Processus de paix en Colombie : craintes et rêves de trois réfugiés politiques

Humberto de la Calle (droite), chef négociateur du gouvernement colombien, et Ivan Marquez (gauche), chef négociateur des Farc, le 24 août 2016. 
Humberto de la Calle (droite), chef négociateur du gouvernement colombien, et Ivan Marquez (gauche), chef négociateur des Farc, le 24 août 2016. 
AP Photo/Desmond Boylan

Le gouvernement colombien et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche) sont arrivés à un accord de paix, après plus de cinquante ans de conflit armé. Il a été annoncé en grande pompe mercredi 24 août à La Havane, lieu des négociations. Fin mars, le ELN (Ejército de liberación nacional) annonçait à son tour le début d’un processus de paix. L’aboutissement d’un long cheminement et le début d’un nouveau suscitent l'enthousiasme, mais aussi de nombreuses interrogations.

dans
La fin des négociations est déjà une réussite en soi. Mais on est encore loin de la signature. Le texte doit être signé par le président colombien Juan Manuel Santos et par le chef des FAR, Rodrigo Londoño, alias Timochenko. L’endroit précis de la signature est encore en cours de négociation. Mais elle aura certainement lieu à Bogota, la capitale. Et pour enter en vigueur, l'accord doit être ratifié par les électeurs, appelés à se prononcer en faveur ou contre le 2 octobre prochain. Autant dire, que la signature n’est pas garantie puisque les secteurs conservateurs opposés à celui-ci sont très mobilisés. 
 
Lors de cette annonce historique le président Santos a déclaré : « Aujourd’hui commence la fin des souffrances ». Effectivement, signer un accord de paix avec les Farc, puis avec le ELN, le deuxième mouvement armé de la Colombie, revient à mettre fin aux guérillas dans toute l’Amérique latine. C’est « renouer complètement avec la démocratie », annoncent les observateurs colombiens. C’est aussi écrire une nouvelle page de l’Histoire. Mais qui va l’écrire et pour qui ? C’est la question que se posent Rodrigo Restrepo, Hernando Franco et Gloria Cala. Leurs vies on été déchirées par l’exil. Leur histoire est aussi celle de ce pays.

Un départ précipité

En 1982, Rodrigo Restrepo est sur le point de sortir de prison. Cela fait deux ans qu’il est enfermé. Militant du M-19 (guérilla de type urbaine née de la protestation contre une fraude électorale ; un de ses anciens dirigeants, Gustavo Petro, a été maire de Bogotá), il avait été arrêté aux côtés de son frère deux ans auparavant, lors d’une opération militaire. Sa sœur n’a pas eu cette chance. Elle a été assassinée, son corps a disparu. La jeune militante n’avait que 19 ans, Rodrigo un an de plus et leur frère en avait 24.
Rodrigo Restrepo milite pour la reconnaissance des réfugiés colombiens.
Rodrigo Restrepo milite pour la reconnaissance des réfugiés colombiens.
Florencia Valdés
Sans procès ni jugement, les deux frères sont enfermés. C’est l’aîné qui est libéré en premier : « Ils l’ont laissé en liberté une première fois, ont essayé de le faire disparaître, l’ont remis en prison. Mais grâce à une forte pression, ils l’ont laissé finalement partir. Ma mère est venue le chercher. Il a eu à peine le temps de lui dire que j’étais en danger. Quelques minutes après il était assassiné ». Deux balles dans le dos. Les responsables ? Un groupe de paramilitaires se faisant appeler « Muerte a los secuestradores » (Mort aux ravisseurs). Chemise noire, cheveux poivre-sel, Rodrigo Restrepo déroule son récit calmement.
 
« C’était un choix cornélien pour moi, poursuit-il, rester, continuer ou partir pour épargner une nouvelle peine à ma famille. Finalement, le second était le seul choix que j’avais car l’Etat nous a clairement dit qu’il ne pouvait pas garantir ma sécurité.» Pendant quelques jours, un colonel de l’armée l’escorte et l’accompagne jusqu’à la porte de l’avion qui l’amènera jusqu’à Paris.
 
Pour Hernando Franco, né en novembre 1943 à Barranquilla, dans les Caraïbes colombiennes, le départ a été tout aussi brutal. Des difficultés économiques forcent la famille, issue de la petite bourgeoisie locale, à migrer à Bogotá où le jeune homme fera son éducation politique. C’est le marxisme bouillonnant latino-américain des années 1960 qui le conforte dans ses opinions. Il devient militant et s’allie au mouvement paysan dans le conflit armé né d’une confrontation entre les petits exploitants et l’Etat, qui soutient les grands propriétaires terriens. Plus tard la problématique de la drogue viendra compliquer l’équation.

