Présidentielle française : "Donnons à Marine Le Pen les clefs de la France"

Meeting de la candidate du Front national, Paris, le 17 avril 2017.<br />
©AP Photo/Kamil Zihnioglu
Meeting de la candidate du Front national, Paris, le 17 avril 2017.
©AP Photo/Kamil Zihnioglu

Au Zénith de Paris lundi 17 avril, les supporters du Front national ont martelé leur évidence: Marine Le Pen, la candidate du FN sera présente au second tour. Et le vote des «patriotes» pourra alors la propulser le 7 mai vers l’Elysée. Le correspondant du Temps à Paris, Richard Werly était présent à ce meeting.

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Ils ont repris en chœur leur refrain favori. «On est chez nous!» a retenti comme un appel, tandis qu’au-dehors du Zénith, dans le quartier populaire de La Villette, des affrontements sporadiques éclataient entre militants frontistes, groupes d’extrême gauche et policiers.

Sur scène, le directeur de la campagne de Marine Le Pen, le jeune sénateur-maire de Fréjus David Rachline, vient de pilonner tous ceux qui s’efforcent de «faire barrage au retour du peuple» au pouvoir. Il a étrillé Fillon, «pourfendeur des classes moyennes et populaires». Il a assommé Macron, le «candidat de la banque Rothschild». Il a descendu Mélenchon, l’homme qui «rêve encore du communisme». Dans les travées, les milliers de militants et de sympathisants ont à chaque fois redoublé d’applaudissements.
 
©AP Photo/Kamil Zihnioglu


Puis elle est arrivée à son tour, en tailleur rouge, sitôt terminée la projection rituelle de son clip la montrant en mère de famille et en avocate dévouée à la France. Le premier tour de l’élection présidentielle française aura lieu dimanche et personne, au FN, ne doute que Marine Le Pen sortira en tête des urnes ce soir-là.
(Lire notre portrait de Marine Le Pen : Marine Le Pen, portrait en creux.)
 
Fillon? Pourfendeur des classes moyennes et populaires. Macron? Candidat de la banque Rothschild!
    David Rachline, Front national
Les commentateurs, pourtant, notent une campagne parfois hésitante. Au Zénith, des travées de sièges, en haut, sont restées vides. Alors, on doute? «Absolument pas», riposte Pierre Renucci, fonctionnaire et candidat frontiste pour les législatives dans le Val-d’Oise, sur la fameuse commune d’Argenteuil où Nicolas Sarkozy vint, en 2005, promettre de nettoyer la «racaille» au «karcher». Les raisons de sa confiance? «Le délitement de la France. Le besoin de France auquel seule Marine Le Pen peut répondre.» Ses compagnons de meeting, à côté, renchérissent. «Les Français ont compris que nous ne sommes pas des extrémistes, poursuit-il. Le mot extrême droite qui nous est accolé ne convient pas. Le Front national rassemble les patriotes. Nous ne sommes ni des rouges ni des bruns.»
 

"Marine présidente" brille dans l'obscurité


Les projecteurs se sont éteints. Seule Marine Le Pen est éclairée, sur le podium. Les milliers de pins lumineux «Marine présidente» brillent dans l’obscurité. Ovation. Soudain, une femme fait irruption sur la scène, immédiatement empoignée et jetée dehors par les gardes du corps de la présidente du FN. Une nouvelle action d’éclat des Femen, ces protestataires féministes qui, déjà, avaient interrompu un discours de la candidate à Paris, lors de la présentation de son programme sur la politique étrangère. Le tollé est immédiat.
 
La France a besoin d’autorité. Les attentats islamistes ont déclenché une vague en faveur du FN qui va se concrétiser ce dimanche, vous verrez!
    Samy et Joanna
Samy et Joanna, la trentaine, sont venus de l’Essonne, le département de banlieue parisienne de l’ancien premier ministre Manuel Valls. Lui est dans les ressources humaines. Elle est enseignante: «La France a besoin d’autorité. Les attentats islamistes ont déclenché une vague en faveur du FN qui va se concrétiser ce dimanche, vous verrez!» Le fait que les sondages donnent aujourd’hui Emmanuel Macron légèrement en tête devant leur candidate ne les alarme pas. Et le souvenir d’avril 2002 qui vit Jean-Marie Le Pen se qualifier pour la finale, puis se faire écraser au second tour par Jacques Chirac (82,2% contre 17,8%) ne les décourage pas: «Tout est en place pour qu’elle l’emporte dimanche. Elle n’a jamais été aussi populaire. La France n’a jamais eu autant besoin d’elle.»

La démocratie directe vantée


Juste avant l’intervention de Marine Le Pen, un des orateurs a juré «de lui donner les clefs de la France comme on donnerait les clefs de sa maison». La formule fait florès. Pas question, ici, de donner les clefs de la maison France à Macron, Fillon ou Mélenchon. La présidente du Front national dramatise d’ailleurs à souhait: «Ces jours prochains vont nous faire passer de la nuit à la lumière. Le peuple français a soif de liberté et nous allons la lui restituer.» La mondialisation est traitée de «grand magma». La vision des autres candidats est présentée comme «post-nationale, enfermée dans la prison de l’Union européenne à laquelle on rajoute tous les jours plus de verrous».
 
On veut faire ce que la Suisse a si bien fait: se protéger. Etre chez soi
    Marine Le Pen
L’un des arguments chocs de la candidate est désormais la démocratie directe. La Suisse, qu’elle cite souvent, n’est pas évoquée cette fois, mais la promesse de référendums est réitérée. Nos voisins militants du FN se retournent aussitôt vers nous: «On veut faire ce que la Suisse a si bien fait: se protéger. Etre chez soi.» Suit une nouvelle offensive sur l'immigration: élue Présidente, la candidate FN promet de décréter «un moratoire immédiat de plusieurs semaines sur l'immigration légale pour faire le point de la situation avant de mettre en place de nouvelles règles et une nouvelle régulation beaucoup plus drastiques, plus raisonnables, plus humaines, plus gérables». La mesure n'est pas dans son programme. Le rétablissement des frontières est promis «dès le lendemain de sa prise de fonction».
 
Meeting de Marine Le Pen, Paris, le 17 avril 2017.<br />
©AP Photo/Kamil Zihnioglu
Meeting de Marine Le Pen, Paris, le 17 avril 2017.
©AP Photo/Kamil Zihnioglu

Marine, au micro, conjure son public de «ne rien lâcher». «Les Français ne sont pas les propriétaires précaires de la France», complète-t-elle en dénonçant les manœuvres de «ce beau monde du système, né tout habillé». Qu’importe si elle-même est l’héritière d’une dynastie politique, bien loin des classes populaires qu’elle affirme chérir: «On croit en Marine pour sauver la France, jure Véronique, une militante. Elle nous rendra le pouvoir. Les autres ne font que le voler.»