Bachar el-Assad à nouveau fréquentable ?

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<span>e président syrien Bachar al-Assad lors d'une interview avec un magazine américain, à Damas, en Syrie, le lundi 26 janvier 2015.</span></pre>
e président syrien Bachar al-Assad lors d'une interview avec un magazine américain, à Damas, en Syrie, le lundi 26 janvier 2015.
(AP Photos/SANA)

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis: la rhétorique de la realpolitik a-t-elle une chance en Syrie? Et faut-il discuter avec le régime officiel? Pour les Occidentaux, le dilemme est profond face à l’urgence et aux massacres de civils

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Au moment où reprennent les négociations sur le nucléaire iranien à Lausanne-Ouchy, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a pris la «précaution» d’annoncer auparavant à la chaîne de télévision CBS un revirement dont on peine encore à estimer le poids sur la scène internationale: pour les Etats-Unis, il va bien falloir discuter avec le régime de Damas et son tyran honni, Bachar el-Assad, si l’on veut mettre fin au conflit qui a fait plus de 215 000 morts en Syrie.

La Tribune de Genève explique à ce propos que la référence faite à Genève I en 2012 par le chef de la diplomatie états-unienne laisse entendre que l’heure n’est désormais plus, comme le voulait sa prédécesseure, Hillary Clinton, à l’exclusion du leader syrien, évidemment contre l’opinion de la Russie. La stratégie semble claire: il faut maintenant «tenter d’éviter un vide politique exploitable par les djihadistes de l’Etat islamique», il y a urgence face à une guerre insupportable pour la population. Cela ne veut d’ailleurs pas forcément dire discuter directement avec Assad, de l’avis d’une porte-parole du Département d’Etat:

Le Guardian insiste: «Kerry ne parlera pas au président Assad», titre-t-il. Reste que, jamais, comme le dit Le Figaro, «un responsable américain n’était allé aussi loin pour reconnaître un rôle au président syrien que les Occidentaux cherchent pourtant à évincer du pouvoir depuis 2011». La Croix prévenait pourtant il y a une semaine: «Les ennemis de mes ennemis sont mes amis: cette realpolitik est vieille comme le monde mais, dans le cas de la Syrie, elle a un goût excessivement amer.» Et elle crée un dilemme dont rendent très bien compte «Les Indégivrables» du Monde:

N’empêche, vendredi, «le très influent directeur de la CIA, John Brennan, avait déjà admis que les Etats-Unis ne voulaient pas d’un effondrement de l’Etat syrien, qui laisserait le champ libre aux extrémistes islamistes, dont le groupe Etat islamique. […] Pour les Occidentaux, la transition politique passe par la mise en place d’un organe de gouvernement transitoire réunissant opposants et membres du régime. Mais au terme de ce processus, Bachar el-Assad n’aura aucun autre choix que de quitter le pouvoir.»

Le problème, poursuit le quotidien français, c’est qu’Assad «va se sentir relégitimé et sera, encore moins qu’avant, prêt à céder sa place à la tête de la Syrie. Le risque est qu’une transition n’aboutisse qu’à des changements au sein du régime, mais pas à une nouvelle direction.» Il y a donc énormément de risques inhérents à la manœuvre, prévient le Wall Street Journal.

Riyad a un problème

La situation est d’autant plus compliquée sur le terrain que «Washington, avec ses alliés, a commencé à entraîner et armer l’opposition syrienne modérée, rappelle Radio France internationale. Certes, il s’agit toujours de lutter contre le groupe Etat islamique, mais une opposition plus efficace et mieux équipée constitue aussi une menace pour le régime Assad.»

Autre épine dans le pied, qu’explicite la correspondante à Riyad de la radio, «l’Arabie saoudite ne voit pas d’un très bon œil cette éventuelle négociation entre Washington et Bachar el-Assad. Elle serait ressentie par Riyad comme une énième trahison alors que depuis le début du conflit les Saoudiens réclament le départ du président syrien accusé de faire le jeu de l’Iran chiite. Les autorités saoudiennes sont donc inquiètes, quand bien même John Kerry est venu il y a dix jours à Riyad pour les informer de ses négociations nucléaires avec l’Iran et évoquer les différents conflits dans la région.»

Et Poutine dans tout ça?

Un internaute de Libération pointe aussi le problème suivant: «Avec Daech qui occupe une bonne partie de la Syrie, quel sera l’objet de cette négociation? Pour mettre fin à la guerre, faudrait-il aussi négocier avec l’Etat islamique? Difficile à suivre et à comprendre, tous ces revirements… Et Poutine, le grand allié de Bachar al-Assad, il va rester sagement à l’écart?». Pour le moment, le maître du Kremlin n’est d’ailleurs toujours pas réapparu sur la scène publique.

Ce n’est pas pour rassurer non plus L’Orient-Le Jour, à Beyrouth, qui parle d’une diplomatie qui «y va par cinq chemins»: «Aujourd’hui, le départ de Bachar el-Assad n’est plus considéré comme une priorité pour de nombreuses chancelleries. Même l’opposition en exil ne pose plus son départ comme une condition au dialogue. La tournure de la crise incite les Etats à être prudents, à adopter une position plus pragmatique en privilégiant l’ordre et la sécurité à la liberté et à la démocratie. S’il n’y a évidemment pas de gagnant dans ce type de conflit, le temps semble jouer en faveur du régime syrien.»

Pour l’instant, du moins. Entrée dimanche dans sa cinquième année, la guerre en Syrie n’en est pas pour autant terminée.