Primaire socialiste : nette victoire de Benoît Hamon, le frondeur

Benoit Hamon, le 29 janvier 2017, quelques minutes après l'annonce de sa victoire
Benoit Hamon, le 29 janvier 2017, quelques minutes après l'annonce de sa victoire
(AP Photo/Francois Mori)

Le député des Yvelines, déjà arrivé en tête du premier tour de la primaire socialiste, remporte le deuxième tour devant Manuel Valls avec 58,5 % des voix. L'ancien Premier ministre, lui, recueille 41,35 % des voix

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Une victoire nette et sans bavure pour le député frondeur.
Benoît Hamon, 49 ans, est arrivé en tête pour ce second tour avec 58,5 % des voix.

Thomas Clay, le président de la Haute autorité de la primaire de la gauche a annoncé ainsi les résultats :  "Pour Benoît Hamon 58,65% des suffrages, Manuel Valls 41,35% des suffrages, les votes blanc : 9.910, les votes nuls 7.902."


Le vainqueur, sans attendre la fin de la déclaration de son adversaire,  déclarait : "Ce soir la gauche relève la tête et se tourne vers le futur. Notre pays a besoin d'une gauche moderne et innovante. Il faut écrire une nouvelle page de notre histoire. Je ne me résigne pas à la fatalité. Le revenu universel permettra de choisir le travail plutôt que de le subir. Il faudra rassembler la gauche et les écologistes. Dès lundi je proposerai à tous les participants de la primaire, mais aussi à Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon de construire une majorité."


Quelques instants auparavant, Manuel Valls, résigné,  avait félicité Benoît Hamon de sa victoire et il avait profité de l'occasion pour brosser un bilan de son action à la tête du gouvernement :

« La primaire de la gauche s'achève, les Français se sont exprimés en plus grand nombre, mais pas assez pour inverser le cours des choses si cela avait été possible", a déclaré l'ancien premier ministre. Je tiens chaleureusement à le féliciter", a-t-il dit au sujet du vainqueur.

Manuel Valls, ce 29 janvier 2017
Manuel Valls, ce 29 janvier 2017
(AP Photo/Christophe Ena)


"J'ai depuis toujours le sens de l'action collective et de la loyauté.  Il est désormais le candidat de notre famille politique je veux lui souhaiter bonne chance pour le combat qui est devant lui. Engagée dans des conditions imprévues, la bataille a été de qualité, parfois confuse, elle a offert depuis dimanche dernier des choix clairs.  Depuis 2012, nous avons fait avancer tant de choses. La gauche a su se réinventer et faire progresser le droit social. C'est ce réformisme que j'ai voulu incarner. Nous avons fait des réformes pour d'avantage de progrès, mis fin au cumul des mandats, fait le mariage pour tous, réussi l'accord climat avec la COP21, nous sommes intervenu au Mali et au Levant. L'histoire replacera notre action à la hauteur de ce qu'elle a été. Les défaites font partie de la vie politique. N'en portons aucune rancoeur. " Enfin, cette phrase lourde de sens  : " Je ne vous cache pas mon inquiétude, les germes de la décomposition politique sont bien là à gauche comme à droite" a dit l'ancien premier ministre.

Philippe Doucet, porte-parole de Manuel Valls, félicite Benoît Hamon pour sa "belle victoire" sur Europe 1. "Je suis content qu'on ait passé les 40%", précise-t-il aussi avant de promettre de faire "activement" la campagne de Benoît Hamon.

Le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis a félicité Benoît Hamon pour sa large victoire, tout en adressant ses "amitiés" au perdant Manuel Valls. Il a invité les socialistes à "l'unité" en vue de battre "la droite extrême et l'extrême-droite".

Vers 19H, deux sondages à la sortie des urnes donnaient déjà  Benoît Hamon en tête avec 58 à 60% des voix devant Manuel Valls.
Sur l'antenne de la RTBF, Pierre Marlet confirmait : "L'avance de Benoît Hamon sur Manuel Valls est considérable", affirmait l'envoyé spécial, dans le JT de la chaîne.

Au premier tour du 22 janvier, Bernard Hamon était arrivé en tête avec 36% des voix, contre 31,5% des voix pour Manuel Valls.

Le challenger socialiste a été conforté par le ralliement d'Arnaud Montebourg qui avait obtenu 17,5% des voix. Fort de cette arithmétique, des soutiens de ténors socialistes et d'une affluence aux meetings, le camp de Benoît Hamon avait la foi en la victoire.

Le chef de l'État qui a renoncé le 1er décembre à briguer un second mandat à l'Élysée, n'a pas pris part au scrutin de la primaire organisée par le PS. Dimanche dernier, à l'occasion du premier tour, il était en visite officielle au Chili.

Les supporters de Benoît Hamon, au moment de l'annonce des résultats
Les supporters de Benoît Hamon, au moment de l'annonce des résultats
(AP Photo/Francois Mori)

Participation en hausse


À la mi-journée, les organisateurs  annoncaient des chiffres en forte hausse avec 567.563 personnes sur 75% des 7.530 bureaux de vote. Au premier tour, seules 400.000 personnes s'étaient déplacées à la même heure.

Le programme du candidat Hamon


S'il est élu président de la république, Benoît Hamon supprimera la Loi Travail.  Selon lui, cette loi "a été faite uniquement pour les gens qui sont heureux d'aller bosser le matin». Lorsque la loi avait été adoptée, il s'était déjà montré très critique, estimant que «avec la Loi Travail, on travaillera plus en gagnant moins", et que de plus ces baisses de salaires n'entraîneront pas de créations d'emplois. 

Benoit Hamon propose deux solutions  pour faire face à la " révolution numérique", qui va "raréfier le travail " : la réduction du temps de travail et, surtout, l’instauration d’un revenu universel de base.

Sa mise en place de ce revenu se ferait progressivement. Dans un premier temps, le RSA serait augmenté de 10 %, à 600 euros mensuels, alors qu'en parallèle un revenu d’existence serait versé à tous les jeunes. Dans un deuxième temps, une "conférence citoyenne" serait organisée pour fixer le périmètre et le calendrier de cette réforme.

Le parcours de Benoît Hamon

(AP Photo/Francois Mori)

Âgé de 49 ans, ce Breton a été député européen entre 2004 et 2009. Mais c'est surtout en 2008 que le grand public le découvre lorsqu'il est nommé porte-parole du PS par Martine Aubry. A l'époque déjà, il déclarait : "J'essaie d'être le porte-parole d'abord des militants socialistes, et surtout de ce que je ressens être aujourd'hui comme les besoins des classes populaires et des classes moyennes."

Militant pour le syndicat étudiant UNEF dans les années 80, Benoît Hamon, a aussi été le premier président du Mouvement des Jeunes socialistes en 1993. Un passé qui pourrait bien peser dans la balance, car déjà, beaucoup de socialistes de la base ont décidé de lui apporter leur soutien.

Le dimanche 22 janvier, Benoît Hamon prenait la parole à son QG de campagne : "En me plaçant en tête, vous avez adressé un message clair d’espoir et de renouveau, le désir d’écrire une nouvelle page"

Ce dimanche 29 janvier, le frondeur du Parti Socialiste a gagné son pari.