Portugal, la contestation entre essoufflement et régénération

Assemblée populaire sur la Place Lisboète Rossio de Lisbone, le 26 mai (photo : collectif étudiant a garra http://bit.ly/mttcvX)
Assemblée populaire sur la Place Lisboète Rossio de Lisbone, le 26 mai (photo : collectif étudiant a garra http://bit.ly/mttcvX)

Le mouvement des indignés d'Espagne du 15 mai s'est inspiré de celui des Portugais du 12 mars. 200 000 personnes (selon la Police) étaient alors sorties dans la rue pour dénoncer la précarité et les mesures d'austérité gouvernementales. Après la démission du ministre José Socrates, la dissolution du Parlement le 31 mars, puis la convocation d'élections législatives anticipées au 5 juin, le mouvement portugais du 12 mars, grand frère de " los indignados ", cherche un nouveau souffle.

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Ils ont été les premiers en Europe du sud, après l'Islande pour l'Europe du nord, à se réunir par le biais des réseaux sociaux pour dénoncer la précarité et l'asservissement de leurs gouvernants au système financier et bancaire international. Le mouvement portugais du 12 mars (M12M), renommé depuis 19M après la manifestation de soutien du 19 mai aux indignés de Madrid, est un précurseur dans le nouveau mode de manifestations pacifiques "des indignés" qui se traduit en Grèce comme en Espagne par des campements permanents sur les places des villes, animées par des assemblées générales populaires.

A Lisbone, la "Génération rasca", la génération "dans la mouise", bien qu'ayant partiellement levé le campement de la grande place Lisboète Rossio mardi 31 mai, a décidé de faire savoir par le biais de son porte-parole, Renato Teixeira, qu'elle continuerait à manifester jusqu'au samedi 4 juin, veille des élections législatives.

Raccorder les mouvements pour organiser une journée mondiale le 15 octobre

Le mouvement portugais s'est essoufflé, et personne n'en fait mystère, mais la contestation espagnole semble lui avoir redonné un peu d'espoir. Mercredi 1er juin, une manifestation de protestation s'est tenue devant la Banque du Portugal et une assemblée populaire a lieu ce samedi pour décider de l'avenir du mouvement. C'est à cette occasion qu'y sera voté, en réponse à l'appel de "l'acampada" espagnole, le projet d'une journée de mobilisation mondiale pour le 15 octobre. Les thèmes du 15 octobre seront les mêmes que ceux qui font descendre dans la rue des dizaines de milliers de Grecs et d'Espagnols depuis plusieurs semaines et que résume le porte-parole portugais en une question : "Comment pouvons-nous parler de démocratie alors que ce sont des organismes non élus, comme le FMI, qui dictent la politique du pays ?"



Le mouvement de contestation portugais disparaîtra après les élections... ou pas.

Ce sont seulement quelques centaines de personnes qui se réunissent tous les soirs sur la place centrale de Lisbone pour débattre en assemblée populaire. Mais ce terme d'assemblée populaire n'est pas neutre puisqu'il est celui des manifestations suivies de débats publics qui se tenaient un peu partout au Portugal après la Révolution des Oeillets, en 1974 et 1975, lors de l'apprentissage de la démocratie issue du renversement d'une dictature vieille de 46 ans.

La corruption du gouvernement, les privilèges des responsables politiques, leur incapacité à servir le bien commun sont au centre des discussions de la place Lisboète Rossio de Lisbone, tout comme la "servilité politique" : que pourra faire le prochain gouvernement, quel qu'il soit, sinon appliquer le programme d'austérité sur 3 ans, en échange de l'aide de 78 milliards d'euros accordée au pays par l'Union européenne et le Fonds monétaire international ? Tout le problème des indignés portugais se trouve donc dans l'après élection du 5 juin : ou bien "l'acampada" espagnole, alliée à une élection portugaise "en creux ", inspirera une régénération des "assembleia popular", comme les organisateurs l'espèrent, ou bien les urnes suffiront à satisfaire la grogne populaire grâce à une alternance politique, et la contestation s'épuisera. Un parti politique intitulé Au nom de l'espérance (Em nome da Esperança) s'est même constitué avec comme objectif de "rendre les gouvernants plus humains (sic), plus proches des électeurs".

Les élections législatives du 5 juin ont vu la victoire écrasante du Parti social démocrate (PSD, centre-droit), marquant un fort désaveu de la part des électeurs pour la politique du Parti socialiste au pouvoir depuis 2006. Le PSD, parti libéral, va devoir composer avec le reste de la droite pour obtenir une majorité suffisante. Le programme du PSD reste celui imposé par le FMI : hausse des impôts, fortes réductions des dépenses publiques.

On ne sait donc pas ce que sera la suite des événements du "M12M-19M", mais la reconduction des assemblées semble la plus probable, malgré une faible participation : "la génération dans la dèche" n'a rien à perdre et tout à gagner, soutenue par la popularité de plus en plus importante des contestataires grecs ou espagnols. Quant à savoir si cela se traduira par des changements politiques de fond au Portugal... rien n'est moins sûr. Petit bémol du côté des manifestants : le samedi, veille des élections, le campement de la place Lisboète Rossio de Lisbone a été démantelé de façon musclée par les force de police.

Les Indignés : notre dossier


La complainte des précaires portugais : “ Quelle idiote je suis ! “

Cette chanson, " Quelle idiote je suis ! ", du groupe Deolinda est devenue l'hymne de la génération précaire.

" Je suis de la génération sans rémunération
et ça ne me dérange pas, cette condition.
Quelle idiote je suis !
Parce que c’est pas normal, et ça ne va pas s’améliorer
Bien contente déjà si je peux décrocher un stage
Quelle idiote je suis !
Et je me dis
Mais quel monde idiot
Où pour devenir esclave il faut faire des études
Je suis de la génération « j’habite chez papa maman »
J’ai déjà tout, qu’est-ce que je veux de plus ?
Quelle idiote je suis !
Des enfants, un mari, je remets toujours à plus tard
Et en plus j’ai encore la voiture à payer
Quelle idiote je suis !
Et je me dis
Mais quel monde idiot
Où pour devenir esclave il faut faire des études
Je suis de la génération « de quoi tu te plains ? »
Des plus malheureux que moi y en a plein la télé
Quelle idiote je suis !
Je suis de la génération « j’en peux plus,
ça fait trop longtemps que ça dure »
Et je ne suis pas idiote !
Et je me dis
Mais quel monde idiot
Où pour devenir esclave il faut faire des études. "