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Présidentielle en Pologne - Premier tour

Lors du premier tour de la présidentielle le 20 juin, le candidat libéral Bronislaw Komorowski est arrivé en tête devant le conservateur Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau de Lech, l’ancien président mort dans un crash aérien en avril.

La surprise de ce scrutin, c'est la percée du jeune candidat de gauche, Grzegorz Napieralski.

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“Komorowski a joué l’homme consensuel“

Analyse de Jean-Yves Potel, universitaire spécialiste de la Pologne

Jean-Yves Potel.
Jean-Yves Potel.


Comment analysez-vous le score du candidat libéral Bronislaw Komorowski qui a rassemblé 41% des voix ?


C’est un score en parti attendu même s’il est plus faible que prévu. Président du sénat, Komorowski incarne la majorité actuelle du pays. Il va très probablement gagner cette élection, malgré une campagne fade.

C’est un personnage qui n’a pas beaucoup de charisme. Mais il a joué l’homme consensuel qui veut être d’accord avec tout le monde. Le candidat de gauche Grzegorz Napieralsk qui, lui, a fait un score inattendu, lui a pris une partie de ses voix.



Les atouts de Komorowski

Réponse de Jean-Yves Potel - 43''
Les atouts de Komorowski

Le candidat social démocrate Grzegorz Napieralsk
Le candidat social démocrate Grzegorz Napieralsk
Etes-vous surpris par la percée de ce candidat de gauche qui a réuni plus de 13 % des voix ?

Non pas vraiment. L’électorat polonais est plutôt de centre-gauche. Il y a toujours eu un courant à gauche faisant entre 12 et 15 % des voix, un courant centre droit libéral réunissant 30 % des voix et la droite traditionnelle représentant 30 % des électeurs. Que ce courant réapparaisse sur la scène politique après qu’il ait été occulté, c’est plutôt la traduction d’une tendance naturelle.

La gauche a déjà eu deux candidats élus à la présidence de la République. Elle a gouverné avec le centre pendant quasiment quinze ans depuis ces vingt dernières années. Ce n’est donc pas du tout anachronique. Au contraire. Ce nouveau candidat est très jeune - 36 ans. Il incarne une nouvelle façon de faire de la politique. Il a utilisé les nouveaux médias et a tenté de rompre avec les méthodes des dinosaures qui ont connu Solidarnosc. Lui qui est sorti de l’université au début des années 2000, c’est un enfant de Solidarnosc.

Grzegorz Napieralsk porte des thématiques qui intéressent la jeunesse en s'opposant à un certain conservatisme. Il a fait campagne notamment pour la libéralisation de l’avortement. C’est quelqu’un qui est dans le ton de la jeunesse polonaise.


Est-ce l’homme qui va réussir à moderniser la gauche polonaise ?

C’est ce qu’il affirme. Aujourd’hui, Grzegorz Napieralsk est courtisé par les deux candidats de droite. Normalement il devrait appeler à voter pour Komorowski mais il ne l’a pas encore fait. Il va négocier, discuter. Il a laissé entendre qu’il voulait participer au gouvernement. Donc va-t-il sombrer dans les tripatouillages politiciens ou va-t-il vraiment continuer à construire une alternative de gauche ? Cela n’est pas encore joué.

“Ce ne sont pas vraiment les anciens communistes“

Jean-Yves Potel - 41''
“Ce ne sont pas vraiment les anciens communistes“

Le conservateur polonais Jaroslaw Kaczynski, le 20 juin 2010 à Varsovie.
Le conservateur polonais Jaroslaw Kaczynski, le 20 juin 2010 à Varsovie.
AFP
Sur quel thème va se jouer la campagne de l'entre-deux-tours, sachant que celle du première tour était plutôt molle ?

Comme pour le premier tour, la campagne sera encore centrée sur les personnalités. Mais Jaroslaw Kaczynski, qui a fait le plein des voix à droite, veut agiter les thèmes sociaux pour attirer les électeurs de gauche.

Or en Pologne, deux sujets font débat : l’emploi et les droits syndicaux d’une part et la santé d’autre part. Dans le domaine de l’emploi, Komorowsky tient une position libérale classique qui le dessert auprès de certains électeurs. Dans le domaine de la santé, c’est la crise des hôpitaux qui est en jeu mais le débat est peu politisé. Toutefois, Jaroslaw Kaczynski a dit qu’il était prêt à mener un débat entre les deux tours sur un seul thème, celui de la santé. Il a aussi décidé au lendemain du premier tour de tenir un meeting à Szczecin, ville portuaire dont est originaire le socialiste Grzegorz Napieralsk.


Cette élection est-elle vraiment importante dans la mesure où le président en Pologne n’est pas l’homme qui gouverne ?

Le président en Pologne a un pouvoir de blocage qu’il ne faut pas négliger. Il peut bloquer un projet de loi par exemple. Comme il est élu au suffrage universel, il a une certaine aura et une influence dans le jeu politique. Par exemple, quand Lech Walesa était président, il est entré en conflit avec son Premier ministre. De même, Lech Kaczynski était capable de provoquer beaucoup d’incidents et de bloquer des lois. La situation s’avère donc assez difficile quand le président et le Premier ministre ne sont pas du même camp.

Les deux candidats n’ont d’ailleurs pas la même vision du président. Jaroslaw Kaczynski voudrait renforcer les pouvoirs du président à l’image du système français tandis que Bronislaw Komorowski se rapprocherait plus du modèle allemand avec un Premier ministre fort.


Entre Komorowski et Kaczynski , quel est le meilleur candidat pour assumer la présidence de l’Union européenne à partir de juillet 2010 ?

Komorowski sans aucun doute. Kaczynski n’est pas anti-européen mais c’est un euro-sceptique. Alors qu’il devait ratifier le traité de Lisbonne que le parlement polonais avait déjà validé, son frère Lech Kaczynski a bloqué le processus jusqu’au dernier moment !

Sur le plan de la gestion de la crise économique, les Polonais se rapprochent plus des positions allemandes. Ils sont très tatillons sur la souveraineté nationale. Ce qui se comprend puisque c’est un pays qui a été longtemps occupé. Les Polonais sont favorables à un renforcement de l’Union tout en voulant conserver leur identité. Sur le fond, ils sont pour une union de type confédérale.


Propos recueillis par Camille SARRET
21 juin 2010

Bilan du premier tour

Récit d'Hassan Lazrag
TV5Monde - 1'29
21 juin 2010
Bilan du premier tour

Résultats du premier tour

Le libéral Bronislaw Komorowski du Parti pro-européen Plateforme Civique : 41,22%
Le conservateur Jaroslaw Kaczynski du parti Droite et Justice : 36,74 %
Le social démocrate Grzegor Napieralski : 13,7 %

Publications

Jean-Yves Potel est politologue, spécialiste de l'Europe centrale. Il a été conseiller culturel à l'ambassade de France à Varsovie de 2001 à 2005.

Il a publié des essais politiques sur la Pologne cotemporaine, sur l’évolution de l’Europe centrale et du bloc de l’Est. L’originalité de ses ouvrages tient dans la combinaison de récits de voyages, d’enquêtes et d’études historiques et politiques approfondies, évoquant les événements dont il a été témoin ou des questions mémorielles.

Collaborateur du Mémorial de la Shoah, il organise chaque année en Pologne une Université d'été destinée aux professeurs des lycées et collèges. En 2009, il a publié La fin de l'innocence : la Pologne face à son passé juif aux éditions Autrement.