Présidentielle française : les Belges ne votent pas mais la suivent de près

Des affiches électorales des candidats Benoît Hamon et François Fillon, le 27 mars à Paris.
Des affiches électorales des candidats Benoît Hamon et François Fillon, le 27 mars à Paris.
(AP Photo/Francois Mori)

Les Belges se passionnent pour la campagne présidentielle française. Tour d'horizon de cet intérêt, à une semaine du premier tour de l'élection, prévu ce 23 avril 2017.

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"Tout un pays" sera bientôt suspendu aux résultats d'une élection particulièrement décisive. La France ? Non, la Belgique, où la lutte entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon ou encore Jean-Luc Mélenchon attise les passions, note l'AFP. L'issue de la présidentielle, qui aura lieu les 23 avril et 7 mai, est attendue par les Belges, en particulier côté francophone, "comme si leur propre sort en dépendait", assure Henri Goldman, le rédacteur en chef de la revue Politique. Un sondage La Libre Belgique / RTBF / Dedicated, publié le 30 mars, indique que s'ils pouvaient voter, les Belges le feraient majoritairement pour le candidat d'En Marche !, Emmanuel Macron.

C'est que l'attrait pour la chose politique française, pour des Belges qui se perdent souvent dans les méandres de leur propre système fédéral, vire parfois à "l'obsession", observe M. Goldman, dont le magazine a publié en mars un numéro spécial sur la France sous le titre "Cette république que nous avons tant aimée".

En Belgique, le Premier ministre émerge de délicates négociations entre une demi-douzaine de partis, qui peuvent durer des mois, après l'élection du Parlement au scrutin proportionnel. Au contraire de l'élection présidentielle française au suffrage universel direct. En 2017, les multiples péripéties de la campagne renforcent encore la passion des Belges pour la politique française qui remonte à des décennies. Certains Belges décident même de faire du porte-à-porte auprès des Français expatriés outre-Quiévrain :
 

Election 'par procuration'

"Les Belges entendent presque autant parler du 'Penelopegate' (qui met en cause le candidat conservateur François Fillon et son épouse Penelope) que de l'affaire Publifin", un scandale d'emplois présumés fictifs très complexe qui ébranle la classe politique wallonne depuis le début de l'année, souligne le rédacteur en chef de Politique.

Lors de ses rassemblements à Paris et Marseille, le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon pouvait compter sur le soutien de la "Wallonie insoumise", dont des membres arboraient fièrement des drapeaux frappés d'un coq rouge sur fond jaune, symbole de la région francophone du Sud du pays. Même chose lors de son meeting à Lille le 12 avril, note la rédaction de la Dernière heure : "Autre particularité de ce meeting à Lille, la présence d’une bonne centaine de Wallons ! Marc et Sophie ont fait le déplacement depuis Mons pour assister au discours de Jean-Luc Mélenchon. 'Nous avons de la famille en France ce qui explique que nous suivons cette campagne attentivement. Il faut avouer que Jean-Luc Mélenchon amène une certaine fraîcheur dans ces débats. Pourtant, cela fait longtemps qu’il baigne dans le monde politique…'"
 
Dix des onze candidats à la présidence de la République, lors du débat organisé le 4 avril 2017. De gauche à droite : Jean-Luc Mélenchon, François Fillon, François Asselineau, Jean Lassalle, Nathalie Arthaud, Marine Le Pen, Benoit Hamon, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan et Emmanuel Macron.
Dix des onze candidats à la présidence de la République, lors du débat organisé le 4 avril 2017. De gauche à droite : Jean-Luc Mélenchon, François Fillon, François Asselineau, Jean Lassalle, Nathalie Arthaud, Marine Le Pen, Benoit Hamon, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan et Emmanuel Macron.
(Lionel Bonaventure/Pool Photo via AP)
"En Belgique, on a l'impression qu'on ne sait jamais très bien ce qui va ressortir d'une élection. On a plus de mal à y voir clair qu'en France", explique à l'AFP Jean Faniel, directeur général du Centre de recherche et d'information socio-politiques (CRISP).

Un intérêt qui pousse les médias belges à organiser leur couverture comme s'il s'agissait d'élections nationales, à grand renfort de directs, de reportages et d'envoyés spéciaux. "Le public suit la présidentielle française de près, on en parle énormément. Il y a une espèce d'élection par procuration qui se joue", relève le correspondant à Paris de la télévision publique francophone RTBF, Pierre Marlet. Des télévisions belges programment des émissions spéciales pour la dernière ligne droite de la campagne présidentielle. Ainsi, RTL présente une chronique itinérante, "les Français face à leur destin", présentant les témoignages d'habitants de différentes régions françaises. La RTBF, elle, a choisi de "tendre son micro aux Français" de Marseille à Paris.

Certes, en Flandre néerlandophone (Nord de la Belgique), l'intérêt pour la culture et la politique française est généralement plus limité qu'en Wallonie francophone (Sud) et à Bruxelles. Cette dichotomie était déjà observée lors de la précédente élection en 2012. Néanmoins, les médias flamands s'intéressent à la course à l'Elysée, "peut-être même plus qu'aux récentes élections aux Pays-Bas", le voisin du nord dont ils partagent pourtant la langue, souligne Steven Decraene, journaliste à la télévision publique néerlandophone VRT, contacté en plein tournage sur la Côte d'Azur. "L'atmosphère de scandale autour de Fillon, le nouveau mouvement de Macron, les thèmes de Le Pen et le phénomène Mélenchon, cela parle beaucoup plus à l'imagination", témoigne le journaliste flamand.
 

L'humour n'est pas en reste

La présidentielle française n'est pas suivie que de manière sérieuse. A l'instar du site français parodique Le Gorafi, le site Nordpresse.be publie régulièrement des articles moquant les candidats et leur campagne. Il a par ailleurs fait croire en mars 2017 qu'il avait piégé le quotidien français Le Parisien au sujet du ralliement annoncé de Manuel Valls à Emmanuel Macron, s'immisçant alors dans la couverture de l'élection par les médias français.
 
(Capture d'écran)

Premières tendances

En outre, à chaque élection dans le pays voisin, les médias belges sont sur les chapeaux de roue, se préparant à un afflux massif d'internautes français.

N'étant pas soumis aux mêmes restrictions légales que leurs homologues français, qui n'ont pas le droit de publier la moindre tendance avant la clôture des bureaux de vote en France, ils n'hésitent pas en effet à diffuser les premières estimations dès qu'elles sont disponibles.

Lors de la primaire de la gauche qui a consacré la victoire du socialiste Benoît Hamon, le quotidien La Libre Belgique "a donné les premières tendances deux heures avant les médias français", se souvient le rédacteur en chef de son site internet Dorian de Meeûs.

Les principaux médias francophones comme Le Soir, La Libre Belgique, la RTBF ou RTL Belgique doivent d'ailleurs optimiser leurs sites pour faire face à l'affluence de lecteurs français. "Les Français savent que s'ils veulent avoir les premières tendances, ils se tourneront vers les médias belges et suisses", prédit Pierre Marlet, le correspondant de la RTBF à Paris.