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Proche-Orient : l'escalade de la violence inquiète l'ONU

Tensions jérusalem
Commentaire Laure de Matos

Reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël ne change rien à l'engagement américain dans le processus de paix au Proche-Orient, assurait hier l'ambassadrice américaine aux Nations unies. La communauté internationale, pourtant, s'inquiète des risques de violences et d'affrontements. 

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Dans les territoires palestiniens, les affrontements succèdent à la colère depuis la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par les Etats-Unis, qui suscite l'indignation dans de nombreux pays du monde. Samedi à l'aube, deux activistes palestiniens ont été tués dans un raid aérien contre une base de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, à Nousseirat, selon un responsable du Hamas. La veille, une quinzaine de Palestiniens avaient été blessés dans les raids israéliens. "En réponse aux tirs de roquettes vers le sud d'Israël, des appareils de l'armée de l'air ont visé deux usines de fabrication d'armes, un entrepôt d'armes et un complexe militaire de l'organisation terroriste Hamas", a dit l'armée. En Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l'armée israélienne depuis 50 ans, des manifestants ont de nouveau affronté samedi matin des soldats israéliens à Bethléem. Des jeunes Palestiniens ont lancé des pierres contre les militaires qui ont tiré des gaz lacrymogènes. 

Escalade violente             

Cet accès de violences est survenu après la décision mercredi du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël et de transférer à l'avenir l'ambassade américaine de Tel-Aviv à la Ville sainte, un geste en rupture avec des décennies de diplomatie américaine et internationale. Jérusalem, avec ses lieux saints juifs, chrétiens et musulmans, constitue un sujet passionnel. Depuis la création d'Israël en 1948, la communauté internationale n'a pas reconnu Jérusalem comme capitale et considère que le "statut final" de la ville doit être négocié entre Israéliens et Palestiniens. Israël occupe Jérusalem-Est depuis 1967 et a proclamé tout Jérusalem sa capitale "éternelle et indivisible". Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

En solidarité avec les Palestiniens, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi dans plusieurs pays contre l'initiative de M. Trump, applaudie par ailleurs par la classe politique israélienne. Sans être pour l'instant massive, la mobilisation nourrit les craintes internationales que M. Trump n'ait ouvert la boîte de Pandore. L'ONU est "particulièrement inquiète des risques d'une escalade violente", a déclaré vendredi soir Nickolay Mladenov, coordonnateur spécial de l'ONU pour le processus de paix, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité à New York.
La décision de M. Trump "ne favorise pas la perspective de paix dans la région" et "n'est pas conforme aux résolutions du Conseil de sécurité", ont affirmé les ambassadeurs de France, Royaume-Uni, Italie, Suède et d'Allemagne à l'ONU.        

Rejeter les sermons                  

Rejetant "les sermons et les leçons", l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley a répété que M. Trump n'avait "pas pris position sur les limites ou les frontières". Elle a assuré que les Etats-Unis, plus que jamais isolés, restaient engagés dans le processus de paix israélo-palestinien, au point mort depuis 2014. Pour les dirigeants palestiniens, la reconnaissance par M. Trump de Jérusalem comme capitale d'Israël préempte les négociations sur le statut de la ville et empêche les Etats-Unis d'assumer leur rôle historique de médiateur dans le processus de paix. En annonçant sa décision, M. Trump a dit qu'il envoyait prochainement son vice-président Mike Pence au Proche-Orient.

Mais le grand imam d'Al-Azhar, influente institution de l'islam basée au Caire, a annulé sa rencontre avec M. Pence prévue en Egypte le 20 décembre et un cadre du parti Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que le vice-président américain n'était "pas le bienvenu en Palestine". En Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan tente de s'imposer comme le héraut de la cause palestinienne en organisant la semaine prochaine un sommet de l'Organisation de coopération islamique (OCI) à Istanbul.