Québec : déblocage dans le conflit étudiant ?

Est-ce le début de la fin du conflit étudiant qui s’enlise depuis maintenant 12 semaines au Québec ? A l'issue d'une rencontre entre le gouvernement, les associations étudiantes et les centrales syndicales, une entente de principe vient d'être trouvée.

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« Ce n’est pas la fin mais peut-être un début de fin,  les rencontres ont été respectueuses et fructueuses » a simplement déclaré Martine Desjardins, la président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, au sortir de la rencontre. Les leaders étudiants semblaient épuisés après cette séance intense de négociations. La ministre de l’Éducation, elle, semblait soulagée et elle parlait elle aussi de discussions respectueuses.

Le pari des étudiants

Le contenu de cette entente de principe a été rendu public samedi soir. En gros, les étudiants n’ont pas gagné leur combat en ce qui concerne l’augmentation des droits de scolarité en tant que telle, elle est maintenue de 1778$ pour les 7 prochaines années, soit 254$ par an. Sur ce plan, le gouvernement a été absolument intraitable. 
Par contre, les étudiants ont eu gain de cause concernant une de leurs revendications soit la gestion des universités. Ainsi l’entente prévoit la mise en place d’un conseil provisoire des universités qui va permettre d’évaluer comment les universités gèrent leur budget, notamment en ce qui concerne leurs frais de publicité, la rémunération de leurs cadres, la construction de campus satellites, la gestion de leur parc immobilier, etc. L’objectif est d’assainir la gestion de ces dépenses afin de réduire la facture des frais afférents imposés aux étudiants – les frais d’inscription, de stage, d’examens, de services offerts, des frais qui peuvent aller jusqu’à 800$ par an selon les universités. La réduction de cette facture devrait permettre de compenser la hausse des frais de scolarité. Le conseil provisoire devra déposer un rapport au gouvernement d’ici le 31 décembre.

Line Beauchamp, la ministre de l'éducation
Line Beauchamp, la ministre de l'éducation
Les leaders étudiants croient qu’en obligeant les universités à mieux gérer leurs dépenses, la facture totale des étudiants ne sera pas augmentée. Ils parlent d’économies qui approcheraient les 200 millions de dollars. 
« On fait le pari qu'on va être capable de contrer la hausse des droits de scolarité via une diminution de ces frais-là avec une saine gestion des universités » a déclaré la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec Martine Desjardins.
« Le pari qu'on fait, c'est qu'il est possible de dégager des millions et des millions de dollars, a dit de son côté Léo Bureau-Blouin, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec. Et ces millions, plutôt que de retourner dans le fonds consolidé, vont retourner en diminution de la contribution étudiante ». 
Pour la ministre de l’Éducation Line Beauchamp, il faut tenter l’exercice… si on réussit à prouver qu’il est possible de faire des économies dans la gestion des universités, alors elles profiteront aux étudiants.
L’entente de principe reprend des éléments de la première offre faite par le gouvernement aux étudiants, soit une bonification du régime des prêts et bourses et la mise en place d’un système de remboursement des dettes proportionnel au revenu. 
C’est au tour des membres des associations étudiantes de se prononcer maintenant… Les leaders étudiants n’ont pas voulu préciser s’ils allaient recommander aux membres de leurs associations d’accepter ou de rejeter cette offre.

A Victoriaville, des manifestations ont dégénéré
A Victoriaville, des manifestations ont dégénéré
Quelle suite pour le "printemps érable" ?

Les prochains jours vont donc être déterminants dans ce conflit qui n’en finit pas de finir et qui s’est considérablement durci au cours des dernières semaines, avec des manifestations qui ont dégénéré en violents affrontements avec les forces de l’ordre. Encore vendredi soir, des étudiants ont été blessés, dont plusieurs grièvement, lors d’une manifestation qui s’est tenue à Victoriaville, une petite ville du centre du Québec  où le Parti libéral du Québec, le parti du premier ministre Charest, tient son congrès toute la fin de semaine. 
Le « printemps érable » - comme l’a qualifié une partie de la presse internationale - tire peut-être à sa fin car il semble convenu que si les membres des associations entérinent cette entente de principe, les étudiants vont reprendre le chemin des cours, la session d’hiver reprendra le plus rapidement possible et se terminera quelque part au cours de l’été…  A suivre…