Nous étions arrivés à une impasse.
Hernando Franco
Dans les années 1970, il fait le choix d’un premier exil intellectuel : « Nous étions arrivés à une impasse. J’avais besoin de lire tout ce que je n’avais pas pu lire auparavant. Je suis parti en France ».  Séduit par les intellectuels français de l’époque, il n’a pas longtemps hésité. Il s’inscrit à l’université à Paris, fait des études d’économie, s’instruit et rentre en 1974 pour donner un nouveau souffle « à la lutte » : « Je devais former les cadres. Mais quand on doit se défendre en permanence, il est impossible de former qui que ce soit », sourit-il.
 
Vient la fatidique année 1982. Professeur à l’université et membre du parti Démocratie populaire (gauche révolutionnaire), il est sur le point de vivre un cauchemar. Le 18 décembre, il apprend que son parti- et lui, donc- est accusé d’avoir violé, torturé et assassiné Gloria Lara. Une jeune fonctionnaire enlevée cinq mois auparavant.

Se déchaîne alors une tempête médiatico-judiciaire qui laisse peu de chances aux militants injustement accusés. Injustement, car un haut magistrat déterminera ultérieurement que les membres du parti pointés du doigt ne peuvent pas être jugés coupables. Des investigations indépendantes montreront que l’affaire est montée de toutes pièces : des aveux ont été obtenus sous la torture. Mais le mal est fait. La photo de Hernando est à la une de tous les journaux. « C’était une campagne de dénigrement contre tous les mouvements de gauche afin de faire capoter les négociations en cours avec le M-19 ». Cette fois-ci, l’exil est contraint. Hernando Franco confie ses enfants à des proches et quitte la Colombie clandestinement avec sa compagne pour la France. Ils croyaient que c’était temporaire.
 
L’histoire de Gloria Cala est récente mais tout aussi ancienne. Son compagnon, Erik, est le fils d’une militante du M-19, Nydia Erika Bautista. Victime des disparition forcées, en 1987, elle a été assassinée. Erik n’avait que 13 ans à l’époque. Depuis, son envie de trouver la vérité n’a pas faiblit. Il poursuit sa quête au sein de la fondation qui porte le nom de sa mère.

Notre foyer est devenu vulnérable
Gloria Cala
Avocate, militante des droits de l’Homme et féministe, Gloria Cala – cheveux bouclés et mains croisées sur la table - a fait sienne cette cause. Les intimidations et le danger constant, elle connaît. Mais il y a trois ans, une goutte fait déborder le vase. Des individus entrent par effraction chez eux : « Ils n’ont pris qu’un ordinateur, un camescope et un disque dur externe, rien d’autre. Ils ne s’étaient même pas embêté à faire semblant. Ces derniers jours, le harcèlement avait gagné en intensité : des filatures, interception de communications… Notre foyer était devenu vulnérable ».
 
« Avec Erik on a fait le choix de partir en Allemagne parce que nous savions que ces signes ne laissaient présager rien de bon. C’est son troisième exil, explique-t-elle d’une voix ferme. Toute sa famille était rentrée, il y a une dizaine d’années, pour poursuivre le combat qu’elle avait commencé à l’étranger. Mais l’Etat ne pouvait pas garantir notre sécurité. Même si quelques mesures avaient été mises en place ».

Une arrivée douloureuse

Rodrigo Restrepo choisit la France, qui vient d’élire François Mitterand. Le pays des droits de l’Homme est désormais gouverné par la gauche socialiste. Le choix de Paris était donc évident, d’autant que quelques connaissances y étaient déjà installées. Mas l’atterrissage ne se fait pas en douceur. Le jeune homme arrive brisé à Paris : « Je n’avais même pas pu assister aux funérailles de mon frère ». Sa femme - militante également- avec qui il s’était marié en prison est restée derrière les barreaux.
 
