Présidentielle en Iran : qui sont les candidats ?

Qui succédera à Mahmoud Ahamadinejad, lui qui ne peut pas se présenter pour un troisième mandat ? Gros plan sur les présidentiables retenus par le Conseil des gardiens de la Constitution - tous proches du Guide suprême, l'ayatollah Khamenei - mais aussi sur deux poids lourds de la vie politique écartés par ce même Conseil.

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Saïd Jalili

A 47 ans, ce vétéran de la guerre contre l'Irak, fervent religieux, est le favori du Guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei et des ultra-conservateurs. Nommé vice-ministre des Affaires étrangères en 2005, ce diplomate de formation devient secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en 2007. Chargé du dossier nucléaire, il est réputé pour son inflexibilité lors des négociations avec les Etats occidentaux dans le dossier nucléaire. Il prône la réduction de la dépendance de l'Iran aux revenus pétroliers et a récemment déclaré que "fermer deux journaux ne veut pas dire qu'il n'y a pas de liberté de la presse".

Hassan Rohani

Présidentielle en Iran : qui sont les candidats ?
A 64 ans, il est le seul mollah à se porter candidat. Titulaire d'une thèse en droit de l’université de Glasgow, il dirige les négociations nucléaires de 2003 à 2005. C'est lui qui, à l'époque, accueille à Téhéran les ministres des Affaires étrangères français, britannique et allemand en 2003 et leur garantit la nature civile du nucléaire iranien. Il quitte ce poste à l'arrivée au pouvoir d'Ahmadinejad, mais continue à prôner le dialogue avec les Etats-Unis, l'ennemi historique. Après la disqualification d'Akbar Hachemi Rafsandjani, il pourrait attirer les électeurs réformateurs ou modérés. Reportage auprès de ses partisans par Abraham Zisyadis (RTS)


Ali Akbar Velayati

A 67 ans, Ali-Akbar Velayati est le candidat de la Coalition islamique. Après des études en médecine en Iran et aux Etats-Unis, il fait ses premiers pas en politique en 1979, en pleine révolution. Ministre des Affaires étrangères entre 1981 et 1997, il négocie la fin de la guerre Iran-Irak. Conseiller de Khamenei en Affaires internationales, il se veut rassurant à l'égard des grandes puissances : "...la religion [musulmane] interdit de fabriquer une bombe, nous avons répété que nous étions contre la fabrication d'armes nucléaires," affirme-t-il. Mais s'il est élu, il ne pourra pas déroger aux directives du guide suprême Khamenei.


Mohammad Bagher Ghalibaf

A 52 ans, l'actuel maire de Téhéran reste fidèle à Khamenei, tout en se démarquant des deux grands favoris par une certaine indépendance. Ancien combattant de la guerre contre l'Irak, il a été à la tête de la police nationale et des forces aériennes des Gardiens de la Révolution. Homme à poigne, il ne recule pas devant la violence pour maintenir l’ordre. Réputé pour sa modernité, son dynamisme et ses qualités de gestionnaire, il était classé parmi les dix meilleurs maires du monde en 2008.

Mohsen Rezaï

A 59 ans, ce candidat conservateur revendique son indépendance vis-à-vis de tous les courants politiques, mais aussi sa fidélité à Khamenei. Nommé à la tête des Gardiens de la révolution à l'âge de 27 ans, il est resté aux commandes pendant les huit années de la guerre contre l’Irak. Entré en politique dans les années 1990, il s'est déjà présenté aux présidentielles de 2003 et de 2009, où il a obtenu 1,7 % des suffrages. Docteur en économie, l'actuel secrétaire général du Conseil du discernement, l’organe d’arbitrage entre le législatif et l’exécutif, a souvent dénoncé la mauvaise gestion du président Ahmadinejad.

