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Portugal : « Que la Troïka aille se faire ... »



Confirmées malgré leur absence de résultats et leur coût social de plus en plus élevé, les mesures d'austérité dictées par la « Troïka » (U.E., B.C.E. et F.M.I.) donnent lieu à un mécontentement croissant de la société portugaise, et à son expression parfois originale.

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Convergences

Une affiche du mouvement “Que se lixe a Troika“
Une affiche du mouvement “Que se lixe a Troika“
C'est le plus grand succès de librairie au Portugal avec le best-seller érotique mondial « Cinquante nuances de Grey ». Ni porno, ni polar, le livre-phénomène – quatrième réimpression depuis sa sortie début avril - n'est autre qu'un petit traité d'économie austère jusque dans sa présentation. Son titre : « Porque devemos sair do Euro » (« Pourquoi devons-nous quitter l'euro ») est en revanche éloquent. L'auteur, l'économiste eurosceptique Joao Ferreira do Amaral, y développe en 128 pages la nécessité, à ses yeux, d'une sortie du Portugal de l'union monétaire. Le diagnostic (compétitivité trop faible pour une monnaie trop forte, échec des politiques d'austérité) n'est pas en soi une nouveauté renversante. Qu'un ouvrage aussi peu commercial rencontre un tel public éclaire en revanche sur les doutes du Portugal à l'égard de l'Europe ou tout au moins sa religion libérale.

Sans être aussi catégorique sur une sortie de l'eurozone, un sondage publié cette semaine confirme largement cette désaffection, deux ans après la signature du programme d'aide accordé par l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (78 milliards d'euros sur trois ans) contre un rigoureux programme d'austérité.

L'enquête d'opinion révèle qu'une large majorité de Portugais est favorable à une rupture ou à une renégociation du plan d'aide international mis en œuvre au Portugal depuis deux ans, estimant qu'il a aggravé la situation économique du pays. Impression fondée : de 2011 à 2012, le ratio d'endettement sur PIB est passé de 108 à 123 %, le déficit budgétaire de 4,4 à 6,4 %. L'économie du pays doit reculer d'ici la fin de l'année de 2,3 % et le chômage atteindre les 18,2 %, se rapprochant doucement des tristes records de l'Espagne.

82,5% des sondés estiment que le Portugal devrait rompre l'accord avec la Troïka représentant les créanciers internationaux du pays ou le renégocier ; 47,8% estiment que le gouvernement n'aurait pas dû signer cet accord et 27% sont d'avis qu'il n'a pas assez "pris en compte les caractéristiques du pays".

Manifestation à Lisbonne en mars 2013
Manifestation à Lisbonne en mars 2013
Radicalisations 

Au mois d'avril, plusieurs mesures de rigueur du budget 2013 avaient été retoquées par la Cour constitutionnelle de Lisbonne , remettant en cause plus d'un milliard d'euros d'économies et plongeant dans l'embarras le gouvernement de centre droit de Pedro Passos Coelho. Révisé, le nouveau plan d'austérité ne renonce pas aux mesures les plus sensibles, notamment la suppression de 30 000 fonctionnaires sur 700 000, l'allongement de la semaine de travail de 35 à 40 heures et le report de l'âge du départ à la retraite à taux plein de 65 à 66 ans.

En dépit d'une vague promesse de plus de « réactivité » en ce qui concerne la croissance et le chômage, cet énième train de mesures ne convainc pas grand monde et renforce les oppositions. 57 % des Portugais souhaitent désormais une dissolution du parlement amenant des élections anticipées. Les manifestations se multiplient, réclamant de plus en plus clairement la démission du gouvernement. Appelée par le principal syndicat (CGTP), la dernière a réuni le 25 mai des milliers de participants près du palais présidentiel dans une forme assez classique, suivie le 30 mai d'une journée d'actions et de grèves. Le mécontentement donne aussi naissance à des courants et des formes d'action plus originaux.

Premier d'entre eux « Que se lixe a Troïka  » (en français, « Que la Troïka aille se faire voir », au minimum). Objet original situé hors des partis mais non apolitique - comme il est parfois dit à tort - et assez nettement nourri à la fois de l'expérience des indignés et des analyses de la gauche radicale, le mouvement a pu réunir dernièrement des centaines de milliers de personnes peu familières des défilés. Il tente aujourd'hui de s'internationaliser en organisant ce samedi 1er juin une manifestation simultanée dans une douzaine de pays européens, parmi lesquels la Grèce, l'Italie et l'Espagne mais aussi l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suisse et la France, avec pour cette dernière un rassemblement à Paris place du Trocadéro, sur le Parvis des droits de l'homme.

