Pourquoi les États-Unis ont décidé de s'engager militairement en 1917

Troupes américaines dans les rues de Brest en 1917 - ©Archives de Brest

Invité d'honneur d'Emmanuel Macron pour les célébrations du 14 juillet, le président américain Donald Trump a rappelé lors d'une conférence de presse ce jeudi que les liens avec la France étaient "indestructibles". Une relation militaire entre les deux pays qui débute en 1917, lorsque les États-Unis entrent aux côtés de la Triple Alliance - et donc de la France - dans le premier conflit mondial.

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1917 marque un tournant dans le conflit qui ravage l'Europe depuis plusieurs années, avec l'entrée en guerre des États-Unis. Pourtant, ces derniers avaient jusqu'alors toujours défendu le principe de neutralité et refuser de prendre part au conflit.

Une neutralité toute théorique car ce sont les États-Unis qui approvisionnent les pays de l'Entente en matières premières, produits industriels et denrées alimentaires. 

Alors quand en janvier 1917, l'Allemagne décrète à nouveau la guerre sous-marine à outrance pour entraver l'approvisionnement de la Grande-Bretagne et de la France, cette décision devient une menace pour l'économie américaine dont les navires marchands risquent d'être coulés. Et c'est ce qui se produit en mars 1917 lorsque l'armée allemande coule le bâtiment américain Viligentia.

Mais les Allemands ont aussi commis ce qui apparaît comme une véritable provocation aux yeux des Américains : ils ont proposé une alliance militaire au Mexique avec la possibilité pour les Mexicains de recouvrer les États du Texas, du Nouveau-Mexique, et de l'Arizona.
Enfin, la révolution russe de février 1917 permet au président américain de présenter le combat des pays de l'Entente comme celui de la démocratie contre l'autocratie incarnée par les Empires centraux.

Le 2 avril 1917, le président américain demande au Sénat de voter la déclaration de guerre.

Woodrow Wilson, 28ème président des États-Unis (1913-1921)


L'entrée en guerre des États-Unis


Le 6 avril 1917, par 373 voix contre 50, le Congrès américain adopte l'entrée en guerre du pays. Woodrow Wilson proclame alors : "L'Amérique doit donner son sang pour les principes qui l'ont fait naître...". Au nom des valeurs démocratiques des pères fondateurs américains, c'en est terminé de la neutralité américaine.
 



Les premières unités de ceux que l'on surnomme les "Sammies" ("petits soldats de l'oncle Sam", personnage allégorique des États-Unis) débarquent en France en juin 1917. 
Le 4 juillet jour de la fête nationale américaine, le général John Pershing, commandant en chef du corps expéditionnaire, se recueille sur la tombe du général de La Fayette au cimetière de Picpus à Paris. C'est à cette occasion que le colonel Charles E. Stanton lance la phrase qui deviendra célèbre : "La Fayette, nous voilà !".

Il faudra toutefois attendre encore un peu. L'armée américaine, constituée de 200 000 hommes à peine, n'a mené jusqu'ici que des combats contre les Indiens, les rebelles philippins, les Espagnols de Cuba ou les hors-la-loi mexicains. Une réalité militaire bien éloignée du conflit européen. 

Si certaines unités américaines sont envoyées au combat dès la fin de l'année 1917, la plupart d'entre elles passent de longs mois d'entraînement dans des camps installés à Brest, Bordeaux, Saint-Nazaire et Le Havre.
Les Américains participent à leurs premières véritables batailles à l'été 1918. Les contingents américains restent autonomes par rapport aux armées françaises et britanniques, comme l'a demandé le général Pershing. 
Les débarquements s'accélèrent : un million d'hommes en juillet 1918, deux millions au moment de l'armistice, le 11 novembre 1918 qui signe la défaite allemande.

 

Débarquement des troupes américaines à Saint-Nazaire en 1917


Un engagement peu connu 

L'engagement des Américains dans la "Grande Guerre" a été décisif pour vaincre l’Allemagne et ses alliés mais l'importance historique de cet engagement est peu connu aux États-Unis. Et peu célébré aussi. Les programmes scolaires ne contiennent que quelques références à cette épisode de l'histoire américaine. Le 6 avril dernier, les commémorations du vote par le Congrès américain se font plutôt discrètes et ni Donald Trump, ni son vice-président, n’y participent.

Et pourtant, cette entrée guerre des États-Unis est une charnière pour le pays sur la scène internationale. Il y aura un avant et un après 1917. Les États-Unis vont s'imposer peu à peu comme une superpuissance mondiale. Jusqu'à devenir omnipotents aujourd'hui... 


La guerre de l'indépendance américaine, première "collaboration militaire" entre la France et les États-Unis

Lorsque la guerre de Sept Ans prend fin en 1763, l’Angleterre est fortement endettée. Le gouvernement anglais décide alors de taxer les habitants de ses Treize colonies d'Amérique pour renflouer les caisses. Mais ceux-ci ne l’entendent pas de cette oreille. "No taxation without representation" (pas de taxe sans représentation au Parlement) devient leur slogan. En s'opposant à la métropole anglaise, les colons décident de former une nouvelle nation fondée sur le principe de liberté. Une "Déclaration d'indépendance" est publiée le 4 juillet 1775.

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834)  a 19 ans lorsqu'il embarque pour l’Amérique en 1777 à bord de La Victoire, un bateau qu’il a lui-même armé à ses frais : l'insurrection et la déclaration d'indépendance ont eu sur lui un grand retentissement. Contre l'avis du roi Louis XVI, il part rejoindre ceux que l'on appelle les Insurgents.
 Il débarque en Caroline du Sud le 13 juin mais ne participe à sa première bataille que  trois mois plus tard, à Brandywine. Le futur premier président des États-Unis, George Washington, le remarque et lui confie le commandement d’une division.

Mais mes premiers combats ne sont pas favorables aux insurgés. Les indépendantistes envoient alors Benjamin Franklin à Paris afin de négocier un appui de la France. Louis XVI se décide à conclure un double traité de commerce et d'alliance avec les représentants du Congrès des futurs États-Unis en février 1778.
La Fayette rentre en France en 1779 mais reprend la mer l’année suivante, au sein des troupes françaises envoyées en renfort. Débarqué à Boston, il participe au siège de Yorktown où les insurgés remportent une victoire décisive. Les Anglais capitulent le 19 octobre 1781. L'indépendance des États-Unis est officiellement reconnue à Versailles le 3 septembre 1783.
 

Portrait de Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, par Joseph-Désiré Court (1834)
Portrait de Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, par Joseph-Désiré Court (1834)