RDC: que se passe t-il au Kasaï ?

Sujet Kasaï philippe
©P.Randrianarimanana, A.Varet/TV5MONDE

Les corps des deux experts de l'ONU disparu depuis le 12 mars 2017, au Kasaï-central (RDC) ont été retrouvés ce mardi 27 mars. L'Américain Michael J. Sharp et la Suédoise Zaida Catalan avaient été vus, pour la dernière fois, dans la ville de Kananga. Cette province est le théâtre d'une violente rébellion et d'exactions contre les populations civiles depuis six mois.

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Le 12 août 2016 marque le début de l'insécurité politique au Kasaï.
Ce jour-là, Kamuina Nsapu -chef coutumier en rébellion contre le pouvoir de Kinshasa- est tué à Tshimbulu (Kasaï-Central), dans des conditions obscures. Sans doute au cours d'une opération militaire. Le bilan officiel de cette journée fait état de 19 morts: 11 policiers, 7 partisans de Kamuina Nsapu, ainsi que le chef coutumier lui-même.

Un cycle de violences et de répression

A partir de septembre 2016, la région entre dans un cycle de violences et de répression; la contestation s'étend aux trois provinces du Kasaï. 

Le 17 février 2017, une vidéo transmise à plusieurs médias et diffusée sur internet, montre des soldats semblant appartenir à l'armée congolaise, massacrer une quinzaine de civils désarmés -hommes et femmes- probablement des partisans du chef coutumier décédé. Peu après, d'autres vidéos similaires sont mises en ligne, sans que leur source ne soit identifiée. (Vidéos que nous avons décidé de ne pas reproduire ici, NDLR)

Après avoir qualifié ces vidéos de "montage grossier" et refusé d'enquêter sur ces massacres, les autorités congolaises reconnaissent que des soldats ont pu commettre des "excès" , avant d'annoncer -le 22 février- l'ouverture d'une commission d'enquête et de lancer un appel à témoins. 

Le 7 mars 2017, après la découverte de 3 charniers dans le Kasaï, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme demande l'établissement d'une commission d'enquête sur les violences contre les civils en RDC. 
 
Mon bureau a récemment signalé un certain nombre de graves violations des droits de l’homme dans les provinces de Kasaï et de Lomami (...) étant donné les rapports récents de violations graves et la découverte de trois charniers, j’exhorte le Conseil à établir une commission d’enquête afin de se pencher sur ces allégations.
Zeid Ra’ad Al-Hussein, haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.

Le 12 mars 2017, deux experts de l'ONU sont portés disparus, une disparition qualifiée d'enlèvement par les autorités congolaises. Selon Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, "Les deux experts sont l'un de nationalité américaine et l'autre suédoise. Ils ont été kidnappés et conduits dans la forêt par des éléments inconnus ainsi que quatre Congolais : trois chauffeurs de taxi-moto et un interprète. (...) ce groupe sillonnait la province du Kasaï-central à moto, sans que les autorités locales en aient été informées".

Interrogée par l'AFP, la Monusco (Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo) a indiqué qu'elle ne souhaitait pas commenter cette affirmation avant d'avoir obtenu les résultats de son enquête sur le terrain.
 
Mardi 7 mars, un Casque bleu uruguayen avait déjà été blessé par balle dans cette région du Kasaï dans le centre de la RDC. 

©TV5monde

Un conflit aux origines et aux revendications obscures

Les violences entre forces de l'ordre et miliciens sont parties de Kananga, capitale du Kasaï-central. Elles ont progressivement gagné les provinces voisines du Kasaï-oriental, du Kasaï et de Lomami. A l'origine du conflit, le refus du pouvoir de nommer au titre de chef coutumier, Kamuina Nsapu, qui finit par entrer en rébellion. 

Selon Tshitenge Lubabu, journaliste et originaire du Kasaï, le rôle de chef coutumier est loin d'être anecdotique: "C'est une personne nommée par le ministère de l'Intérieur et responsable d'une communauté. Il n'y a pas de représentants du pouvoir sur toute l'étendue du territoire donc leur rôle est d'encadrer la communauté, de trancher certains litiges et d'assurer la paix sociale".  

Les partisans de Kamuina Nsapu restent convaincus que leur chef a été spolié de ses droits avant d'être assassiné, d'où un ressentiment important. Mais leurs revendications politiques restent obscures, tout comme leur lien, réel ou supposé de leur mouvement, avec les différents partis de l'opposition congolaise. 

Alors qu'en est-il de la capacité de nuisance de cette rébellion pour le pouvoir central? Selon Thierry Vircoulon, chercheur à l'IFRI (Institut Français des relations Internationales) et spécialiste de l'Afrique centrale, elle est difficile à prévoir: "Ce n'est pas la seule révolte en RDC. Ce qui est dangereux pour le pouvoir, c'est surtout la multiplication de ces conflits locaux qui s'embrasent. A un moment donné, la multiplication des petits incendies risque de provoquer un gros incendie". 

Selon le bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, plus de 140 personnes sont mortes de violences entre août 2016 et janvier 2017. Elles sont estimées à près de 400, deux mois plus tard.