Québec : Edith Piaf censurée !

Quand le professeur de musique d'une école de la région de Montréal décide d'amputer "l'hymne à l'amour", la plus célèbre chanson de Piaf. C'est en fait la dernière phrase de la chanson qui est passée sous les ciseaux du prof : Dieu réunit ceux qui s'aiment. En cause, la présence de Dieu dans le couplet. L'affaire prend un tour politique.

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Les Faits

Quoi de plus anodin, voire banal, que d'interpréter l'hymne à l'amour en cette semaine de Saint-Valentin ? C'est ce que devaient faire les enfants de cette école de la région de Montréal. A un détail près : la décision du professeur de musique de "laïciser" le texte... Conséquence, une grosse polémique autour de la place de la religion dans les sphères privée et publique. Le reportage de Josée Thibeault de Radio Canada.

Québec : Edith Piaf censurée !


La Chronique de Catherine François

Les réactions à cette histoire ont été rapides, nombreuses, jusqu’à atterrir à Québec à la colline parlementaire. Les deux ministres du gouvernement québécois, celle de l’Éducation et celle de la Culture, qui ont interrogées sur la question,  en bafouillaient de stupéfaction tellement elles semblaient trouver RIDICULE et ABERRANT que l’on ampute une chanson de Piaf parce qu’on y parle de Dieu. « Manque de jugement, censure », les condamnations ont été unanimes… 
Beaucoup se demandent tout d’abord comment ça se fait que l’on puisse ne serait que penser à enlever une phrase d’une chanson de Piaf parce que le mot DIEU s’y trouve ! Motif invoqué par l’enseignant : cette référence à Dieu doit être discutée à la maison et non en classe, à l’école. 
Ils sont nombreux aussi à s’interroger sur la décision de ceux qui gèrent le réseau scolaire québécois – chaque région dispose d’une Commission scolaire qui gère toutes les écoles du coin – d’entériner et d’appuyer  la décision de l’enseignant. Et de le défendre. La Commission reconnaît que cette décision a peut-être été maladroite et que le professeur a peut-être fait preuve d’un excès de prudence mais que le sujet reste délicat et que les enseignants marchent sur des œufs dans le cadre de ce que l’on appelle ici les « accommodements raisonnables » c’est-à-dire la délicate conciliation entre les croyances et pratiques religieuses de tout un chacun versus le cadre laïque de l’éducation au Québec – le port du hidjab par exemple - un débat auquel sont confrontés nos sociétés occidentales. Et la Commission scolaire de déplorer dans son communiqué  : « Il n’existe pas, pour le moment, de manuel, de guide ou de texte légal permettant à l’enseignant d’orienter sa décision sur un sujet aussi délicat ».

Les accommodements raisonnables : un débat sur la laïcité
 
Un avis partagé par le Parti Québécois, le principal parti d’opposition du Québec, qui estime que cette absence de balises provoque ce genre de dérapage en matière d’accommodements religieux. Le Parti Québécois reproche au gouvernement libéral de faire la politique de l’autruche dans ce domaine et il réclame un débat d’urgence sur la laïcité, « il faut mettre en place les véritables conditions pour une laïcité dans nos institutions publiques. Il faut définir une fois pour toutes ces conditions du vivre ensemble dans notre société » dit le communiqué du PQ. 
Il parait que l’enseignant, qui serait par ailleurs apprécié des élèves et de leurs parents, est complètement démoli, atterré et dépassé par toute cette histoire et la controverse qu’elle soulève. Comme quoi, quand on essaye d’être plus catholique que le Pape, on peut parfois se brûler les ailes… Peut-on, tout simplement, laisser chanter Piaf et les autres grands artistes de ce monde en toute liberté et sans tout prendre au pied de la lettre ? Peut-on éviter de tomber dans les extrêmes de la laïcité, qui peuvent être tout aussi dangereux que ceux de la religion ? Où est le mal d’entendre des jeunes de 8, 9 ans chanter  « Dieu réunit ceux qui s’aiment  » ? Où est le problème ? 
Un projet de loi pour baliser ces accommodements raisonnables, comme on les appelle ici, est à l’étude depuis 2 ans à l’Assemblée nationale du Québec. Plus que jamais, le débat sur la laïcité dans nos sociétés est d’actualité…

Le mieux, c'est de l'écouter...