Des milliers de manifestants contre l'austérité en Europe

01.06.2013AFP
Des milliers de personnes ont manifesté samedi en Allemagne, en Espagne et au Portugal contre les politiques d'austérité dans le cadre d'une journée européenne de protestation. A Francfort (ouest de l'Allemagne), où se trouve le siège de la Banque centrale européenne (BCE) dont c'était samedi le 15e anniversaire de la fondation, ils ont été des milliers -7.000 selon la police- à se réunir à l'appel du collectif anticapitaliste Blockupy, a constaté un journaliste de l'AFP.
Les organisateurs espéraient 20.000 participants, mais n'étaient pas en mesure pour le moment de fournir leur propre évaluation de leur nombre.
Quelques incidents ont eu lieu, la police ayant encerclé pendant plusieurs heures un groupe d'une centaine de manifestants pour exiger qu'ils défilent à visage découvert, car certains avaient dissimulé leurs traits sous des écharpes, des cagoules et autres foulards.
La police a fait usage de gaz lacrymogène à plusieurs reprises et le cortège dans son ensemble a été arrêté en raison de ces incidents. La manifestation devait initialement s'achever par un rassemblement aux abords de la BCE.
"Nous voulons clairement dire que la politique de la Banque centrale européenne et de la troïka (BCE, UE, Fonds monétaire international), soumises à l'influence capitale du gouvernement fédéral, n'est pas la solution", a déclaré à l'AFP Roland Süss, porte-parole de Blockupy, qui regroupe syndicats et organisations de gauche.
"J'appartiens à la génération du babyboom et nous avons eu une vie relativement bonne. Mais maintenant, nous nous battons pour notre propre survie", a expliqué à l'AFP Marica Frangakis, 62 ans, une manifestante grecque de l'organisation altermondialiste Attac.
En Grèce, les gens "sont désespérés après une crise de cinq ans"; "Nous avons besoin de plus de solidarité, le capital est uni et fort, mais beaucoup de voix s'expriment au nom de la gauche en Europe, ce qui rend les choses plus difficiles", a-t-elle ajouté.
Sous le mot d'ordre "Tous unis contre la troïka!", au son des percussions et des sifflets, plusieurs milliers de personnes ont également défilé samedi à Madrid, jusqu'au siège de la représentation européenne, dans une ambiance bon enfant.
"Nous sommes ici pour lutter contre les diktats de la troïka, parce que nous pensons qu'ils (ses dirigeants) gouvernent uniquement pour le grand capital, et contre la volonté de la majorité de la population", a dit à l'AFP Rafael Herguezabal, un retraité de 75 ans.
"Les gouvernements en Europe font ce que la troïka leur dit de faire, au prix de l'appauvrissement des travailleurs", a-t-il encore dit.
Quelque 80 rassemblements au total avaient au total été prévus en Espagne par le collectif "Marée citoyenne" qui dénonce "le grand échec des politiques économiques de rigueur, les expulsions, la réforme du travail et les privatisations" voulues par la troïka, qui a imposé à ce pays une cure d'austérité en échange d'un plan de sauvetage bancaire de 41,3 milliards d'euros.
Le gouvernement conservateur espagnol, qui a promis de réduire le déficit et la dette publics, a pris des mesures visant à faire 150 milliards d'économies, notamment dans l'éducation et la santé, entre 2012 et 2014.
Au Portugal voisin, chants et sifflements ont ponctué les manifestations contre l'austérité qui ont rassemblé des milliers de personnes à Lisbonne et dans les principales autres villes de ce pays.
"Troïka dehors!" "Gouvernement démission!", avaient notamment écrit sur des pancartes des protestataires, qui ont brandi des cartons rouges devant la représentation du FMI dans la capitale.
"Arrêtons cette politique!", ont également scandé les manifestants présents à l'appel du mouvement apolitique "Que se lixe a troika" ("Que la troïka aille se faire voir") et de plusieurs collectifs de citoyens contre le programme de rigueur imposé depuis deux ans au Portugal en échange d'une aide financière de 78 milliards d'euros.
"Je ne suis pas responsable de leurs erreurs. C'est injuste d'entendre ensuite que certains gardent leurs privilèges tandis que la population doit se serrer la ceinture!", a déclaré à l'AFP Manuel Oliveira, un agent de sécurité.
A Lisbonne, il n'y a pas eu d'évaluation du nombre des manifestants, mais à Porto, dans le nord, ils ont été près de mille selon la police et 3.000 selon les organisateurs.