Présidentielle en Roumanie : la corruption, le grand fléau

Klaus Iohannis, maire de Sibiu et représentant d'une minorité ethnique, a remporté la présidence avec 55 % des voix. Il s'impose face au Premier ministre socialiste Victor Ponta. Klaus Iohannis a axé sa campagne sur le respect de l'Etat de droit, dénonçant les affaires de corruption, le grand fléau du pays,  qui touchent plusieurs hauts responsables du PSD.

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Corruption en Roumanie : la justice manque de moyens

Corruption en Roumanie : la justice manque de moyens

mis à jour le 17 novembre à 11h20

15.11.2014
Klaus Iohannis, libéral issu de la minorité allemande, a bénéficié d'une participation « énorme » – 61 %, selon les chiffres préliminaires.Selon des premiers résultats officiels publiés au cours de la soirée, après le dépouillement de plus des trois quarts des bureaux de vote, Klaus Iohannis a gagné 54,8% des voix contre 45,2% pour Victor Ponta.
"Chers Roumains, vous avez été fantastiques aujourd'hui. Nous avons observé une participation massive et je salue la diaspora", a déclaré Klaus Iohannis avant de rejoindre la foule dans le centre-ville de Bucarest.

Les électeurs résidant à l'étranger ont largement contribué à faire basculer le vote, l'importante diaspora roumaine étant dans son ensemble considérée comme hostile à Victor Ponta.

La corruption en héritage

Une dictature communiste de cinquante ans, suivie d’un libéralisme débridé dans les années 1990. Puis la rigueur, pour faire face à la crise mondiale de 2008. L’histoire tumultueuse de la Roumanie, le pays le plus pauvre de l’Union européenne avec la Bulgarie, va de pair avec la corruption héritée du régime moscovite.  

Dans ce pays, pas une seule administration, pas un seul ministère ne peut se targuer d'une gestion transparente. En 2006, la Roumanie obtenait 3,1 selon l’indice de perception de la corruption (IPC) de l’ONG Transparency international, 0 étant la note la plus basse et 10 la meilleure. 

Depuis le mois de septembre, ce pays de 20 millions d’habitants fait face au plus grand scandale de ces dernières années. Neuf anciens ministres trempent dans une énorme affaire d’acquisition de licences informatiques. Mais le cas le plus emblématique reste celui de l’ancien Premier ministre, Adrien Nastase, condamné en juin 2012 à quatre ans de prison ferme.

Pourtant, la classe dirigeante n’a pas le monopole des pratiques opaques. Pour éviter une amende, pour faire avancer un dossier ou tout simplement pour prendre les transports à moindre prix, backchichs et pots-de-vin font partie du quotidien.


Schengen, cet objectif inatteignable

En 2004, quand le président Basescu arrive au pouvoir, "on croyait qu’on allait tourner la page des magouilles", explique la politologue Irène Costelian. Mais il n’en a rien été. Nouvelle vague d’espoir en 2007 quand la Roumanie entre dans l’Union européenne. Espoir déçu, encore une fois. 

Sauf que cette fois-ci, l’Europe met un place un mécanisme de contrôle qui émet tous les ans un rapport évaluant les avancées du pays en matière de lutte anti-corruption. Jusqu’à présent, l’avis de Bruxelles n’a jamais été très enthousiaste, même s'il a déjà été encourageant. 

Pour faire partie de l’espace Schengen, ce pays d’Europe de l’Est doit démontrer sa capacité à garantir l’imperméabilité de ses frontières et à s’attaquer à la corruption, principal fléau du pays. Pour l’instant, le gouvernement roumain est loin d’avoir atteint l’objectif. "Schengen est inaccessible à mon sens, tous les candidats sont plus ou moins mêlés à des affaires de corruption. Dans ces conditions, il est très difficile de mener une politique qui combat ce problème", souligne Irène Costelian. 

Drapeau roumain (à gauche) et de l'Union européenne (à droite) © AFP
Drapeau roumain (à gauche) et de l'Union européenne (à droite) © AFP
La Roumanie, pays européen

Nombreux sont les Roumains qui pensent qu’avoir accès à l’espace Schengen est la solution aux problèmes économiques. Dans leur pays, le salaire moyen est de 360 euros. Dans les faits, pourtant, le pays bénéficie déjà de l’intégration européenne et les Roumains reçoivent 111 euros par an et par habitant. Mais ils pourraient en percevoir davantage si la bureaucratie et les malversations ne faisaient pas obstacle. Les jeunes eux, profitent d’une semi ouverture pour s’installer dans les pays de l’Union et échapper ainsi au chômage.

Les entreprises européennes, de leur côté, n’ont pas hésité à s’implanter dans les secteurs de l’agriculture, du pétrole, de l’industrie automobile et des télécommunications. Car la Roumanie ne manque pas de ressources, au contraire. 
Son sous-sol regorge de richesses, même si elles ne profitent pas à la population. Une fois de plus, c’est la corruption qui empêche l’ensemble des Roumains d’accéder à un meilleur niveau de vie.

Klaus Iohaniss va devenir le premier président de la Roumanie issu d'une minorité ethnique.