Présidentielle américaine: Trump dans la tourmente

A gauche Donald Trump pendant sa campagne et à droite, les parents du capitaine Khan, mort au combat en Irak lors de la convention américaine démocrate, le 28 juillet 2016 à Philadelphie. 
A gauche Donald Trump pendant sa campagne et à droite, les parents du capitaine Khan, mort au combat en Irak lors de la convention américaine démocrate, le 28 juillet 2016 à Philadelphie. 
©AP Photo/Evan Vucci // AP Photo/J. Scott Applewhite

Le candidat républicain est devenu la cible d’une polémique qu’il a envenimée. En critiquant la famille d’un soldat américain musulman mort en Irak, il s’est mis une partie de l’opinion à dos et perd des points dans les sondages. 

dans
« Trump clash » (Le clash de Trump), « Trump struggles… » (les luttes de Trump), « With Khans Trump went too far » (Avec les Khan, Trump est allé trop loin), ...

Les Unes de la presse américaine sont éloquentes. Le candidat républicain à la Maison Blanche est en difficulté comme jamais peut-être depuis son lancement dans la course à la présidence. 

Et les derniers sondages sont sans appel. Sa concurrente Hillary Clinton gagne de 7 à 9 points sur Trump selon deux derniers sondages publiées lundi 1er août par CBS et CNN-ORC. 
Un sursaut lié certainement à la convention du Parti démocrate - parfaitement orchestrée - qui a officiellement nommé Hillary Clinton candidate à la présidence. Mais pas seulement. 
 

Donald Trump vs. famille Khan

L’avance enregistrée par la candidate démocrate est sûrement aussi due à la polémique qui entoure toujours Donald Trump. Depuis la convention démocrate, cette polémique l'oppose à la famille d’un soldat américain défunt. Un nouveau faux pas pour le Républicain ? 
 
Le feuilleton débute jeudi 28 juillet quand Khizr Khan livre un discours poignant à la tribune. A ses côtés, sa femme, Ghazala Khan, l’accompagne en silence. Ils viennent parler de leur fils, Humayun Khan, soldat américain musulman mort en Irak en 2004 en tentant de sauver ses hommes. Par la voix du père, très ému, le couple se présente comme « les parents du capitaine Khan et en tant que musulmans Américains patriotes ». 


Évoquant leur statut de migrants pakistanais venus aux Etats-Unis pour élever leurs enfants dans un pays « où ils seront libres d’être eux-mêmes et de poursuivre leurs rêves », Khizr Khan s’en prend rapidement à la politique de Donald Trump. Le milliardaire et candidat veut interdire l’entrée du pays aux musulmans pour lutter contre le terrorisme. « Il veut construire des murs et nous bannir de ce pays», clame Khizr Khan à la tribune de la convention démocrate. 

Il finit par prendre le candidat républicain à partie : « Donald Trump, vous demandez aux Américains de vous faire confiance pour leur avenir. Laissez-moi vous demander, avez-vous lu la Constitution américaine ? (…) Dans ce document cherchez les mots "liberté" et "égale protection de la loi". » Il ajoute directement à l’encontre de Trump : « Vous n’avez rien sacrifié, ni perdu personne. »
 

Réponse et attaques de Trump

Quelques jours après, Donald Trump lui répond par médias et tweets interposés. 
Tout d'abord dans une interview donnée à la chaîne ABC et diffusée dimanche 31 juillet, il demande si ce sont les plumes d'Hillary Clinton qui ont écrit la tribune du père du soldat à qui il répond que lui aussi a « beaucoup sacrifié ». 

Au cours de son interview, il s’en prend aussi à la mère du capitaine Khan décédé, qui était restée silencieuse à la tribune : « Elle n’a rien à dire. Elle n’était probablement pas autorisée à dire quelque chose. » Sous entendu : parce qu'elle est musulmane. 
 
Cette dernière lui a répondu dans une lettre ouverte publiée dans les colonnes du Washington Post : «Je n’arrive pas à entrer dans une pièce où se trouvent des photos de Humayun. (…) Quand je suis montée sur la scène de la convention avec une immense photo de mon fils derrière moi, j’arrivais à peine à me contrôler. [Donald Trump] a-t-il vraiment besoin de se demander pourquoi je n’ai pas parlé ? »

Elle ajoute : « Donald Trump disait que je n’étais peut-être pas autorisée à dire un mot. Ce n’est pas vrai. Mon mari m’a demandé si je voulais parler, mais je lui ai dit que je ne pouvais pas. Ma religion m’a appris que tous les êtres humains sont égaux devant Dieu. » 

Sur Twitter, Trump s'est aussi exprimé : 

[Le capitaine Khan, tué il y a 12 ans, était un héros mais tout cela porte sur la terreur islamiste radicale et la faiblesse de nos dirigeants pour l'éradiquer.]

Même s'il parle ici de "héros" et tente de recentrer le débat, Donald Trump poursuit sa défense dans un autre tweet :

[Monsieur Khan, qui ne me connaît pas, m’a attaqué vicieusement depuis la tribune du parti démocrate et continue maintenant de le faire partout à la TV. Sympa!]
 

Opinion scandalisée

Ces attaques et réponses de Trump ont fini par scandaliser l’opinion et certaines personnalités politiques. Se moquer ainsi de la mère d’un soldat mort au combat « dépasse les limites » s’insurge l’association d’anciens combattants américains à étranger (VFW). 
 
Même au sein du Parti républicain, les propos de Trump divisent. L’ancien candidat à la présidentielle de 2008, John McCain - vétéran de la guerre du Vietnam déjà moqué par Trump - apparaît outré par les propos du milliardaire :  «Si notre parti lui a accordé la nomination, celle-ci ne constitue pas pour autant un chèque en blanc pour diffamer les meilleurs d’entre nous. » Sa fille a d'ores et déjà annoncé qu'elle votera pour Hillary Clinton. 

D'anciens vétérans, membres du Parlement américain, demandent au chef de file des Républicains, Paul Ryan de ne plus soutenir la candidature de Trump.  Il répond dans un communiqué : « De nombreux Américains musulmans ont servi vaillamment dans notre armée et fait le sacrifice ultime. Le capitaine Khan était l'un de ses valeureux exemples. Son sacrifice - et celui de Khizr et Gahzala Khan - devrait toujours être honoré. Point. »
trump et les Républicains
©Récit L. de Matos /TV5MONDE

Lundi 1er août 2016, c’est le milliardaire Warren Buffet qui en apportant son soutien à Hillary Clinton en a profité pour critiquer au passage Donald Trump : « Comment diable pouvez-vous faire face à des parents qui ont perdu un fils et parler d’avoir fait des sacrifices parce que vous construisiez quelques immeubles ? » 

Enfin, ce mardi 2 août, c'est Barack Obama qui s'en prend au candidat républicain qu'il considère "pas qualifié" pour entrer à la Maison Blanche. Le président remet aussi en cause le soutien du Parti Républicain à son candidat : "Pourquoi le soutenez-vous encore ? Qu'est-ce que cela dit de votre parti et de son représentant ?"
 
Tollé politique et médiatique autour de Donald Trump qui touche ici à un tabou américain. Dans le pays, les soldats sont considérés comme des héros régulièrement honorés. Donald Trump tente de parer à la polémique en multipliant les attaques. Mais suffiront-elles cette fois ?  


Décryptage avec Guy Millière, auteur de "Après Obama, Trump?" et Thomas Cantaloube, journaliste chez Mediapart. 

décryptage chute Trump campagne
©TV5MONDE