C’est un foyer de la Cimade, en région parisienne, qui deviendra son chez lui. C’est là où il commencera les démarches pour obtenir le statut de réfugié politique ainsi que le long cheminement d’adaptation. Sa femme est libérée en décembre 1982 (voir encadré) à la faveur d’une amnistie et le rejoint illico. Il commence peu à peu à apprendre le français, à nouer des liens avec les Colombiens de la capitale. Un an après, il s’inscrit à Paris VIII « presque par hasard » : « J’avais commencé des études techniques à Bogotá. Je me suis donc orienté vers une formation très novatrice à l’époque : l’informatique. » Entre les petits boulots, les études, et la vie de couple, le jeune homme recolle doucement les morceaux. « Ma compagne est tombée enceinte. L’arrivée de notre premier enfant a été clé dans notre reconstruction ». 

Hernando Franco "La paix sera signée mais on la payera au prix fort".
Hernando Franco "La paix sera signée mais on la payera au prix fort".
Florencia Valdés
Veste en tweed, lunettes sur le nez, Hernando Franco se souvient aussi avec beaucoup d’émotion de ce foyer de la Cimade. Il y a été accueilli avec sa compagne et ses trois enfants, qui les ont rejoints quelques mois après leur arrivée. Entre-temps, la campagne de dénigrement se poursuit de l’autre côté de l’Atlantique : « Une certaine presse écrivait que nous avions la belle vie à Paris, alors qu’on vivait dans une petite pièce et que nous lavions le linge dans un lavabo ».
 
L‘universitaire dit tenir le coup, mais il perd ses cheveux par poignées. Il a pourtant un atout : il connaît la langue. Ce qui facilite les procédures et tout simplement la reprise d’une vie « normale ». Mais normale, elle ne pourra pas l’être car la possibilité du retour s’envole de jour en jour. L’Union patriotique (UP), un autre groupe de gauche, venait de signer un accord avec le gouvernement, tout de suite après, la plupart de ses militants ont été assassinés par des paramilitaires. La violence politique est à son comble.

Les Colombiens sont la deuxième population de réfugiés dans le monde
Gloria Cala
Si le départ de Gloria Cala, de son compagnon et de leur fille a été précipité. Le voyage a été quelque peu organisé. La fondation Nydia Erika Bautista venait de recevoir le prix franco-allemand des droits de l’Homme. Salarié de l’ONG, le couple a pu bénéficier de l’aide allemande pour s’installer à Hambourg. Un soulagement car la tranquillité de leur fille, venue avec eux, était aussi en jeu. La sérénité est un combat : « Malheureusement, on a tendance à oublier que les Colombiens sont la deuxième population de réfugiés dans le monde, juste après les Syriens. Quand vous partez comme nous l’avons fait, vous ne faites pas vos adieux comme il se doit,  vous n’enclenchez pas cette démarche psychologique qui vous permet de vous installer ailleurs. Au contraire, vos deux pieds restent fermement plantés chez vous. J’ai beaucoup travaillé avec les victimes de déplacement forcé en Colombie, le vivre soi-même est très éprouvant ».
 
Leur réalité va bientôt se confronter à une réalité géopolitique : l’arrivée en masse de réfugiés en Allemagne. « Vivre dans sa chair l’exil est un défi énorme. Pour nous, le processus a été évidemment compliqué. Mais nous, nous avons été accueillis, contrairement à tous ces réfugiés qui n’ont pas eu la même chance malgré une véritable mobilisation des citoyens », se désole l’activiste.

Le militantisme à distance

Une fois installés, tous trois continuent leur militantisme en Europe. « Nous avons mis en place une sorte de diplomatie parallèle pendant les années 1980. Des liens ont été noués avec des responsables du gouvernement de l’époque, qui recevaient des représentants du M-19 quand ils passaient par Paris. En 1989, un accord est signé, une nouvelle Constitution est rédigée. Un retour est envisageable », se souvient Rodrigo Restrepo. C’est ce qu’il a fait. Après dix ans d’absence, il rentre à Bogotá.
 
« La rencontre avec la famille a été très émouvante, poursuit-il. Nous avons revu des collègues qui intégraient la vie politique. C’était un moment très intéressant. Mais la sécurité laissait encore beaucoup à désirer. Ce voyage était aussi pour évaluer nos possibilités ». Il décide de rentrer en France, comme prévu, surtout car rester revenait à entrer dans une logique clientéliste pour obtenir un poste dans tel ou tel ministère.
 
