Québec : démission de la ministre de l'Education

La ministre de l'Education du Québec, Line Beauchamp démissionne en plein conflit étudiant.
La ministre de l'Education du Québec, Line Beauchamp démissionne en plein conflit étudiant.

La nouvelle est tombée lundi après-midi : la ministre de l’Éducation du Québec, Line Beauchamp, démissionne. Celle qui était aussi vice-première ministre quitte la vie politique où elle exerçait depuis 15 ans. Elle a expliqué qu’il s’agissait d’une décision personnelle mais aussi d’un « compromis ultime » pour tenter de résoudre le conflit étudiant qui en est à sa 14ème semaine. 

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Line Beauchamp a précisé qu’elle ne pensait pas pouvoir amener les étudiants à faire les compromis nécessaires pour sortir de l’impasse et que c’est pour cela qu’elle cédait sa place. Elle a laissé entendre que les derniers contacts avec les leaders étudiants l’avaient plus ou moins poussé à prendre cette décision, qu’elle avait alors réalisé qu’ils ne partageaient pas les mêmes valeurs et la même notion de la démocratie. Bref, qu’il leur serait impossible de s’entendre, ELLE et eux. Alors elle part...
Les étudiants en grève ont donc eu sa peau, en quelque sorte. Lors des manifestations, on pouvait voir de nombreuses pancartes qui réclamaient cette démission mais les leaders des associations étudiantes appelés à commenter à chaud la nouvelle n’ont montré aucun triomphalisme. Quelques heures plus tôt, ils venaient encore d’avoir une conférence téléphonique avec elle pour reprendre timidement un dialogue après le rejet, la semaine dernière, de l’offre gouvernementale du 5 mai dernier. 

Une nouvelle ministre

Moins de deux heures après l’annonce de la démission de Line Beauchamp, on apprenait le nom de sa remplaçante : il s’agit de Michelle Courchesne, l’actuelle présidente du Conseil du trésor – celle qui détient  les clefs des coffres de l’État québécois. Mme Courchesne est une femme forte du gouvernement Charest. Elle était à la table des négociations lors des 24 heures de discussions avec les étudiants début mai, une table ronde qui a abouti à l’entente de principe qui vient d’être rejetée par les étudiants.
Peut-être que ce départ et cette nomination vont effectivement donner un nouveau souffle au dialogue si difficile entre le gouvernement et les étudiants en grève. Mais le premier ministre Charest, qui était aux côtés de sa ministre démissionnaire quand elle est venue parler de son départ à la presse, a une fois de plus précisé que son gouvernement était très « déterminé » dans ce conflit. Jamais je n’ai senti d’ailleurs chez Jean Charest une once d’ouverture dans ce dossier, on le dit excédé par les étudiants en grève et il martèle sur toutes les tribunes où il passe que son gouvernement ne cédera pas à l’intimidation.
Mais là, le dossier tombe entre les mains de Mme Courchesne… On va voir si elle va réussir là où sa collègue a échoué, si elle va trouver des solutions pour débloquer une situation de plus en plus tendue et explosive.


Des étudiants en colère contre le Premier ministre, Jacques Charest
Des étudiants en colère contre le Premier ministre, Jacques Charest
Les verts contre les rouges

Car avec le rejet sans équivoque de la dernière offre gouvernementale, le retour en classes espéré par beaucoup ne sera pas pour demain. Si les étudiants en grève semblent vraiment déterminés à ne pas lâcher le morceau, c’est-à-dire à faire reculer le gouvernement sur l’augmentation des frais de scolarité, il y a aussi de plus en plus d’étudiants qui, eux, ne sont pas en grève et qui veulent aller suivre leurs cours. Ce qui a parfois donné lieu à des confrontations, comme lundi matin dans un collège montréalais, où des étudiants en grève se sont fait matraquer par des policiers parce qu’ils piquetaient devant l’établissement. Même des jeunes qui portaient le carré vert – contre la grève – se sont indignés en disant qu’à ces conditions-là, ils refusaient effectivement de suivre leur cours. Les collèges qui se tournent vers les tribunaux pour pouvoir reprendre les cours sont donc incapables de faire respecter les injonctions car la tension est trop vive sur les campus. Les enseignants, eux, ne cachent pas leur désarroi et ne savent plus trop vers qui se tourner. Beaucoup soutiennent le mouvement étudiant. 

Le carré blanc

La semaine dernière, le père d’un étudiant a lancé un appel dans les journaux, un appel à l’armistice qui demandait au gouvernement de décréter un moratoire sur l’augmentation des droits de scolarité afin de calmer le jeu, de reprendre au plus vite les cours pour  terminer cette session d’hiver qui n’a pas encore commencé et de rasseoir tout le monde autour d’une table à l’automne. Cette initiative du « carré blanc » a trouvé un certain écho au sein de la société québécoise, sauf au sein du gouvernement…
Au moins, tous, qu’ils portent le carré rouge, vert ou blanc, s’entendent sur une chose : la situation ne peut plus durer. Il faut résoudre cette crise. Une ministre part, une autre prend sa place, les prochains jours seront déterminants.