Que faire pour les Rohingyas persécutés en Birmanie ?

Rohyngias
Commentaire de Nicolas Dudouet

Le sort réservé par les autorités birmanes à la minorité musulmane des Rohingyas alerte la communauté internationale. Selon les Nations unies, près de 300 000 réfugiés sont entrés au Bangladesh en seulement deux semaines. Devant cet exode massif, les rebelles rohingyas annoncent, ce dimanche, un cessez-le-feu d'un mois.

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Près de 300 000 personnes, la plupart des musulmans rohingyas, se sont réfugiées au Bangladesh pour fuir les troubles du nord-ouest de la Birmanie, a annoncé samedi l'ONU, alarmée par l'ampleur de l'exode. En une journée, le nombre de réfugiés a encore bondi de 20 000 après le recensement de nouvelles zones et villages investis par les nouveaux venus, d'après l'ONU.

Au péril de leur vie

"Quelque 290 000 Rohingyas sont arrivés au Bangladesh depuis le 25 août", a déclaré Joseph Tripura, porte-parole du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR). La plupart arrivent à pied ou en bateaux. Les deux pays ont une frontière de 278 kilomètres, dont un quart suit le tracé de la rivière Naf. Le HCR estime que sur la seule journée de mercredi plus de 300 bateaux sont arrivés. Une traversée dangereuse en cette période de mousson qui a coûté la vie à de nombreuses personnes depuis 15 jours.

Les civils rohingyas fuient les violences dans leur région depuis que l'armée a lancé une vaste opération à la suite d'attaques, fin août, contre des postes de police par les rebelles de l'Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), qui dit vouloir défendre les droits bafoués de cette minorité musulmane.

"Situation humanitaire très volatile"

Au Bangladesh, Dipayan Bhattacharyya, du Programme alimentaire mondiale (PAM), s'inquiète de la "situation très volatile" : "Nous avions planifié pour 120 000 nouveaux arrivants. Puis pour 300 000. Nous avons atteint ce chiffre et allons donc peut-être devoir prévoir plus si cela se poursuit sans relâche", estime-t-il.

Epuisés, affamés, les nouveaux arrivés se précipitaient samedi en courant vers les distributions alimentaires du PAM. La plupart des familles ont dû marcher pendant plusieurs jours pour atteindre le Bangladesh, survivants sous la pluie avec très peu de vivres et d'eau. "Les gens sont complètement désespérés. Ils ont besoin de nourriture, d'eau et d'un abri. Ils sont privés de tout", raconte Dipayan Bhattacharyya.

Au total, on estime qu'entre les violences d'octobre qui avaient poussées 87 000 personnes à fuir et les troubles actuels, près du tiers des Rohingyas de Birmanie (estimés à un million) sont désormais au Bangladesh. "Nous avons identifié un terrain pour le camp qui pourra accueillir 250 000 à 300 000 personnes", a déclaré Mofazzal Hossain Chowdhury, le ministre de la Gestion des catastrophes et des secouristes. Ce camp devrait être installé près d'un camp de réfugiés rohingyas existant, géré par l'ONU.

Cessez-le feu

La Birmanie a annoncé ce samedi qu'elle allait, elle aussi, mettre en place des camps pour accueillir les musulmans rohingyas déplacés, une première, après un nouvel appel de l'ONU, qui a enjoint vendredi la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi à "se mobiliser". Environ 27 000 bouddhistes et hindous ont également fui leurs villages et ont trouvé refuge dans les monastères et les écoles dans le sud de la région.

Devant l'exode massif de la population, les rebelles Rohingyas annoncent, ce dimanche 10 septembre, un cessez-le-feu d'un mois pour "favoriser l'arrivée de l'aide humanitaire".