Procès Bhutto au Pakistan, l'ex-président Musharraf déclaré fugitif

Procès musharraf bhutto
Commentaire de Julien Muntzer

Le 27 décembre 2007, l'ex-Premier ministre Benazir Bhutto succombait à la suite d'un attentat-suicide. Dix ans plus tard, la justice ne retient  plus qu'un suspect :  l'ex-président Pervez Musharraf. Soigné à Dubaï, il a été déclaré fugitif par la justice de son pays. 

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La justice pakistanaise a rendu jeudi son tout premier verdict sur l'assassinat de l'ex-Premier ministre pakistanaise Benazir Bhutto en 2007 : cinq suspects ont été relâchés et son rival d'alors en politique, l'ex-président Pervez Musharraf, est qualifié de "fugitif".

Le tribunal a également ordonné que soient confisqués les biens de l'ancien dirigeant militaire. Inculpé en 2013 dans cette affaire, il fait désormais office de seul suspect. Les experts notent cependant que le verdict ne permet pas de faire la lumière sur une affaire qui remonte à près de dix ans.

27/12/2007

Deux fois élue Premier ministre du Pakistan, et première femme de l'ère contemporaine à avoir dirigé un pays musulman, Benazir Bhutto avait été assassinée dans un attentat-suicide à Rawalpindi le 27 décembre 2007. Selon la version la plus communément acceptée, un assaillant lui a tiré dans le cou après un meeting avant de déclencher sa charge explosive à proximité de son convoi, tuant 24 autres personnes. Le kamikaze, identifié par l'enquête pakistanaise, était un adolescent de 15 ans originaire du Waziristan du Sud, fief des rebelles islamistes.

Le "fugitif"

Pervez Musharraf avait quitté son pays en mars 2016 pour des soins médicaux à Dubaï en promettant de revenir ensuite affronter ses juges. Il ne s'est pas exécuté jusqu'ici. "Musharraf a été déclaré fugitif", a dit à la presse un porte-parole du tribunal devant la prison d'Adiala à Rawalpindi, où s'est déroulée l'audience ce jeudi 31 août.
 

En 2010, l'ONU a accusé dans un rapport le gouvernement de Musharraf de ne pas avoir fourni une protection adaptée à Mme Bhutto, soulignant que sa mort aurait pu être évitée. Pervez Musharraf dément avoir joué un rôle dans les évènements ayant entraîné l'attentat qui avait semé le chaos des mois durant dans le pays.

Après l'assassinat, son régime avait aussitôt accusé le chef des talibans pakistanais à l'époque, Baitullah Mehsud. Ce dernier, qui avait démenti toute implication, a été tué par un drone américain en 2009. La fille de Mme Bhutto, Aseefa Zardari, a réagi au verdict en estimant sur Twitter qu'il "n'y aura pas de justice tant que Pervez Musharraf ne répondra pas de ses crimes".

Son fils Bilawal l'a trouvé "décevant et inacceptable", et a fustigé la libération "injuste mais aussi dangereuse" de "terroristes". Son parti, le PPP, va étudier des recours.

La cour a par ailleurs acquitté cinq suspects en détention, de jeunes islamistes présumés proches du kamikaze et écroués peu après l'attentat. Ils devraient être libérés à une date encore inconnue. L'avocat de trois d'entre eux, Jawad Khalid, a déploré qu'ils aient été "détenus pendant neuf années et 8 mois pour rien... Mais nous remercions Allah qu'ils aient été déclarés innocents", a-t-il ajouté.

La police en cause

Deux responsables locaux de la police ont, quant à eux, été condamnés jeudi à 17 ans de prison chacun et 500 000 roupies (4000 euros) d'amende "pour leur mauvaise gestion de la scène du crime". Il est reproché au chef de la police de Rawalpindi, Saud Aziz, et à son adjoint, Khurram Shahzad, de ne pas avoir assuré la sécurité de la candidate et d'avoir fait laver les lieux de l'attentat au karcher, moins de deux heures après les faits.

Le mystère reste entier

Le meurtre de Mme Bhutto était survenu deux mois après son retour d'exil à la faveur d'un pacte de partage du pouvoir avec Pervez Musharraf, auquel elle avait rapidement renoncé.
 

Sous la houlette du veuf de Mme Bhutto, Asif Ali Zardari, élu président en 2008, le Parti du peuple pakistanais (PPP) avait entamé des poursuites contre Musharraf. Le puissant général avait été mis en examen en août 2013, une première pour un ex-chef d'Etat major pakistanais, donnant un temps l'impression que l'armée, qui a dirigé le Pakistan pendant la moitié de sa courte histoire, n'était plus au-dessus de la justice. Mais en 2016, Pervez Musharraf s'était installé à Dubaï. 

Pour l'expert politique Hassan Askari, le jugement de jeudi "ne répond pas à la question de savoir qui l'a véritablement tuée, les talibans ou Musharraf". En raison de "la faiblesse de l'accusation, le mystère reste entier", souligne-t-il.