Ce n’était pas dans ses projets,  il venait de finir ses études et pouvait exercer son métier d’ingénieur, à Paris, où il avait construit sa nouvelle vie. D’ailleurs, des amis lui avaient fortement déconseillé de rester car la situation empirait de jour en jour : « Peu à peu le M-19 a fini par disparaître. On s’est concentré ici en France sur la défense des droits de l’Homme en Colombie. »
 
Hernando Franco a fait de même en participant au comité France-Colombie. Lui aussi ingénieur, père de famille et membre actif de la société civile, il n’a pas le temps de parler. Il taira son histoire pendant trente ans jusqu’à l’annonce d’une négociation de paix avec les Farc en 2012 « par pudeur, pour ne pas accabler la famille ».
Gloria Cala craint pour l'avenir de la population la plus vulnérable après la signature des accords de paix.
Gloria Cala craint pour l'avenir de la population la plus vulnérable après la signature des accords de paix.
Florencia Valdés
 
Quant à Gloria Cala, elle a pris le temps « d’atterrir » avant de se remettre à l’activité militante : « Nous avons monté une petite association pour sensibiliser les Allemands à la réalité colombienne. Au départ, nous avons eu d’énormes difficultés à mobiliser, parce que l’opinion publique est convaincue que tout va bien aujourd’hui en Colombie. Ce qui est faux. C’est l’image de pays en tant que destin touristique très prisé qui fausse la réalité. Certes la Colombie est magnifique, mais il ne faut pas oublier que le tourisme est une industrie et que des intérêts économiques sont à l’oeuvre pour dire que tout va bien ». Deux ans après un modeste début, elle voit arriver en Allemagne des informations plus diverses qui remettent en cause le récit tissé par les pouvoirs publics.

Un processus de paix violent

«Nous avons perdu la bataille idéologique depuis les années 1980, regrette Hernando Franco. La population colombienne est profondément divisée : une moitié est farouchement opposée à la paix et l’autre moitié est profondément passive. Je suis persuadé qu’un accord sera signé. Je pense aussi qu’on payera le prix fort : il y aura beaucoup de morts parce que cet accord arrive à un moment où les citoyens ne sont pas prêts à se réconcilier ».
 
Portée par l’ancien président, le très conservateur Alvaro Uribe, l’opposition aux accords de paix estime que les crimes commis par les guérilla  des FARC et l’ELN resteront impunis. Pis, ils pourront intégrer la vie politique et prendre le pouvoir.
 
Les centaines de pages de négociation décrivent une réalité bien plus compliquée et dessinent tous les défis de la paix que Gloria Cala énumère : « La signature de la paix implique une augmentation des exportations et de l’exploitation de zones restée vierges jusqu’ici car ce sont des zones à haut risque. Qui peux garantir que cela va bénéficier aux plus vulnérables par qui le conflit a commencé ? Le même raisonnement s’applique à l’extraction du charbon, de pétrole, d’or aux plantations d’huile de palme. Toutes ces activités économiques dégradent l’environnement et génèrent des déplacements forcés. L’Etat doit garantir que les plus pauvres ainsi que l’environnement soient à l’abri, tout comme il doit garantir que les torts du passé ne se reproduisent pas [c’est un des points principaux des négociations, la question des victimes et des réparations sont également des sujets épineux] ».
 
Quand Gloria Cala parle de non répétition, elle pense aux persécutions politiques qui se sont finies en un bain de sang dans le début des années 1990 à la suite de signatures d’accords de paix : « Et même si on y arrivait, les forces militaires devraient être totalement remaniées [des dizaines de militaires sont accusés d’avoir commis des exactions, des exécutions extrajudiciaires] la restitution des terres garantie. Clairement, si le conflit agricole et le para-militarisme subsistent, la paix ne sera pas aboutie. Nous aurons besoin de nombreuses années ».
Le 15 février 2013 des centaines de Colombiens manifestaient contre les Farc qui venaient de libérer deux officiers de police, capturés quelques semaines auparavant. La question des enlèvements est un point très sensible qui crispe la population.
Le 15 février 2013 des centaines de Colombiens manifestaient contre les Farc qui venaient de libérer deux officiers de police, capturés quelques semaines auparavant. La question des enlèvements est un point très sensible qui crispe la population.
AP Photo/Fernando Vergara

La paix se construit aussi à l’étranger

Le problème c’est que le président Santos et les représentants des Farc ont encore de nombreux obstacles à surmonter. La droite conservatrice qui fait tout pour faire capoter les accords est déjà en ordre de marche. « D’où l’importance de s’organiser », affirme Rodrigo Restrepo.
 
