Culture

Quand les enfants syriens apprennent le français en s'amusant

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Reportage de C.François

De jeunes réfugiés syriens suivent des ateliers ludiques de langue française animés par des bénévoles dans un collège de Montréal. Leurs parents, eux, pensent aussi à reprendre une formation pour rester au Canada, loin de leurs pays où une partie de leur famille vit toujours. 

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Devant le tableau noir, une craie à la main, les petites Pardi et Ayda, 9 et 8 ans, s’amusent avec plaisir au jeu du pendu. « Brouillard, toutefois, sang », les jeunes Syriennes jouent avec les mots de la langue française qu’elles apprennent depuis leur arrivée au Québec, il y a moins d’un an.

Pardi et Ayda ont quitté Alep en 2013 avec leurs familles, pour trouver refuge à Montréal en mai et juin 2015 après un passage de 15 mois à Beyrouth, au Liban. 

Pardi et Ayda, 9 et 8 ans, s’amusent avec plaisir au jeu du pendu. 
Pardi et Ayda, 9 et 8 ans, s’amusent avec plaisir au jeu du pendu. 
©C.François /TV5MONDE
Depuis, les deux petites ont été intégrées dans des classes d’accueil où elles apprennent le français. Mais elles suivent aussi, depuis fin février, des ateliers donnés tous les samedis par des bénévoles de l’organisme arménien "Hay Doun" afin de les aider à apprendre le français par le biais de jeux. Une démarche parallèle à la francisation à l’école qui offre un cadre ludique favorable à l’apprentissage.
 

Apprendre le français en s'amusant

« Ce programme est né d’une vision que nous avions pour les réfugiés que nous parrainons, explique Nayiri Tavlian, présidente d’Hay Doun. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose pour mettre sur pied un réseau, un programme, pour aider ces jeunes à aimer la langue française qui est très différente de la leur. Ce programme a été mis en place pour que des Québécois puissent aider les jeunes réfugiés à aimer la langue française et à apprendre à la maîtriser ». 
 
Gabriella Djerrahian, la coordonnatrice du programme, rajoute : « on voulait plutôt miser sur l’aspect social, l’aspect agréable d’apprendre la langue et de rencontrer des Québécois et des Québécoises qui leur permettent de développer leurs connaissances de la langue française dans un cadre beaucoup plus relax que l’encadrement scolaire. »

"<em>On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose (...) pour aider ces jeunes à aimer la langue française, qui est très différente de la leur</em>", raconte Nayiri Tavlian, présidente de l’organisation Hay Doun. 
"On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose (...) pour aider ces jeunes à aimer la langue française, qui est très différente de la leur", raconte Nayiri Tavlian, présidente de l’organisation Hay Doun. 
©C.François/TV5MONDE

Dans la salle de classe mise gracieusement à disposition par le collège Vanier de Montréal (d’autres ateliers se tiennent aussi au collège Montmorency de Laval) résonnent en effet les rires et les cris d’une dizaine de petits réfugiés syriens. Ici, on apprend dans la joie et la bonne humeur la langue de Molière.
 
Le programme a bénéficié d’un soutien de taille avec la participation bénévole d’une conseillère pédagogique du ministère de l’Education, Isabelle Anne Beck, qui a offert aux bénévoles des références et des outils pédagogiques pour les aider à donner les ateliers. « Ce programme est très enrichissant : pour tous les intervenants, déclare Isabelle Anne Beck, pour les bénévoles qui apprécient ce contact avec les enfants et les familles, pour les parents qui mesurent l’évolution de leurs enfants dans leur intégration linguistique et sociale et, pour les enfants aussi bien sûr ». 

Dans la salle de classe du collège Vanier, on apprend dans la joie et la bonne humeur la langue de Molière.
Dans la salle de classe du collège Vanier, on apprend dans la joie et la bonne humeur la langue de Molière.
©C.François/TV5MONDE


Intégration par l'apprentissage du français

Pendant que leurs enfants suivent les ateliers, les parents attendent dans une autre classe. L’organisme est en train d’examiner la possibilité de leur offrir également des ateliers d’apprentissage du français. Parmi ces parents se trouvent Nanor Yenovkian  et Tamar Arabatlian, les mamans de Pardi et Ayda. 
 
Les deux jeunes femmes se connaissent depuis longtemps, elles allaient à l’école ensemble à Alep. Leurs deux familles font partie des quelque 1 400 réfugiés syriens que l’organisme Hay Doun a parrainé depuis novembre 2014 pour s’installer au Québec. 
 
« Nous sommes très contentes de vivre ici », dit Nanor. « Oui, renchérit Tamar, on aime la vie ici. L’hiver ce n’est pas si dur pour nous. Nos filles aiment la neige, ce n’est pas un gros problème. Je remercie le Canada et le Québec pour la chance qu’ils nous ont donnée de vivre ici ». Nanor et Tamar ont, elles aussi, suivi des cours de francisation.

Tamar Arabatlian et Nanor Yenovkian se connaissent depuis longtemps. Elles allaient à l’école ensemble à Alep. Les deux familles font partie des quelque 1 400 réfugiés syriens que l’organisme Hay Doun a parrainé depuis novembre 2014. 
Tamar Arabatlian et Nanor Yenovkian se connaissent depuis longtemps. Elles allaient à l’école ensemble à Alep. Les deux familles font partie des quelque 1 400 réfugiés syriens que l’organisme Hay Doun a parrainé depuis novembre 2014. 
©C.François/TV5MONDE

Nanor, qui était graphiste quand elle vivait en Syrie, veut retourner suivre une formation de technique d’éducation à l’enfance. Tamar, elle, travaillait comme réceptionniste dans un hôtel et veut également suivre une formation professionnelle ici.

Leurs maris ont trouvé des petits boulots pour subvenir aux besoins de leurs familles mais ils n’ont pas encore appris le français. C’est au programme cependant car les deux jeunes femmes ont compris que l’intégration dans la société québécoise passe par l’apprentissage du français. Une intégration qui leur tient à cœur, parce qu’elles ont l’intention de rester ici, même si elles ressentent parfois la nostalgie de leur pays et qu’elles vivent dans l’angoisse de ce qui peut survenir au reste de leurs familles qui, elles, restées là-bas…
 

Une expérience à renouveler ?

L’organisme Hay Doun avait déjà mis en place un programme d’aide aux devoirs à domicile lors de l’accueil de réfugiés irakiens il y a une dizaine d’années. Mais devant le nombre important de familles syriennes arrivées ces derniers mois au Québec, Nayiri et Gabriella ont jugé qu’il était préférable de mettre sur pied ce programme. 
 
Un programme financé à 100% par l’organisme et qui prend fin le 4 juin. Mais les responsables d’Hay Doun souhaitent le reconduire à l’automne et caressent le rêve d’établir un partenariat avec le ministère de l’Éducation du Québec. 
« Je crois fondamentalement à l’ouverture de la société québécoise, précise Gabriella, et à l’importance de créer des programmes comme celui-ci, parce qu’il permet de créer des liens qui ne se feraient pas autrement. Il crée ces rencontres entre les familles de réfugiés et les Québécois. C’est un très grand succès jusqu’à maintenant et c’est mon rêve de reconduire ce programme à l’automne, et même de l’ouvrir à tous les réfugiés qui s’installent au Québec ». Un enthousiasme partagé par Nayiri Tavlian : « Ce programme continuera, avec ou sans financement, parce que nous y croyons, parce que nos bénévoles y croient. »