Québec : aux urnes citoyens !

La première ministre, Pauline Marois, organise des élections le 7 avril prochain © AFP
La première ministre, Pauline Marois, organise des élections le 7 avril prochain © AFP

Le Québec est enfermé sous un « vortex polaire », qui jette une chape de froid intense sur le dos de la province depuis des mois mais voilà l’événement qui va réchauffer l’atmosphère dans les chaumières : la première ministre Pauline Marois vient de déclencher des élections ! Et elles se tiendront le 7 avril prochain.

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Pourquoi ? 

« Parce que mon gouvernement ne peut plus gouverner » a-t-elle expliqué pour justifier cet appel aux urnes. Il faut comprendre que Pauline Marois est à la tête d’un gouvernement minoritaire depuis qu’elle a pris le pouvoir le 4 septembre 2012, et un gouvernement minoritaire, c’est fragile, sa marge de manœuvre est quasi-nulle et il peut tomber n’importe quand. Une situation délicate donc qui commençait à peser sur le dos du gouvernement du Parti Québécois. La première ministre accuse les partis d’opposition de bloquer tous les projets de loi présentés et affirme que c’est  devenu ingouvernable. Elle demande donc à la population de la réélire et de lui donner une majorité à l’Assemblée nationale. 
Mais Pauline Marois veut aussi profiter du « momentum » qui lui est particulièrement favorable en ce moment : depuis le début de l’année, son parti ne cesse de gagner des points dans les sondages, les intentions de vote, surtout au sein des Francophones, seraient suffisantes pour assurer cette majorité au Parti Québécois.  
Et donc ses adversaires sont en position de faiblesse : les Libéraux ont un nouveau chef, Philippe Couillard, mais il n’a jamais mené de campagne électorale en tant que chef et beaucoup doutent de ses capacités de leadership, on lui reproche une certaine indolence, un manque de mordant… 
Du côté de François Legault, le chef de la Coalition Avenir Québec, son parti est en perte de vitesse, un de ses députés vedettes a fait défection pour aller joindre les rangs libéraux, un autre a décidé de ne pas se représenter et il leur manque plusieurs candidats pour ces élections. Alors que le Parti Québécois est allé recruter des gros noms, notamment dans les milieux artistiques et des communications. 
Québec solidaire, le parti le plus à gauche sur l’échiquier politique québécois, se maintient quant à lui, mais avec 7-8% d’intentions de vote il ne représente pas un danger pour Pauline Marois

Pauline Marois a pris le pouvoir le 4 septembre 2012 © AFP
Pauline Marois a pris le pouvoir le 4 septembre 2012 © AFP
Les enjeux 

Les Libéraux et la Coalition Avenir Québec veulent faire de l’économie l’enjeu principal de cette campagne électorale, les deux chefs ont d’ailleurs dès le premier jour tiré à boulets rouges sur le bilan économique du gouvernement Marois, le  qualifiant de « lamentable ». Il faut dire que l’économie et la création d’emplois sont les préoccupations les plus importantes des Québécois, ainsi que les questions de santé. 
L’autre gros enjeu, c’est la Charte de la laïcité que le gouvernement a présenté cet automne, une Charte qui vise à instaurer la neutralité religieuse de l’État québécois en interdisant notamment à tous les fonctionnaires le port de signes religieux ostentatoires ( le foulard islamique, la kipa, le turban, etc. )… ce projet a soulevé toute une controverse et il divise les Québécois mais il reste qu’un Québécois sur deux s’y dit favorable et que le Parti Québécois a fait des gains importants au sein de la population avec. La première ministre Marois demande d’ailleurs aux Québécois de lui donner une majorité pour faire adopter cette Charte – ce qui aurait été impossible voire très difficile en étant minoritaire.

C’est donc parti…

… pour 33 jours de campagne électorale, les autocars du Parti Québécois, du Parti libéral et de la Coalition Avenir Québec ont pris la route… chacun va y aller de son programme, de ses promesses, de ses critiques des uns et des autres, les joies de la politique quoi ! 
Pauline Marois semble en très grande forme, aguerrie et motivée, beaucoup plus sûre d’elle qu’elle n’a pu l’être au début de son mandat. Mais le défi est grand : la dernière fois que les Québécois ont élu un Parti Québécois majoritaire, c’était en 1998… 
Cette campagne sera un test important pour Philippe Couillard, le nouveau chef libéral, saura-t-il relever le défi ? Regagner le terrain perdu par son parti dans les sondages au cours des derniers mois ? Redresser la barre ? On le sait, en politique, il faut se méfier des sondages et il y a toujours des surprises le jour du scrutin ! 
La situation semble par contre vraiment très précaire pour la CAQ, la Coalition Avenir Québec et son chef François Legault, qui joue très probablement son avenir politique à ces élections. Le Parti Québécois est revenu séduire de nombreux électeurs francophones qui avaient cédé aux sirènes « caquistes » en 2012… 
A suivre…   


Précisions avec Catherine François, correspondante de TV5 Monde à Montréal

Interviewée par Mohamed Kaci, dans le 64'.
Précisions avec Catherine François, correspondante de TV5 Monde à Montréal