Présidentielle américaine : les petits partis en quête de démocratie

Les petits candidats en débat (Photo AFP)
Les petits candidats en débat (Photo AFP)

Le saviez-vous? Il n'y a pas qu'Obama et Romney qui se présentent à la présidentielle américaine. Quatre "petits candidats" principaux, et une myriade d'autres prétendants sont aussi dans la course. S'ils peinent à se faire entendre, leurs voix pourraient avoir un impact décisif sur l'issue du scrutin.

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Difficile de se faire entendre pour ces petits partis qui se sont lancés dans la course à la présidence des Etats-Unis. Parmi pléthore de postulants (lien en anglais) : militant pro-vie, chanteur de hard-rock ou encore pasteur socialiste, ils sont quatre grands "petits candidats" à se disputer une "troisième voie" dans une vie politique marquée par le bipartisme.

Free Equal Elections Foundation (lien en anglais), une association américaine convaincue que l'expression démocratique réside dans le multipartisme, a décidé de donner la parole à ces petits candidats privés de tribune en organisant un débat mardi 23 octobre 2012. Il réunissait la candidate des Verts, Jill Stein ; le libertarien Gary Johnson ; le candidat du Parti de la Constitution, Virgil Goode et Rocky Anderson, du Parti de la justice, tous présents sur les bulletins de vote dans au moins une vingtaine d'Etats.


Le débat des petits candidats


"Ils ont une histoire à raconter. Ils ne compteront peut-être pas le 6 novembre, mais ils comptent ce soir" avait alors déclaré l'ex-présentateur de CNN Larry King qui jouait les modérateurs. Jill Stein a prôné un "New deal vert" qui relancerait l'économie, ravie de pouvoir faire entendre son programme. Cette médecin de 62 ans avait en effet été interpellée pour avoir voulu s'inviter au deuxième débat Obama-Romney, avant de porter plainte contre la Commission électorale fédérale (FEC) pour avoir le droit d'y prendre part.

Le candidat libertarien Gary Johnson (Photo AFP)
Le candidat libertarien Gary Johnson (Photo AFP)
Gary Johnson avait rejoint la plainte de sa concurrente écologiste, en vain. Le candidat du parti libertarien, ancien gouverneur républicain du Nouveau-Mexique, promet d'équilibrer le budget fédéral dès 2013, ce qui suppose des coupes particulièrement drastiques des dépenses publiques. Virgil Goode, le constitutionnaliste, propose quant à lui de défendre "les Américains d'abord" en leur réservant les emplois et en fermant la porte à l'immigration. Un programme aux antipodes de celui de Rocky Anderson, ancien maire démocrate de Salt Lake city et président du Parti de la Justice, ouvert à une immigration "rationalisée", une économie verte ou encore la mise en place de taxes sur les hauts revenus.

Des sujets finalement peu abordés par les duellistes en tête, pour la simple et bonne raison que les petits candidats "savent qu'ils n'ont pas vocation à gouverner, ils sont donc beaucoup plus radicaux, d'autant plus qu'ils ont chacun leur marotte explique Thomas Snegaroff, spécialiste de la vie politique américaine et chroniqueur pour TV5MONDE, par exemple, la candidate écologiste ne va parler que d'environnement et construire tout un système autour de l'environnement, le candidat libertarien va parler de la liberté individuelle et ne va parler que de ça". Des "candidatures de témoignage" analyse le spécialiste, qui les considère "figées dans des systèmes explicatifs très idéologiques".

“L'illusion démocratique“

Thomas Snegaroff sur le plateau de TV5MONDE
Thomas Snegaroff sur le plateau de TV5MONDE
Tous ont cependant une volonté commune : celle de changer le système électoral américain actuel. Dans le texte, il est pourtant ouvert à tout citoyen américain âgé de plus de 35 ans "mais comme toujours aux Etats-Unis, il y a l'illusion démocratique, ou comme avec la justice, l'illusion que la justice est la même pour tous et après, il y a la réalité, c'est que sans argent, il est impossible de faire campagne plus de quelques jours" estime Thomas Snegaroff. Beaucoup de voix s'élèvent en effet pour dénoncer un système "ploutocratique" au regard des sommes astronomiques que les deux candidats en tête investissent dans leur campagne.


Il faut cependant souligner, comme l'indiquaient Francis Hamon et Michel Troper dans leur manuel de Droit Constitutionnel qui fait encore référence, que "la Constitution (américaine) n'a pas été conçue comme une constitution démocratique". Dans l'esprit des pères fondateurs en effet, "le Président ne devait pas être élu par le peuple, mais par un Collège électoral formé d'une élite de citoyens, aptes à faire des choix éclairés" précisent les spécialistes. Ce sont en effet des "grands électeurs" qui élisent le président américain, même s'ils sont soumis à un mandat impératif ce qui revient en pratique, à l'équivalent d'une élection directe. Pour plus de détails sur le fonctionnement de la présidentielle américaine, se reporter à notre dossier Etats-Unis 2012.

La première étape de ce parcours complexe reste la désignation des candidats par les partis qui sont pour Francis Hamon et Michel Troper "plus des machines électorales que des groupes idéologiques". Les deux partis historiques, républicains et démocrates sont en effet de véritables institutions électorales qu'il est impossible de contourner si l'on veut accéder à la Maison blanche. Mais cela ne veut pas dire que les outsiders sont complètement dénués de pouvoir.

Les petits partis mangent les grands

En 1992, Ross Perot (au centre) avait pu participer au grand débat, étant crédité de plus de 15% des sondages, la condition imposée par la Commission électorale fédérale (Photo AFP)
En 1992, Ross Perot (au centre) avait pu participer au grand débat, étant crédité de plus de 15% des sondages, la condition imposée par la Commission électorale fédérale (Photo AFP)
"Ca marche dans les deux sens, explique Thomas Snegaroff, si une tendance arrive à se faire entendre dans le grand parti, elle peut prendre le dessus". C'est ce qui s'est passé par exemple avec le Tea Party qui a pris l'ascendant sur le parti républicain. "A l'origine, le Tea Party était justement un petit parti, mais il a réussi à prendre de la place dans le parti républicain, et a fini par s'y agréger". Finalement, "ces petits partis fonctionnent comme des lobbys" conclut Thomas Snegaroff.

Ils pourraient aussi avoir un impact décisif sur l'issue électorale américaine, tant la course est serrée entre Obama et Romney. Les Américains se souviennent en effet de Ross Perot, le candidat indépendant qui s'était présenté en 1992 et avait aidé à l'élection de Bill Clinton. En 2000, c'était l'écologiste Ralph Nader qui avait fait basculer l'élection en faveur de George W. Bush, en récupérant les quelques voix qui manquaient à Al Gore.

Les républicains sont aujourd'hui particulièrement inquiets de la concurrence que peut leur faire le concurrent du parti libertarien, Gary Johnson (qui s'était d'ailleurs présenté à la primaire républicaine). "Dans certains Etats, il est crédité d'entre 2 et 3% des suffrages à l'échelle nationale, ce n'est quand même pas rien, surtout dans les "swing states" (les "Etats tangents" - ndlr) il prend 3 ou 4 points à Mitt Romney, notamment en Virginie et dans le Colorado" explique Thomas Snegaroff. "Vu à quel point c'est serré, l'élection peut être perdue par l'un des deux grands candidats en raison du peu de voix que lui prendra un petit candidat".