ne faut pas compter sur nous pour le soutenir à l'avenir!", avait prévenu vendredi M. Passos Coelho, qui se prépare à une opposition sans concessions.

Outre le Bloc de gauche et les Verts, les socialistes devront désormais composer avec les communistes, malgré des divergences historiques remontant à la Révolution du 25 avril 1974 qui avait renversé la dictature d'Antonio Salazar.

Soucieux de rassurer l'Europe, Antonio Costa a assuré à plusieurs reprises que son futur gouvernement aurait comme base "le programme socialiste", qui vise "une réduction durable des déficits et de la dette".

Mais les accords conclus par le PS avec ses alliés eurosceptiques font l'impasse sur les engagements internationaux du Portugal.

"Ce sont des ententes fragiles, qui permettent à Antonio Costa d'arriver au pouvoir mais ne garantissent pas un gouvernement durable", a déclaré à l'AFP le politologue José Antonio Passos Palmeira.

Des critiques que M. Costa balaie d'un revers de la main : "il est possible d'augmenter les revenus des ménages sans partager le même avis sur l'Otan ou l'euro".

Concessions périlleuses

Il a d'ailleurs donné par écrit des garanties au président Cavaco Silva sur la "stabilité" de son futur gouvernement et le respect des règles européennes.

S'il a clairement fixé les lignes rouges à ne pas franchir comme l'appartenance à l'euro et le refus de renégocier la dette, il a dû négocier avec la gauche radicale des concessions périlleuses pour l'équilibre budgétaire.

Hausse du salaire minimum, dégel des retraites, suppression des coupes dans les revenus des fonctionnaires dès 2016... la liste des mesures visant à relever le pouvoir d'achat des Portugais est longue.

Alors que le pays reste très endetté après être sorti en mai 2014 de son plan de sauvetage international, ses créanciers semblent quelque peu rassurés par les gages de discipline budgétaire donnés par le PS.

A Bruxelles, on refuse de comparer le Portugal à la Grèce, même si les promesses de la gauche suscitent une certaine inquiétude.

Et malgré l'hostilité du Parti communiste et du Bloc de gauche vis-à-vis de la politique de rigueur européenne, l'épreuve de force avec Bruxelles ne semble pas à l'ordre du jour.

Pour M. Passos Palmeira, "il ne faut pas s'attendre à une confrontation, car l'expérience de la Grèce a montré que cela ne mène à rien".