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Présidence Macron : quelle politique avec l'Afrique ?

François Hollande et Emmanuel Macron lors de la commémoration du 8 mai 1945 : la politique africaine du nouveau président sera-t-elle vraiment différente de l'ancien ? (AP Photo/Michel Euler)

Emmanuel Macron, dans son programme de campagne, n'a pas stipulé précisément quelle politique africaine il voulait mener, mais s'est exprimé à plusieurs reprises sur ce sujet. Quelles grandes orientations pour l'Afrique avec Emmanuel Macron ?
 

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C'est dans l'introduction du programme d'Emmanuel Macron, en page 5, que l'on trouve une référence à l'Afrique. Le sixième chantier du candidat — désormais élu — est celui de son engagement à l'international :  "Je m’engage au plan international à défendre les intérêts de notre pays. En relançant une Europe ambitieuse, qui investit et qui protège, et dont la vitalité démocratique et le goût pour l’avenir seront retrouvés. Et en assurant une nouvelle politique en Afrique où la paix et l’esprit d’entreprise construiront le siècle qui commence".

Quelle est cette nouvelle politique en Afrique "où la paix et l'esprit d'entreprise construiront le siècle qui commence" ? Est-elle basée sur des partenariats économiques, dans quels secteurs, avec quels moyens ? Pour la paix en Afrique, quelle politique ou coopération militaire compte activer le nouveau président ?

Accompagner "l'esprit startup" africain ?

Emmanuel Macron a décrit à plusieurs reprises le continent africain comme "un continent d'avenir", où les difficultés de gouvernance, de démographie, de pandémies, d'inégalités bien que nombreuses seraient surmontées par son "dynamisme". C'est sur ce concept de dynamisme économique africain qu'Emmanuel Macron veut s'appuyer pour créer un "partenariat ambitieux", comme il l'expliquait au quotidien Le Monde le 12 avril 2017 : "(…) Je veux établir un partenariat ambitieux entre la France, l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique qui renforce nos intérêts mutuels dans tous les domaines : climat, commerce, emploi, innovation, mais aussi sécurité et stabilité." Toujours dans cette interview, le candidat expliquait alors, qu'"aux côtés des relations entre Etats, ce partenariat s’appuiera sur les forces vives africaines et françaises : intellectuels, ONG, diasporas de France et d’Afrique, entreprises."

Comment devrait s'y prendre le nouveau président ? De façon générale, il annonçait la chose suivante : "Il nous faudra renforcer la qualité de nos échanges, en facilitant la circulation des chercheurs et des entrepreneurs, et mobiliser les investisseurs privés, français et africains, pour innover et créer de la valeur ensemble."

De façon un peu plus concrète, le président français s'est basé sur des fondamentaux comme : "relancer l'aide bilatérale en Afrique, mobiliser plus de financements publics et privés pour financer les PME et les infrastructures africaines, et promouvoir le rôle des femmes en doublant le financement des projets liés à l’égalité femmes-hommes".
 
La vision d'Emmanuel Macron de la politique française pour l'Afrique semble axée sur un resserrement des relations étatiques avec la société civile africaine, ce qu'il a explicité dans une discussion avec Jeune Afrique le 5 mai dernier : "Dès le G20 de juillet en Allemagne, je mobiliserai les institutions et nos partenaires internationaux pour faire du développement durable des États et des économies africaines une priorité majeure de l’agenda international. J’entends également approfondir nos relations avec les acteurs de la société civile et les opérateurs économiques. C’est vital pour en terminer avec certains réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes qui, on l’a vu, subsistent malheureusement dans le système politique français, en particulier à droite."

Quid du gendarme français en Afrique ?

Le président français a déclaré avant son élection que l'Afrique subsaharienne resterait un théâtre d'opérations, mais avec une volonté d'associer plus l'Union africaine, le G5 Sahel et l'Algérie, la Tunisie et le Maroc. Sur le Mali, Emmanuel Macron a déclaré que la France ne pourrait pas se désengager à court terme, tout en précisant à nouveau qu'il "faudra agir en étroite coordination avec l’Union africaine". L'idée générale du président français sur la sécurité au niveau du continent africain vis-à-vis de la lutte contre le terrorisme est visiblement d'allier tous les pays concernés, aidé du renseignement américain.

Emmanuel Macron semble donc vouloir conserver une influence française militaire en Afrique mais davantage basée sur un renforcement de la coopération entre pays. La France deviendrait-elle alors une sorte d'arbitre, présent sur le terrain, mais plus pour coordonner des opérations que pour intervenir elle-même ?

Ce dimanche 7 mai, lors du résultat du deuxième tour, le banquier d'affaires et ancien Premier ministre du Bénin de 2015 à 2016, Lionel Zinsou réagissait sur TV5MONDE à l'élection d'Emmanuel Macron qu'il a soutenu et conseillé durant la campagne :
Lionel Zinsou

Lionel Zinsou : "C'est une très bonne nouvelle pour l'Afrique et les pays en développement, parce que c'est quelqu'un de très attaché au développement et à l'innovation en général. C'est un mouvement de jeunesse, l'Afrique est jeune et est tournée vers la technologie, et si la France peut accélérer la croissance africaine, en y contribuant, c'est quelque chose que Macron fera facilement."

Extrait de l'édition spéciale du 64' sur la politique africaine d'Emmanuel Macron :