L’élection du président colombien en 2010 coïncide presque avec le moment où Hernando Franco prend sa retraite, il vient de quitter son poste de professeur à l’université de Versailles : « C’est alors que nous avons décidé de sortir de notre passivité. En dépolitisant notre point de vue, nous avons réussi à fédérer des Colombiens résidant en Europe car il est essentiel que la diaspora participe à construire une culture de paix. Cette culture est totalement inexistante en Colombie. Personne ne s’étonne d’apprendre que des personnes ont été tuées à coups de tronçonneuse. ‘Ils l’avaient certainement cherché’, on vous répond ».
 
Pour faire bouger les mentalités, ils mettent en place le Festival pour la paix en Colombie qui a fêté cette année sa troisième édition. De même, des Colombiens dans toute l’Europe s’organisent pour faire connaître les négociations et pour faire appel au Parlement européen afin qu’il s’engage dans la construction de la paix.

« Peu à peu, on commence à accepter que tous les Colombiens de l’étranger représentent une richesse sans pour autant reconnaître leur statut d’exilés. Ils ont fait des études, appris des langues, certains ont même été élus dans leurs communes. Nous allons avoir besoin de toutes les forces possibles pour soigner les blessures. Nous avons déjà fait l’expérience de processus qui ont échoué. Nous avons peur de faire face à une nouvelle frustration. Les signes néfastes se manifestent déjà [ces derniers mois, de nombreux militants des droits de l’Homme ou de l’environnement ont été menacés ou assassinés. 534 activistes politiques ont été tués entre 2011 et 2015]. La signature des accords est irréversible. L’espoir et la crainte s’entremêlent », soupire Rodrigo Restrepo.
Sur cette photo, des Colombiens prennent la pose avec les photos de leurs proches disparus. Le conflit armé a fait plus de 25 000 disparus et plus de 100 000 morts.
Sur cette photo, des Colombiens prennent la pose avec les photos de leurs proches disparus. Le conflit armé a fait plus de 25 000 disparus et plus de 100 000 morts.
Erik Arellana.

Le retour ?

« Avec le président Uribe (2002-2010), l’espoir d’un quelconque dialogue était éteint. L’arrivée de Santos a soulevé un grand enthousiasme à l’étranger, bien plus qu’en Colombie, où les médias parlent très peu du processus de paix, et quand ils le font c’est pour le discréditer. 10% des Colombiens habitent à l’étranger et la plupart sont le pur produit du conflit [Au moins 6 millions, selon l’ONU]. La signature d’un accord revient à nous dire que nous pouvons rentrer, que nous pouvons cesser de craindre pour la vie de nos familles », raconte Rodrigo Restrepo sans pour autant être sûr de vouloir rentrer après tant d’années.
 
Florencia Valdés pour TV5 Monde.

Hernando Franco voudrait retrouver les odeurs de sa natale Barranquilla, les odeurs des Caraïbes. Ce n’est pas pour autant qu’il a déjà fait ses valises. Les plaies de Gloria Cala sont, elles, encore béantes. Si le retour reste très présent dans son esprit, elle a une approche beaucoup plus apaisée depuis qu’elle ne doit plus constamment s‘inquiéter de sa sécurité : « L’exil est une invitation à revoir ses engagements politiques, connaître ce qui se joue dans d’autres pays. Nous avons beaucoup de chance, nous avons fait un pari et je pense avoir fait le bon choix. Cette parenthèse qui nous a été imposée nous a permis de nous faire une place dans le cœur de chacun, de ma fille, de mon compagnon. Notre famille s’est retrouvée. Et ça, personne ne peut nous l’enlever ». Ses yeux se voilent, sa voix faiblit. Elle se reprend et affiche de nouveau le sourire qui ne la quitte pas.
 
 
Les accords en quelques dates

1984-1990 Une première tentative de négociations entre les FARC et le gouvernement colombien se déroule sous la présidence de Belisario Betancur. Un an après, la guérilla et le Parti communiste fondent l’Union patriotique (UP). Cette nouvelle formation politique devient très populaire. Trois mille militants sont assassinés. Les négociations échouent.

1990 La troisième guérilla du pays, le M-19, se démobilise. Ses militants sont intégrés à la vie civile et politique. 

1992,1998,199, 2002… De nouvelles tentatives échouent.

2016 La signature des accords avec les Farc est prévue pour cette année, juste après le référendum du mois d'octobre. Le processus avec l’ELN ne fait que commencer.