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Portugal : une union des gauches près du pouvoir

Partisan de la droite fêtant la "victoire" du 5 octobre à Lisbonne.<br />
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Partisan de la droite fêtant la "victoire" du 5 octobre à Lisbonne.
(AP Photo/Steven Governo)

Dix jours après les élections législatives du 5 octobre, le Portugal n’a toujours pas son nouveau gouvernement alors que la droite sortante, donnée un peu vite victorieuse, ne réunit pas de majorité parlementaire. Une union de la gauche inédite pourrait accéder au pouvoir avec une forte composante « radicale ».

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Qui a gagné les élections législatives portugaises du 5 octobre et dirigera le pays pour les prochaines années ? Dix jours après le scrutin tenu pacifiquement dans un État démocratiquement insouçonnable, la question peut sembler farfelue. La réponse, au soir du dimanche électoral, ne faisait pas de doute : la droite. Dès 20 h, celle-ci annonçait sa victoire avec 38 % des voix. « Nous allons informer le Président de la République de notre disponibilité pour former le gouvernement », se réjouit alors le Premier ministre sortant, Pedro Passos Coelho. « Félicitations à Pedro Passos Coelho pour sa victoire en une journée électorale d'un civisme exemplaire. Les Portugais gagnent », s’enthousiasme – parmi d’autres chefs de gouvernements soulagés - son voisin de péninsule et ami politique espagnol Mariano Rajoy, lui-même en campagne électorale à risques.

Un peu partout en Europe, droites conservatrices et médias dominants célèbrent la sagesse, à leurs yeux, d’un peuple tournant le dos aux folies grecques, reconduisant – enfin un ... - son gouvernement avisé au terme de plus de quatre ans d’austérité cruelle, certes, mais tellement salutaire... Le pays n’est-il pas sorti en mai 2014 d'un plan de sauvetage international, négocié en échange d'un prêt de 78 milliards d'euros accordé par l'Union européenne et le Fonds monétaire international ? Même sans éclat, la victoire est emblématique. Après tant de signaux électoraux angoissants sur le continent, les partis de gouvernements européens « austéritaires » retrouvent des raisons d’espérer.

Qui perd gagne

Hélas ! On avait mal compté, ou triomphé un peu vite. 38 % des voix ne font pas une majorité, pas même relative si l’on prend la peine de dénombrer les résultats … de l’autre bord. Et les 107 députés (sur 230) de la coalition de droite non plus. D’autant qu’à l’opposé, le Bloc de gauche (formation comparable au parti grec Syriza réunissant différentes composantes d'extrême-gauche) réussit une belle percée à plus de 10 % (19 sièges), tandis que les communistes alliés au écologistes (CDU) obtiennent leur meilleur score en 10 ans, plus de 8 % (17 sièges). Près de 19 % et 36 siège au total pour cette « gauche radicale » devenue une force attractive que ne peut plus ignorer, malgré ses réticences, le Parti socialiste (32 % des voix, 86 sièges). Inédite au Portugal, l’union des gauches devient tentante. Elle dispose en tout cas, en termes comptables, d’une majorité absolue virtuelle en voix et en sièges.
 
Le dirigeant socialiste Antonio Costa le 2 octobre, lors de la campagne électorale.<br />
<sub>(AP Photo/Armando Franca)</sub>
Le dirigeant socialiste Antonio Costa le 2 octobre, lors de la campagne électorale.
(AP Photo/Armando Franca)

Dans la semaine suivant sa « victoire », Pedro Passos Coelho s’efforce en vain de constituer une majorité de gouvernement alliant sa formation de droite aux socialistes. Peu radicaux mais critiques envers les vertus de l’austérité dont ils veulent « tourner la page », ceux-ci résistent aux propositions d’ « Union nationale » malgré les concessions promises en faveur des bas salaires ou de la sécurité sociale. « Nous n'avons fait aucun progrès », avouait Coelho mercredi soir, laissant percer son agacement envers les exigences croissantes de l’autre partie : « je ne vais sûrement pas gouverner avec le programme du Parti socialiste, ni soumettre le pays à une sorte de chantage politique, où celui qui a perdu impose ses conditions à celui qui a gagné ».

Une union inédite ?

Catarina Martins, porte-parole du Bloc de gauche<br />
<sub>Photo site du Front de gauche</sub>
Catarina Martins, porte-parole du Bloc de gauche
Photo site du Front de gauche

De leur côté, Bloc de gauche et communistes font un chemin vers une alliance gouvernementale qu’ils n’envisageaient guère auparavant, remettant à des jours meilleurs (« temporairement ») leurs revendications les plus sulfureuses telles que la sortie de l’euro ou celle de l’OTAN. « Nous sommes prêts à voter un budget qui augmente le pouvoir d'achat », a assuré mardi Catarina Martins, porte-parole du Bloc de gauche. Selon elle, « il y a suffisamment de points de convergence pour permettre une stabilité gouvernementale sans la droite ».

Estimant désormais que « la voie à la formation d'un gouvernement de gauche est ouverte », même si « ce n'est pas encore acquis », le leader socialiste Antonio Costa s’est empressé de promettre qu'un tel gouvernement « respecterait les engagements internationaux » du Portugal et n'allait pas « ouvrir une crise politique en zone euro ». Un avis à l’adresse des marchés, alors que la bourse de Lisbonne a chuté de près de 5 points en début de semaine, exprimant leur peu de goût pour ce type de perspectives. L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement incluant « gauchistes » et communistes ne serait pas seulement un déplaisir pour les bailleurs de fonds du Portugal. Première dans son histoire, elle serait une gifle pour Bruxelles, maître d’œuvre sourcilleux des austérités sur le continent.

C’est au Président de la République que revient constitutionnellement la décision de confier la formation du gouvernement à l’un ou l’autre camp. Un choix bien moins formel que de coutume alors que son ancien Premier ministre continue de se dire « vainqueur des élections » et à ce titre « légitimement s'attendre à être chargés par le président de former le gouvernement ».