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Présidentielle américaine : le deuxième débat Trump/Clinton tourne à la bataille rangée

Les deux candidats à la Maison Blanche s'affrontent lors de leur deuxième débat télévisé à l'université Washington à Saint Louis (Etats-Unis), 9 octobre 2016.
Les deux candidats à la Maison Blanche s'affrontent lors de leur deuxième débat télévisé à l'université Washington à Saint Louis (Etats-Unis), 9 octobre 2016.
©AP Photo/John Locher

Le second débat présidentiel s’est déroulé dimanche dans un climat extraordinairement tendu. Selon Stéphane Bussard, le journaliste du Temps aux Etats-Unis, Donald Trump a fait mieux que prévu après trois jours de chaos provoqué par une vidéo compromettante. Hillary Clinton aurait, elle, montré une attitude plus présidentielle.

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«Si je gagne, je vais donner l’ordre à mon ministre de la Justice de nommer un procureur spécial pour faire la lumière sur votre situation, parce qu’il n’y a jamais eu autant de mensonges, autant de choses cachées.» Dimanche soir à Saint-Louis, dans le Missouri, parlant des e-mails d’Hillary Clinton, Donald Trump a sorti les grands moyens pour tenter de stopper l’hémorragie au sein du camp républicain où près d’une quarantaine d’élus ont retiré leur soutien au candidat investi.

Le milliardaire a multiplié les attaques contre sa rivale démocrate lors du second débat présidentiel que les deux candidats ont entamé sans se serrer la main. Il est même allé jusqu’à suggérer qu’il jetterait Hillary Clinton en prison s’il accédait à la Maison-Blanche. La phrase a provoqué un choc sur les plateaux de télévision où des commentateurs soulignaient que ce type de comportement était digne de dictateurs africains. Elle n’était pas la seule. Le tribun new-yorkais a traité l’ex-secrétaire d’Etat de «diable» et déclaré qu’elle «avait énormément de haine en elle». Ces qualificatifs ont conforté tous ceux qui pensent que le candidat républicain n’a pas le tempérament pour siéger dans le Bureau ovale.

La joute cathodique organisée sous la forme d’un town hall, où le public est amené à poser des questions, s’est déroulée quelques jours après la diffusion d’une vidéo très compromettante pour le républicain dans laquelle il se vantait d’avoir abusé de femmes. Illustration du climat très tendu qui régnait entre les deux candidats à la présidence des Etats-Unis, le camp Trump avait fait en sorte que quatre anciennes «maîtresses» du président Bill Clinton soient présentes dans la salle, dont Paula Jones.

Des excuses très rapides


Questionné sur la vidéo compromettante, Donald Trump s’est excusé auprès de sa famille et du peuple américain, mais a surtout évité de répondre à la question, parlant du groupe de l’Etat islamique dans la même réplique. «Personne n’a plus de respect pour les femmes que moi», a-t-il déclaré. Hillary Clinton, qui creuse l’écart avec son rival républicain après dix jours de campagne désastreux, a au contraire affirmé que la vidéo, qui date de 2005, n’est pas un incident isolé, mais montre la vraie personnalité de son rival républicain. Plusieurs témoignages récents, dont un article d’Associated Press sur les coulisses de l’émission de télé-réalité «The Apprentice» que Donald Trump animait de 2004 à 2014 sur NBC, prouvent qu’il a multiplié les attitudes inappropriées envers le sexe féminin.

Au cours de l’heure et demie d’échanges, Hillary Clinton a choisi de ne pas jouer le jeu de son rival. Elle est restée un peu en retrait par rapport au premier débat, sans doute cherchant à montrer sa maîtrise personnelle pour marquer un contraste avec son rival républicain. Certains démocrates auraient même espéré qu’elle riposte de façon plus musclée aux violentes attaques de l’homme d’affaires new-yorkais. Répétant une phrase récemment prononcée par la First Lady Michelle Obama, elle a relevé: «S’ils veulent commettre des bassesses, nous resterons dignes.»

Quand Donald Trump a ressorti les infidélités de Bill Clinton, il a décrit ce dernier comme le «président qui a le plus abusé des femmes dans l’histoire de la politique». La démocrate a délibérément refusé d’entrer en matière, prenant une distance visant à montrer le contraste de tempérament entre elle et le républicain. Quand le modérateur Anderson Cooper a demandé au républicain s’il jugeait toujours, comme il y a quelques années, la discipline comme une qualité essentielle, bien qu’il ait twitté à trois heures du matin au sujet d’une ex-Miss Univers, il s’est emporté, parlant d’Hillary Clinton et de la tragédie de Benghazi où quatre Américains furent tués lors d’une attaque d’islamistes sur le consulat américain.

Trump admet qu’il n’a pas payé d’impôt fédéral


Dans la journée, Hillary Clinton a d’ailleurs reçu le soutien du président Barack Obama, qui tenait un meeting à Chicago: «Avilir les femmes, mais aussi les minorités, les immigrés, les gens d’autres religions, se moquer des handicapés, insulter nos soldats et nos anciens combattants… Il manque tellement de confiance en lui qu’il rabaisse les autres pour se donner de l’importance. Ce n’est pas un trait de caractère que je recommanderais pour le Bureau ovale.»

Donald Trump a livré une performance qui a dépassé les attentes tant ces dernières étaient faibles après le chaos de ces derniers jours. Mais selon un sondage CNN/ORC réalisé peu après le débat, 57% des sondés estiment que la démocrate a gagné face à Donald Trump (34%). Au cours de la soirée, le républicain n’a pas eu peur de lâcher des phrases qui ont interloqué. Il a ainsi admis sans fard qu’il avait bien profité de la perte d’un milliard de dollars mentionnée dans sa déclaration d’impôt de 1995 pour ne pas payer d’impôt fédéral. Il n’a pas précisé la durée de cette «exemption fiscale», mais le New York Times, qui s’est procuré ladite déclaration, suppose que le New-Yorkais n’a pas payé d’impôt fédéral pendant au moins dix-huit ans.

Au sujet de la Syrie, Donald Trump a devant des millions de téléspectateurs littéralement désavoué son colistier Mike Pence qui suggérait, lors du débat des vice-présidents, de recourir à la force pour stopper le président syrien Bachar el-Assad qui continue de bombarder Alep avec l’aide des avions russes. Hillary Clinton a, elle, précisé qu’elle n’enverrait pas de troupes terrestres en Syrie si elle accédait à la Maison-Blanche. «Ce serait une grave erreur», a-t-elle souligné. A l’issue du débat, dans son avion, Hillary Clinton l’a relevé: elle a été choquée par l’avalanche de faits erronés avancés par son rival républicain.

Finalement, le débat n’aura sans doute pas un grand impact sur la suite de la campagne. Donald Trump a surtout cherché à consolider sa base, mais il est très peu probable qu’il ait élargi son électorat. Hillary Clinton a montré davantage de discipline et devrait renforcer son assise au sein des minorités et de l’électorat féminin.
 
Article publié conformément à l'accord de partenariat avec Le Temps