Mohammad Gharazi

A 72 ans, le doyen des candidats faisait partie de l’entourage de l’ayatollah Khomeini lors de ces derniers jours d'exil en France, avant la révolution de 1979. A l'époque, Gharazi avait créé la milice qui a donné naissances aux Gardiens de la Révolution. Ministre du Pétrole et de la Télécommunication jusqu’en 1997, il a ensuite disparu de la scène politique. Il revient aujourd'hui "sans argent, ni porte-parole, ni appareil de campagne". Son cheval de bataille pendant la campagne : la lutte contre l'inflation pour relancer l'emploi (plus de 40 % en mars 2013).



Esfandiar Rahim Mashaïe

Poulain et gendre de Mahmoud Ahmadinedjad, Mashaïe veut marginaliser l'autorité islamique à la tête du pays. Les mollahs haïssent ses positions nationalistes qualifiées de "déviantistes", car en contradiction avec le panislamisme prôné par Khamenei. Mashaïe, qui affirme qu'Israël n'est pas l'ennemi de l'Iran, a frisé l'arrestation à plusieurs reprises. Il s'est porté candidat in extremis, et c'est pour lui mettre les bâtons dans les roues que Khamenei avait encouragé son meilleur ennemi Rafsandjani à se présenter lui aussi.

Akbar Hachemi Rafsandjani

Président de 1989 à 1997 et figure historique de la révolution islamique de 1979, il était le candidat des modérés et des réformateurs malgré une image ternie par des soupçons de corruption, lui et sa famille et lui s'étant considérablement enrichis au pouvoir. Officiellement, la santé de Rafsanjani, âgé de 79 ans est invoquée par le Conseil pour justifier sa disqualification. Reste que son soutien implicite aux manifestations qui ont suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, en 2009, a certainement penché dans la balance.

Des retraits de dernière minute

Mohammad Reza Aref

A 61 ans, ce technocrate musulman peu connu du grand public était le seul candidat présenté comme "réformateur indépendant". Il a jeté l'éponge mardi 11 juin.
Après des études d'ingénierie électrique à Stanford, aux Etats-Unis, il a occupé différents postes universitaires avant de devenir ministre de l'Information et de la Communication et vice-président de la République sous le deuxième mandat de Mohammad Khatami. Pendant la campagne, il a plaidé pour la liberté de la presse : "Interdire les journaux, empêcher la publication d'un livre... sont des choses à corriger."

Gholam Ali Haddad Adel

A 68 ans, ce philosophe et député était le candidat du Mouvement des partisans de la Révolution islamique. Ancien président du Parlement, il est le seul, depuis la Révolution de 1979, à avoir occupé ce poste sans être membre du clergé. Avec Ali-Akbar Velayati et Mohammad-Bagher Ghalibaf, il fait partie des proches de l'ayatollah Khamenei. Sa fille a épousé celui des fils du Guide suprême qui a le plus d'autorité auprès de son père. S'il a peu d'expérience à l'international, son point fort était les affaires intérieures.



Le Conseil des gardiens de la Constitution

Cet organe puissant est en majorité composé de clercs religieux nommés par le Guide suprême, l'ayatollah Khamenei. Le Conseil est chargé de juger la validité des candidatures selon leur compatibilité avec la Constitution - les femmes, par exemples, sont systématiquement exclues.

Il a réduit de 700 à 8 le nombre des candidats à la présidentielle de juin 2013. Des présidentiables à la légitimité populaire douteuse, puisque l’élection présidentielle devrait se solder par la victoire d'un fidèle d'Ali Khamenei.

En même temps que leur président, les Iraniens élisent ce 14 juin les 207 000 membres des conseils municipaux à travers le pays. Là aussi, quelques grands noms ont été écartés par le Conseil des gardiens de la Constitution, dont Mohsen Hachémi, le fils d'Akbar Hachemi Rafsandjani, ou Massoumeh Ebtekar, ancienne porte-parole des étudiants islamistes lors de la prise d'otages dans l'ambassade des Etats-Unis en 1980, et bien d'autres encore.