Pourquoi les noms malgaches sont-ils si compliqués ?

Banderole portant le nom de l'actuel président malgache.
Banderole portant le nom de l'actuel président malgache.

Pour une oreille française, les noms malgaches ont quelque chose d'une course d'obstacles linguistiques. Et bien téméraire celui qui se risque à les prononcer d'une traite. Et pour cause, ici, les noms ne sont pas des étiquettes, mais autant de récits sur ceux qui les portent.

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Essayez de prononcer le nom du président malgache : Hery Martial Rakotoarimanana Rajonarimampianina. Vous buttez à la troisième syllabe ? C'est normal. Depuis son arrivée au pouvoir, en janvier 2014, il détient le record du monde du nom le plus long des chefs d’Etat. 
 

Il n'est pas le premier en son île, car l'un des exemples souvent cités est celui du prince Andriantsimitoviaminandriandehibe, qui a régné au XVIIème siècle. Comme son nom l'indique, il était destiné à devenir "le prince qui n’est pas semblable aux autres grands princes". Une tradition familiale, sans doute, car le souverain appela son fils aîné Razakatsitakatrandriana et sa fille aînée Ranavalontsimitoviaminandriana. A la fin du XVIIIème siècle, un autre roi malgache, Andrianampoinimerina, devait être bien nommé, puisqu'il s'appelait "L’homme désiré par le peuple merina".

Et aujourd'hui ?

En cette fin novembre 2016, à Antananarivo, se tient le Sommet de la Francophonie, que couvre TV5MONDE. C'est l'occasion, pour la rédaction délocalisée, d'être confrontée à la complexité des noms malgaches lors des reportages.

Le Village de la Francophonie est dirigé par un "maire" improvisé du nom de Ramanantsoa Randriamifidimanana. La signification de son nom ? "Le seigneur élu" - un patronyme de circonstance...

Ntsoa Randriamifidimanana, Président Directeur Général du groupe immobilier PACOM et maire improvisé du Village de la Francophonie 2016 à Antananarivo.
Ntsoa Randriamifidimanana, Président Directeur Général du groupe immobilier PACOM et maire improvisé du Village de la Francophonie 2016 à Antananarivo.

Quant à la jeune cheffe d'entreprise, Fitiavana Ratsimandresy, rencontrée à Antananativo, elle ne pourrait mieux porter le nom de "celle qui a l'habitude de gagner" !

► Lire aussi : notre article Fitiavana, 19 ans, cheffe d'entreprise à Madagascar

Egalement rencontrée en marge du Sommet de la Francophonie à Antananarivo, la jeune blogueuse Lalatiana Rahariniaina est celle qui est "aimée deux fois", selon son prénom Lalatiana. A la fois par son père et sa mère, pourrait-on deviner, puisque son nom de famille est une contraction de ceux de ses deux parents.

Les noms changent, pas les prénoms

Dans la tradition malgache, un nom raconte toute une histoire. L'histoire de celui ou celle qui le porte, des circonstances de sa naissance ou de sa famille, ou encore les espoirs que les parents ont mis en leur enfant. 

Ainsi les membres d'une même famille peuvent-ils porter un même prénom, alors que le nom de famille variera selon les traits distinctifs de chacun. Ange Rakotomalala, responsable du Campus numérique francophone à l'université d'Antananarivo, témoigne : "La famille de ma mère comptait dix enfants qui, tous, portaient le prénom de Michel, filles comme garçons. Ils se distinguaient, en revanche, par leur nom de famille."

Seules les grandes familles, pour faciliter les mariages arrangés et par souci de transmission du patrimoine, ont intérêt à perpétuer le même nom de famille.

"Celui qu'on va aimer"... par défaut

Que faire lorsque l'inspiration ne vient pas ? "Un jour, au Canada, poursuit Ange Rakotomalala, j'ai vu le nom "Rakot A. apparaître sur un écran dans une administration. Jamais je n'aurais pensé qu'il s'agissait de moi, et j'ai bêtement laissé passer mon tour." Car Rakot - pour un garçon - reste l'un des noms les plus fréquents parmi les Malgaches. Il signifie "Celui qu'on va aimer", et c'est celui que l'on donne par défaut, à défaut de meilleure idée - mais sans doute un bon début dans la vie...

La tendance actuelle est de raccourcir ou de simplifier les noms, au point qu'ils en perdent parfois leur substance. L'un des jeunes blogueurs rencontrés en marge du Sommet de la Francophonie, Andriamialy Ranaivoson, a gardé le nom de son père, qui signifiait "fils du cadet", alors qu'il est en réalité, lui, le petit-fils du cadet. "Ce sont souvent les Malgaches eux-mêmes qui tronquent leurs noms, car ils se rendent bien compte qu'ils sont impraticables pour beaucoup," explique Ange Rakotomalala. Dommage ? Oui et non...