Quand les troupes irakiennes entrent dans Tikrit après 10 jours d’offensive

<span>Des soldats et des volontaires de l'armée irakienne se préparent à lancer des obus de mortier et de roquettes contre des positions militantes État islamique à l'extérieur de Tikrit , à 80 miles ( 130 km ) au nord de Bagdad , en Irak. (photo du 4 mars 2015) </span>
Des soldats et des volontaires de l'armée irakienne se préparent à lancer des obus de mortier et de roquettes contre des positions militantes État islamique à l'extérieur de Tikrit , à 80 miles ( 130 km ) au nord de Bagdad , en Irak. (photo du 4 mars 2015)
(AP photo)

Lancée il y a 10 jours, l’offensive des forces gouvernementales irakiennes pour reprendre Tikrit, tombée dès juin aux mains des jihadistes, a pris un tour nouveau avec la percée des rangs jihadistes par le nord de la ville. Mais la bataille n’est pas encore gagnée

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Des soldats, des policiers et des membres des Unités de mobilisation populaire, une force para-militaire principalement composée de miliciens chiites, ont repris le contrôle d’une bonne partie du quartier Qadisiyah, mais la suite s’annonce délicate, a d’ores et déjà prévenu un haut gradé sous le couvert de l’anonymat.

«Nous n’avons pas face à nous des combattants au sol mais un terrain piégé et des snipers», a-t-il ajouté, une technique rodée des jihadistes étant de truffer de bombes et autres engins explosifs les villes qu’ils s’apprêtent à quitter.

La ville stratégique d’al-Alam, au nord de Tikrit, était mercredi complètement sous contrôle gouvernemental.

Des dizaines de milliers d’hommes participent à la bataille de Tikrit, face à quelques centaines de jihadistes, selon plusieurs sources.

Les forces irakiennes n’ont pas été aidées directement dans cette bataille par la coalition antidjihadistes mise sur pied par les Etats-Unis, qui mène des raids aériens depuis août en Irak, depuis septembre en Syrie.

Les Etats-Unis se sont dit «préoccupés» par la présence de conseillers militaires iraniens aux côtés des forces irakiennes dans l’offensive de Tikrit.

C’est «quelque chose que nous suivons de très près», a déclaré le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter, ajoutant que «le danger de luttes inter-confessionnelles en Irak», entre sunnites et chiites, était «le principal facteur» pouvant «défaire la campagne contre l’EI».

Attentats suicide

Au même moment, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad, les jihadistes ont lancé une attaque spectaculaire, coordonnée, dans Ramadi, le chef-lieu de la province d’Al-Anbar où ils sont entrés il y a plus d’un an, bien avant leur fulgurante percée de juin 2014.

Douze voitures piégées ont explosé au même moment, mercredi matin, aux quatre coins de la ville. Au moins sept d’entre elles étaient conduites par des kamikazes et visaient les forces de sécurité, selon la police.

Au moins 17 personnes sont mortes et près de 40 ont été blessées, selon un responsable de police et un docteur de l’hôpital de Ramadi.

Un Belge, un Syrien et un jihadiste originaire du Caucase faisaient partie des kamikazes, selon des informations diffusées par des comptes pro-EI sur les réseaux sociaux.

Un adolescent australien se serait également fait exploser à Ramadi. Le gouvernement australien «cherche à vérifier de façon indépendante des informations selon lesquelles un adolescent de 18 ans originaire de Melbourne, a été tué dans une attaque suicide au Moyen-Orient», a déclaré la cheffe de la diplomatie australienne Julia Bishop.

Al-Anbar est une vaste province largement désertique mais stratégique pour l’EI car frontalière de la Syrie et peuplée en majorité de sunnites, dont beaucoup s’estiment marginalisés par le pouvoir irakien dominé par les chiites depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.

Dans et autour de la capitale, au moins 17 personnes ont été tuées dans cinq attaques, dont neuf dans un attentat à la voiture piégée dans le quartier de Hurriya à Bagdad.

Offensive en Syrie

De l’autre côté de la frontière, en Syrie, l’EI a lancé une offensive majeure mercredi pour tenter de conquérir la ville kurde de Ras al-Ain (nord), frontalière de la Turquie, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Ras al-Ain, située dans la province de Hassaké et qui comptait environ 50.000 habitants avant la guerre, est contrôlée par la principale milice kurde de Syrie, les YPG.

Les combats ont fait des dizaines de morts dans les deux camps, selon l’OSDH.

La ville est située à une trentaine de km de Tall Tamer, que les jihadistes veulent prendre pour s’ouvrir un corridor reliant la province d’Alep (nord) à la frontière irakienne et à Mossoul.

Le nord-est de la Syrie est stratégique pour les jihadistes, offrant un passage vers la Turquie mais surtout vers l’Irak. L’EI a déclaré en juin un «califat» à cheval entre la Syrie et l’Irak.

La coalition internationale s’est ainsi félicitée mardi d’avoir coupé des routes utilisées par l’EI entre ces deux pays.

Estimant que l’heure était «cruciale», le secrétaire d’Etat américain John Kerry a demandé aux parlementaires d’accorder au président Barack Obama l’autorisation d’utiliser la force contre l’EI.

Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a déclaré que les Etats-Unis étaient en train de «discuter» de leur éventuel soutien militaire aux rebelles syriens modérés qu’ils vont entraîner et équiper pour se battre contre l’EI, dans le cas où ceux-ci affronteraient les forces de Bachar al-Assad.

Jeudi, dans un rapport intitulé «Echec coupable en Syrie», 21 ONG ont critiqué l’incapacité des Etats à faire appliquer une série de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU visant à protéger les civils.