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France : Matthias Fekl remplace Bruno Le Roux à l'Intérieur

Passation Place Beauvau entre Bruno Le Roux et Matthias Fekl
Passation Place Beauvau entre Bruno Le Roux et Matthias Fekl
(AP Photo/Thibault Camus)

Moins de 24 heures après les révélations de l'émission "Quotidien" (TMC), et à un mois de la présidentielle, Matthias Fekl a officiellement remplacé Bruno Le Roux aux fonctions de ministre de l'Intérieur ce mercredi lors d'une cérémonie de passation de pouvoirs. Bruno Le Roux avait démissionné la veille après les révélations sur les CDD de ses filles mineures employées à l'Assemblée.
 

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Sur le perron de l'hôtel de Beauvau, Bernard Le Roux a souhaité la bienvenue à son successeur dans un "grand et beau ministère" et lui a souhaité "le plein succès au service des Français, au service de notre République".

En plus des enjeux de la "délinquance du quotidien", de "la menace terroriste" et des "flux migratoires", "les semaines qui viennent vont être marquées par un enjeu essentiel: assurer la sécurité des élections, faire en sorte que cette période se passe dans le climat le plus propice à ce que chacun de nos concitoyens puisse prendre sa décision en étant pleinement éclairé et avec des élections qui se passent dans la plus totale sécurité", a-t-il souligné.

Nommé à l'Intérieur en décembre 2016, Bruno Le Roux a démissionné mardi 21 décembre 2017, au lendemain des révélations sur les CDD de ses deux filles employées comme collaboratrices parlementaires, qui ont provoqué une tempête deux mois après le début de l'affaire Fillon.

Bernard Le Roux avait "affirmé" mardi son "honnêteté", après l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet national financier.

Le ministre de l'Intérieur démissionne à 33 jours du premier tour de la présidentielle.

Révélations

Selon l'émission Quotidien, (TMC),  l'actuel locataire de la place Beauvau a employé ses filles, alors qu'elles étaient lycéennes puis étudiantes, en cumulant respectivement 14 et 10 CDD entre 2009 et 2016, pour un montant total de quelque 55.000 euros. Elles n'avaient, lors des premiers contrats, que 15-16 ans.

Certains CDD ont pu avoir lieu en même temps que des stages en entreprise ou sur le temps universitaire, à l'été 2013 pour l'une des filles, 20 jours en mai 2015 pour l'autre, affirme l'émission de Yann Barthès.

Cité dans le reportage de l'émission, le ministre reconnaît leur embauche ponctuelle, en contrat à durée déterminée, alors qu'il était député de Seine-Saint-Denis: "Bien entendu, j'ai mes filles qui ont travaillé avec moi sur des étés, notamment, ou des périodes de vacances scolaires, mais jamais en permanence".

Il se défend toutefois d'un "amalgame" avec l'affaire Fillon, puisqu'il s'agit selon lui, "d'un boulot d'été auprès d'un parlementaire".

Fin janvier, Le Canard enchaîné a révélé que l'épouse de François Fillon, Penelope, sans profession connue jusque-là, avait été rémunérée comme assistante parlementaire de son mari pendant de nombreuses années. Le parquet national financier avait immédiatement ouvert une enquête préliminaire pour "détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits" sur ces soupçons d'emplois fictifs, ensuite élargis à deux enfants du couple.

"Pratique très répandue"

Les révélations ont fait vaciller la candidature de François Fillon à la présidentielle, mais, malgré une mise en examen intervenue rapidement, l'ex-Premier ministre a finalement réussi à résister aux appels au retrait qui émanaient de son camp.

Bruno Retailleau, le coordinateur de la campagne de François Fillon, a semblé ne pas vouloir accabler Bruno Le Roux. "On a toujours dit que cette pratique, qui vise pour un parlementaire à employer ses enfants ou ses proches, était très répandue", a botté en touche le sénateur Les Républicains sur France 2. "Je ne ferai pas plus de commentaires, parce qu'il faut parler du fond. On a trop souffert nous-mêmes de ces débats-là qui tiraient vers le bas la politique pour ne justement pas utiliser ces ficelles."

"S'il a fait bosser vraiment ses filles, on va pas lui reprocher", a dit pour sa part Hervé Morin, président du parti Les Centristes et soutien du candidat de la droite, sur BFMTV. "Ce que j'observe en revanche, c'est que M. Le Roux on le sait depuis hier, j'ai pas entendu le parquet national financier se saisir de l'affaire dans la journée", "là, les magistrats sont absents", a-t-il ajouté.

Quant au patron du PS Jean-Christophe Cambadélis, il a estimé sur RTL que le "problème" n'était "pas d'embaucher des proches mais de savoir s'ils ont travaillé", arguant que "rien ne permet de dire que c'est un emploi fictif". Et d'ajouter: "ne faisons pas démissionner les gens à partir d'un soupçon..."

"Tout cela est très flou"

Jean-Christophe Picard, président de l'association Anticor qui lutte contre la corruption, revient sur ces révélations au micro de RTL : "Comme lorsque l'on a appris l'affaire Fillon, il y a des forts soupçons d’emploi fictif puisque outre le fait que les filles étaient mineures (...) on parle d’un travail qu’elles auraient fait à distance, donc tout cela est très flou", expose-t-il. "Et si ce n’est pas un emploi fictif c’est un emploi de complaisance, parce qu’il y a quand même peu de chance qu'on puisse se faire recruter à l'Assemblée nationale tout en continuant à aller à l’école par ailleurs." 

"Chaque contrat faisait l'objet de missions qui ont été honorées", a assuré le cabinet du ministre à Quotidien. Des missions "effectuées en horaires renforcés avant et après le stage, et en travail à distance durant le stage (travail de rédaction, mise à jour de fichiers, recherches, etc.) et durant plusieurs jours supplémentaires à l'automne", a-t-il ajouté.

"Lorsqu'on est attaché à l'autorité de l'Etat, on est impeccable face aux institutions", avait réagi Bernard Cazeneuve, le chef du gouvernement français.